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Anne Lauvergeon met à l'épreuve la gouvernance d'EADS

La nomination d'Anne Lauvergeon comme présidente du conseil d'administration d'EADS déplairait au groupe d'aéronautique

La nomination d'Anne Lauvergeon comme présidente du conseil d'administration d'EADS déplairait au groupe d'aéronautique - -

Le gouvernement français appuie le nom de l'ex-patronne d’Areva, pour présider le conseil d’administration du groupe aéronautique, ce lundi 28 janvier. Des pressions qui mettent à mal la volonté d'indépendance du groupe aéronautique.

"Atomic Anne" dans le fauteuil d’EADS ? Cela semble être le souhait du gouvernement. Ce lundi 28 janvier, le ministre des Finances, Pierre Moscovici, a encore assuré sur RTL que l’ex-patronne d’Areva a "toutes les qualités pour jouer un rôle majeur" au sein d’EADS. Plus précisément, le gouvernement français fait pression pour que l’ex-patronne d’Areva prenne la présidence non exécutive du groupe aéronautique, et remplace ainsi Arnaud Lagardère.

Anne Lauvergeon est déjà quasi-assurée d’être nommée au sein du conseil d’administration, aux côtés de l’ancien président de la Banque centrale européenne, Jean-Claude Trichet. Mais pour en prendre la présidence, elle va devoir convaincre ses paires. Seul le conseil d’administration, une fois nommé en Assemblée générale extraordinaire, en mars prochain, pourra désigner son ou sa présidente.

Surtout, il est fort probable que les pressions exercées par Paris ne plaisent guère à EADS. La nomination d’Anne Lauvergeon, ancienne conseillère de François Mitterrand, reste une candidature très politique. Mais Tom Enders, un Allemand, ancien président exécutif d’Airbus, étant aujourd’hui à la tête des fonctions exécutives d’EADS, la logique voudrait qu’un Français préside en contrepartie le conseil d’administration. "Il est important que soit respecté cet équilibre entre Français et Allemands", a encore répété, ce lundi Pierre Moscovici.

EADS s'est organisé pour limiter l'influence des Etats

Or EADS tente justement de s’affranchir de l’influence des Etats actionnaires. L'entreprise avait ainsi revu en profondeur sa gouvernance, le 5 décembre dernier. Berlin comme Paris sont tenus de limiter leur participation. Le pacte d’actionnaires, qui donnait d’importantes prérogatives aux deux Etats, a été annulé. La part des Etats (Allemagne, France et Espagne) dans le capital est ainsi passée de 35,5 à 28%.

Le renouvellement de ce conseil d’administration d’EADS découle de cette nouvelle gouvernance. Mais les pressions françaises pour asseoir Anne Lauvergeon à la présidence d’EADS brisent cette logique d’indépendance.

Selon le Financial Times, le 27 janvier, EADS aurait largement préféré Philippe Camus, ancien président exécutif du groupe et actuel président d’Alcatel, à Anne Lauvergeon, à la tête du conseil d’administration. Mais Pierre Moscovici a écarté, aujourd’hui, cette possibilité. "Il [Philippe Camus] a beaucoup à faire chez Alcatel".

Enfin, on devine aisément que l’immixtion de Paris dans la gouvernance du groupe rappelle de mauvais souvenirs à EADS. Ce dernier reste encore marqué par l’échec de la fusion, tant souhaitée par Tom Enders, avec le groupe de défense britannique BAE Systems, à l’automne dernier. Les différends entre les Etats souverains avaient alors été à l’origine de l’échec de ce mariage.

Julien Marion