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Fusion avec FCA : Bruno Le Maire adoube, Renault commence à douter

La fusion entre Fiat et Renault paraît bien engagée. Elle donnerait naissance à un géant industriel européen.

La fusion entre Fiat et Renault paraît bien engagée. Elle donnerait naissance à un géant industriel européen. - MARCO BERTORELLO / AFP

Le ministre de l’Economie estime que le projet de rapprochement constitue une réelle opportunité mais la marque au losange exigerait de nouvelles conditions.

Une chose est sûre, au niveau du gouvernement, le projet de rapprochement entre Fiat Chrysler (FCA) et Renault suscite l’enthousiasme. Il s’agit « d’une réelle opportunité pour Renault et pour l'industrie automobile française », a déclaré vendredi à l'AFP le ministre français de l'Economie Bruno Le Maire qui ainsi transmet la bénédiction du gouvernement à l'opération.

« Ce projet permet notamment de faire face à des défis technologiques considérables auxquels est confrontée l'industrie automobile : le véhicule électrique, le véhicule autonome, le véhicule connecté et il permet de dégager des synergies nécessaires pour investir dans ces technologies », a estimé le ministre.

Le locataire de Bercy a néanmoins répété que l’Etat « veillera au strict respect des quatre conditions » qu'il a posées, à savoir « le respect de l'alliance Renault Nissan, la préservation des emplois et des sites industriels, une gouvernance équilibrée et la participation du futur groupe au projet européen de batterie électrique ».

Pour autant, depuis lundi, des voix se sont élevées pour mettre en doute la réalité de ces synergies ou critiquer un rapprochement qui ne valoriserait pas suffisamment le groupe Renault ou ferait peser des menaces sur l'emploi.

"A prendre ou à laisser"

Pire, au sein même de Renault, le doute commencerait à s’immiscer. Après avoir indiqué qu’il accueillait « avec intérêt » la proposition de fusion, le groupe au losange estimerait désormais que certaines conditions doivent être revues.

« Plusieurs administrateurs estiment nécessaire de revoir les conditions financières proposées par les Agnelli, par exemple sous la forme d'une prime », affirment Les Échos qui ajoutent que les négociations sont bloquées. Une demande qui a du mal à passer du côté de FCA.

« La proposition est équilibrée à la fois en termes de valorisation, et en termes de gouvernance, et sur le plan industriel », a rétorqué Fiat-Chrysler dans une déclaration faite à l’AFP. Traduction : « c’est à prendre ou à laisser », assène une source dans l'entourage du constructeur turinois.

Le point d’achoppement concernerait la valorisation de Renault. FCA s’est basé sur le cours de bourse du 24 mai (51,70 euros) mais Renault estime que cette base est inappropriée car il s’agit d’un plus bas de cinq ans atteint à cause de l’arrestation de Carlos Ghosn. Et en effet, la moyenne était plutôt autour de 70 dollars avant l’éclatement du scandale. Conséquence, Renault se sentirait lésé.

« Tant que le conseil d'administration n'a pas fait part de sa position, c'est compliqué de commenter des rumeurs », a néanmoins réagi une source proche du constructeur français. De fait, une marge de négociation reste possible, les discussions ne faisant que commencer.

Le conseil d'administration de Renault se réunira mardi pour répondre à la proposition de fusion formulée par Fiat Chrysler et envisager l'ouverture de négociations exclusives avec le groupe italo-américain, a indiqué l'entreprise à l'AFP.

Olivier CHICHEPORTICHE