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Air France: une grève qui pourrait en appeler d'autres

VIDÉO - Près de 30% des pilotes, hôtesses, stewards et personnel au sol participent à cette grève à l'appel de tous les syndicats. Résultat, le trafic est fortement perturbé, surtout sur le réseau long courrier. Et ce n'est peut-être qu'un début.

Du jamais vu depuis 1993. Près de 30% des pilotes, hôtesses, stewards et personnels au sol d'Air France ont suivi le mot d'ordre de leurs syndicats. L'ensemble des organisations représentatives des pilotes (SNPL et Spaf) et du personnel de bord (SNPNC, Unsa-PNC et Unac), appellaient à cesser le travail, ce jeudi 22 février, ainsi que trois organisations au sol (CGT, FO et SUD) et trois non représentatives (Alter pour les pilotes, CFTC et SNGAF côté PNC). Un rassemblement est prévu à 10h00 devant le siège de la compagnie à Roissy.

Pourquoi cette grogne?

À l'origine du mécontentement, la revalorisation salariale appliquée en 2018, que les syndicats qualifient d'"aumône". À l'issue de deux séances de négociations, la direction a mis sur la table un projet d'accord prévoyant une augmentation générale -la première depuis 2011- de 1% en deux temps, une revalorisation des indemnités kilométriques et une enveloppe d'augmentations individuelles (primes, promotions, ancienneté...) de 1,4% pour les agents au sol. Accepté par deux syndicats minoritaires, la CFE-CGC et la CFDT, le texte a été invalidé par une majorité de syndicats, puis mis en oeuvre de manière unilatérale par la direction.

Les salariés ont le sentiment que depuis des années, on leur a imposé des sacrifices (baisse d'effectifs, perte de jours de congés, etc.), que ces efforts ont permis de redresser les comptes de la compagnie et qu’ils n’en sont pas vraiment récompensés. Ils réclament 6% d’augmentation pour rattraper l’inflation qui a grignoté leur salaire bloqué depuis 2011. "Les salariés ont besoin de ce retour, de cette reconnaissance", a estimé Philippe Evain, le président du SNPL, mercredi soir sur RTL.

La direction leur rétorque qu’avec l’ancienneté et les promotions, leur pouvoir d’achat a été globalement préservé. Car en leur accordant 6%, Air France ruinerait sa capacité à réduire les prix pour les passagers tout en maintenant la qualité de service. Le groupe Air France-KLM a affiché un bénéfice d'exploitation en hausse de 42% pour 2017 à 1,488 milliard d'euros, dont 588 millions d'euros pour la partie française. "Si nos résultats se sont améliorés", ils restent "significativement en dessous de ceux de nos compétiteurs", a relevé le directeur général d'Air France Franck Terner devant la presse : "deux fois inférieurs à ceux de Lufthansa, trois fois inférieurs à ceux de British Airways". Air France est également deux fois moins rentable que KLM, avec une marge opérationnelle de 4% contre 9% pour sa petite soeur.

Franck Terner rappelle que la compagnie avait "pour la première fois depuis 2011 débloqué les grilles" salariales et "surtout négocié un accord d'intéressement" à hauteur de "130 millions d'euros". Au total, les 44.200 salariés d'Air France "percevront cette année entre 3 et 4,5%" de plus que l'an dernier, a affirmé le directeur général de la compagnie.

La grève risque-t-elle de durer?

Les syndicats menacent d'un mouvement plus dur "si la direction s'entête". "La journée du 22 février n'est que le point de départ d'un rapport de force qui se construit", affirmait l'intersyndicale.

Le SNPL, majoritaire dans les cockpits d'Air France (65% des voix), consulte d'ailleurs l'ensemble des pilotes jusqu'au 14 mars pour "recourir, au besoin, à un ou plusieurs arrêts de travail" pouvant dépasser six jours.

Sur le papier, les pilotes sont en position de force puisque les compagnies vont devoir en recruter des dizaines de milliers pour répondre à la croissance du trafic aérien - Air France compte d'ailleurs recruter 300 pilotes cette année et 1000 autres dans les prochaines années. Mais les candidatures ne manquent pas. Les nouvelles recrues viennent de Ryanair, d’Easyjet mais aussi de Qatar Airways ou de la Lufthansa. Et c’est ce qui fait dire à la direction d'Air France qu'elle offre de bonnes conditions de travail. Et qu’il n’est donc pas question d’accepter cette augmentation de 6%.

Quelles conséquences sur le trafic?

La compagnie prévoit ce jeudi matin d'assurer au total "75% de son programme", compte tenu d'un taux de grévistes "estimé à 28%". C'est le réseau long-courrier qui est le plus affecté. Air France a prévu d'annuler la moitié de ses vols de plus de 6 heures au départ de Paris.

75% des vols moyen-courriers au départ et vers Paris-Charles de Gaulle seront assurés et 85% des vols court-courriers, selon la compagnie, qui n'exclut pas "des perturbations et des retards".

Si la grève n'est pas reconductible, elle risque d'avoir des conséquences sur le trafic de demain, vendredi 23 février. En effet, certains avions ne pourront pas partir ce soir. Air France ne sera alors pas en mesure d'assurer le vol retour. Certains passagers qui comptaient rentrer demain matin à Paris pourraient être contraints de patienter.

Comment décaler son voyage ou se faire rembourser?

Air France a mis en place des mesures commerciales: "Si vous êtes en possession d'un billet Air France, émis jusqu'au 19 février inclus, pour un vol effectué avec un avion Air France ou Joon le 22 février, vous pouvez reporter votre voyage jusqu'au 27 février 2018 inclus. Le changement de réservation s'effectue sans frais dans la même cabine de voyage". La compagnie précise à ses clients qu'ils peuvent également reporter leur voyage au-delà du 27 février 2018, changer de destination ou de ville de départ, ou annuler leur voyage.

Pour se faire rembourser, Air France offre deux possibilités: "Si votre vol est annulé ou retardé de plus de 5 heures et que vous renoncez à voyager, vous pouvez obtenir le remboursement de votre billet auprès de votre point de vente. Si vous avez acheté votre billet sur notre site internet, rendez-vous dans la rubrique Remboursement".

Vous pouvez également lire notre article sur le sujet (cliquez ici).

D. L. et P. K.