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Comment l'Etat pousse Alstom à avancer sur le TGV du futur

Pour l'Etat français, le TGV du futur devra faire évoluer le modèle de la grande vitesse en l’axant moins sur la performance technique

Pour l'Etat français, le TGV du futur devra faire évoluer le modèle de la grande vitesse en l’axant moins sur la performance technique - AFP Pierre Andrieu

L’Ademe va créer avec Alstom Transport, une coentreprise chargée de se pencher sur le "TGV du futur". Objectif: être en mesure de livrer la SNCF en 2019 et éviter qu'elle choisisse un modèle de train concurrent.

L'Etat colbertiste prend les choses en main sur le "TGV du futur". C'est une feuille de route assez précise qui a été dévoilée lors d'une réunion réunissant les chefs de projet de la "nouvelle France Industrielle" sous l'égide d'Emmanuel Macron et d'Alain Vidalies, secrétaire d'Etat chargé des transports.

La ligne directrice "industrielle" du futur TGV est ainsi tracée: "Il s’agit de faire évoluer le modèle de la grande vitesse en l’axant moins sur la performance technique, et davantage sur l’optimisation des coûts, l’interopérabilité et la capacité".

L'ambition affichée se présente comme une inflexion très nette par rapport à ce que fut le TGV de première génération. Il n'est plus question d'une vitrine du savoir-faire industriel français dont l'argument principal était axé sur les records de vitesse atteints sur les rails. L'allusion directe aux coûts de production vise les perspectives à l’export du futur TGV, qui devra affronter la concurrence chinoise, notamment. 

Le futur TGV devra offrir 25% de capacité en plus

La feuille de route va jusqu'à préciser que le futur train devra offrir 25% de places en plus par rapport à l'Euroduplex (le modèle à deux niveaux offrant aujourd'hui la plus grande capacité) et un tronçon central modulable, selon les souhaits du client. Enfin, il devra afficher une consommation d’énergie de traction, réduite jusqu’à 50% par rapport aux TGV actuels.

Cette contrainte énergétique explique que l'Etat ait demandé à l’Ademe (Agence de l'environnement et de la maîtrise de l'énergie) d’investir aux côtés d’Alstom Transport.

La SNCF va lancer un appel d'offres à l'été 2015

L'agence publique et l'industriel sont invités à créer une coentreprise destinée à porter les efforts de recherche et de développement. Les discussions sont en cours avec l’objectif de conclure d’ici fin avril 2015. Elles devraient permettre de déterminer le montant investi et les parts respectives des deux partenaires.

Par ailleurs, la SNCF devra lancer d’ici l’été 2015 un appel d'offres pour construire un "partenariat d’innovation". En clair, l'entreprise de transport devra établir un cahier des charges technique nécessaire à la conception de ce nouveau TGV. Le résultat de cet appel d’offres pourrait être connu début 2016, selon les pouvoirs publics.

L'appel d'offres supposera une mise en concurrence au niveau européen, comme c'est la règle désormais. Mais, encore faudra t-il qu'Alstom et ses partenaires soient, in fine, retenus, face à des rivaux qui ne manqueront pas de s'aligner... Siemens, récemment, avait fait un appel du pied à Alstom, en vue de s'allier dans le ferroviaire, face à la montée de la concurrence asiatiques.

Alstom Transport sera t-il retenu, in fine, par la SNCF ?

Dans le cas où le constructeur ferroviaire français serait retenu par la SNCF (ce qui n'est pas garanti), les pouvoirs publics estiment qu'il serait possible d’envisager les premières livraisons du "TGV du futur" à l’horizon 2019. Parallèlement, la future coentreprise entre Alstom et l'Ademe devra s'atteler à concevoir les rames destinées à l'exportation.

On le voit, le scénario industriel élaboré par les pouvoirs publics repose sur une mobilisation générale, avec Alstom Transport en chef de file industriel et la SNCF comme donneur d'ordre. Le calendrier retenu, relativement serré mais tenable, laisse peu de place aux tergiversations pour les acteurs concernés, sauf à manquer le train du TGV du futur...

Frédéric Bergé