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EasyJet remplace ses pilotes pour contourner la grève

EasyJet et Lufthansa tentent de limiter l'impact de la grève en appelant à la rescousse des salariés d'autres villes d'Europe.

EasyJet et Lufthansa tentent de limiter l'impact de la grève en appelant à la rescousse des salariés d'autres villes d'Europe. - -

La compagnie anglaise à bas coût, qui fait face ce lundi 25 novembre à une grève de ses pilotes en France, fait appel à leurs collègues britanniques pour continuer d'assurer les vols. Lufthansa avait déjà eu recours à un tel procédé la semaine dernière.

Quand la libre-circulation des salariés permet d'éviter les inconvénients d'une grève. C'est ce qu'expérimentent ces derniers jours les salariés de deux compagnies aériennes très implantées en Europe: EasyJet et Lufthansa.

Les pilotes de la compagnie britannique débrayent ce lundi 25 novembre. En cause: les profits record annoncés la semaine dernière par Easyjet, de 475 millions d'euros, et dont les salariés estiment ne pas profiter suffisamment.

80% des pilotes sont ainsi en grève. Pourtant, le mouvement est totalement indolore pour les usagers, puisque la direction a appelé des pilotes normalement affectés dans d'autres villes européennes pour remplacer leurs collègues parisiens, selon le porte-parole du SNPL, le syndicat des pilotes, Didier Bourguignon.

Sur 110 pilotes, "entre 70 et 80 sont en grève", précise le syndicaliste, et la "direction a fait venir une soixantaine de pilotes de toute l'Europe". Ce sont des "réservistes": du personnel disponible pour parer aux impondérables. Ceux détachés aujourd'hui sont "majoritairement des cadres", explique Didier Bourguignon, donc des pilotes qui ne volent qu'environ cinq heures par mois, contre une moyenne de 80 heures pour ceux qui n'assurent pas de fonction d'encadrement.

100% de grévistes, 30% des vols annulés

Cette pratique tend à se généraliser. La semaine dernière déjà, 100% des 156 membres du personnel au sol de la Lufthansa à Roissy étaient en grève depuis le 21 novembre. Ils protestaient contre la suppression de 200 postes en France. La compagnie allemande est parvenue toutefois à assurer 70% des vols en faisant venir des agents d'escale britanniques, suisses et espagnols à Roissy. Dans une moindre mesure par rapport à EasyJet puisque seuls trois employés européens ont été appelés à la rescousse, selon le porte-parole de l'entreprise.

Une pratique a priori légale. En France, le droit du travail interdit simplement le recours à des intérimaires ou des contrats courts pour remplacer des grévistes. Un arrêt de la Cour de cassation rendu en mars 2011 durcit encore cette règle: il est interdit de confier à des CDD, même embauchés avant le mouvement de protestation, des tâches normalement assignées aux grévistes.

En revanche, un employeur a en principe le droit d'imposer à des salariés non-grévistes d'effectuer des heures supplémentaires, ou de muter provisoirement d'autres salariés sur les postes de grévistes. A condition néanmoins que le contrat de travail des non-grévistes ne soit pas modifié.

En l'occurrence, chez EasyJet, la nature des contrats ne change pas: ils prévoient que chaque pilote peut officier dans "tout aéroport européen", souligne Didier Bourguignon. Le syndicat n'a donc aucun recours juridique. Il y a certes un coût pour la société, qui doit payer les vols aller-retour des pilotes, ainsi que leur hébergement. Mais au regard de ses profits, selon le représentant du SNPL, "c'est dérisoire".

Nina Godart