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Exclusif - Privatisation d'ADP : l'Etat pourrait lui verser 1 milliard d'euros

La privatisation d'Aéroports de Paris oblige l'Etat à indemniser les actionnaires minoritaires.

La privatisation d'Aéroports de Paris oblige l'Etat à indemniser les actionnaires minoritaires. - STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

Dans le cadre de sa privatisation, l’Etat va devoir indemniser Aéroports de Paris. Le montant en jeu est déjà un objet de débat avec les actionnaires minoritaires qui menacent de contentieux.

C’est un nouveau casse-tête sur la privatisation de Groupe ADP. L’Etat, actionnaire à 50,6%, a annoncé en juin qu’il verserait une indemnité à la société gestionnaire des Aéroports de Paris (ADP). Lors de l’annonce de sa privatisation, le gouvernement a précisé que la concession de l’exploitation de Roissy et Orly serait ramenée à 70 ans. Aujourd’hui, elle n’a pas de limite dans le temps. Cette « perte d’éternité » doit être compensée par l’Etat pour tous les actionnaires d’Aéroports de Paris, dont il fait partie…

Cet été, au ministère de l’Economie, les calculettes ont commencé à chauffer. Le gouvernement doit estimer la croissance du trafic mondial pour les vingt à trente prochaines années, ce qui est simple, et de la prolonger au-delà de la fin de la concession, en 2088… Ce qui l’est beaucoup moins. L’Etat devra indemniser Aéroport de Paris pour compenser ce manque à gagner.

Des investisseurs menacent d’attaquer en justice

Autant dire qu’il s’agit d’un pur calcul statistique sans réalité économique. Selon les hypothèses, cette indemnité varie entre zéro et 3 milliards d’euros… Selon plusieurs sources proches d’ADP, elle devrait en réalité s’établir entre 500 millions et un milliard d’euros. Ce que confirment les calculs d’analystes. « Un milliard d’euros est le plus probable en se basant sur des hypothèses de croissance raisonnables du trafic aérien », explique Yan Derocles, analyste chez Oddo.

Ce montant correspondrait à une croissance annuelle de 1% à 1,5% du trafic mondial par an à long terme, un scénario prudent. Un comité des sages a été mis en place pour plancher sur cette indemnité. Il comprend le Premier président de la Cour des Comptes, le président de l'Autorité des marchés financiers (AMF) et le président du Conseil supérieur de l'ordre des experts-comptables.

L’Etat souhaiterait évidemment qu’elle soit la plus faible possible, autour de 500 millions d’euros. « L’indemnité ne sera pas d’un milliard » s’étrangle un député de la majorité. Mais si l’Etat veut verser le minimum, il devra se prémunir de contentieux juridiques qui pourraient en découler. Des actionnaires minoritaires, surtout des fonds d’investissement, menacent d’attaquer en justice s’ils considèrent que l’Etat français les lèse. « Tous ces fonds ont vu cette faille juridique et tenteront de s’engouffrer dedans » explique un bon connaisseur dossier.

Retard de la privatisation

Un vrai problème pour le gouvernement. « On ne peut pas prendre le risque d’être attaqué en justice sur une privatisation » résume un proche de Bercy. Le Conseil d’Etat a déjà souligné que le calcul de cette indemnité était « complexe » et qu’« il se heurte alors à un niveau d’incertitude très élevé ». A Bercy, on assure qu’il « n’y a pas d’inquiétude », contrairement à tous les échos provenant du ministère.

Pourtant, « certains investisseurs mettent la pression pour récupérer cette somme sous forme de dividendes » ajoute Yan Derocles, plutôt que de la laisser chez ADP. Ce qui conviendrait aussi à l’Etat qui, en tant qu’actionnaire à 50%, en récupérerait la moitié. Cet accroc risque de retarder la privatisation de quelques mois. Prévue avant l’été 2019, elle pourrait peut-être intervenir après, si le sujet de l’indemnité enflait. Un scénario qui fait dire aux mauvaises langues qu’ADP joue cette carte pour retarder au maximum sa privatisation.

Matthieu Pechberty