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Transports

Air France et le casse-tête des formalités sanitaires

Le temps passé à l'embarquement des passagers est augmenté de 40% par le contrôle de tous les documents requis. Une perte de temps qui deviendra handicapante lorsque le trafic sera plus proche de la normale. Seule solution: la digitalisation. Mais elle se heurte à de nombreux obstacles.

Air France se prépare à la reprise du trafic aérien. Avec une contrainte qui risque de perdurer: les formalités sanitaires exigées pour l’entrée dans le pays de destination. C’est à la compagnie arienne qu’il revient de vérifier que chaque passager dispose soit d’un test PCR réalisé dans les délais requis ou le certificat de vaccination conformes aux exigences dudit pays ainsi qu’éventuellement la preuve du motif impérieux justifiant le déplacement. Avec des différences notables selon les Etats.

Les Pays-Bas imposent par exemple un test PCR réalisé dans les 72 heures qui précèdent le départ du vol mais aussi un test antigénique de moins de 24 heures. Une démarche contraignante pour tous. "Aujourd’hui, cela représente 40% de temps en plus par passager avant l’embarquement" insiste Emmanuelle Ferracci, la directrice de la performance opérationnelle chez Air France.

La ponctualité des vols pas affectée... pour le moment

Jusqu’à maintenant ce surcroit de travail, assuré par des prestataires extérieurs, n’a pas nui à la ponctualité de la compagnie. La baisse du trafic aérien permet en effet de raccourcir les temps de vols et les avions sont moins remplis. "On a souvent des arrivées très en avance" relève même Emmanuelle Ferracci. Mais tout va changer dès que les frontières commenceront à rouvrir, que les passagers pourront voyager plus librement, l’allongement du temps d’embarquement va devenir plus compliqué à gérer.

Pour réduire ce temps perdu, Air France compte sur la digitalisation des données puis l’automatisation des contrôles. En début d’année, elle a testé l’AOK Pass (AOK pour Anticorps OK). Mis au point par la société MedAire, cette application est téléchargeable sur tous les smartphones. Mais son usage est contraignant: l’utilisateur est obligé d'intégrer un certain nombre de données et le test PCR doit être réalisé dans un laboratoire partenaire qui envoie ensuite un QR code.

Ce RGPD qui handicape la digitalisation de données médicales

Les premiers retours du test sur certaines destinations (Antilles, Californie) apparaissent un peu décevants. Au total, seuls 450 comptes ont été créés et 75 QR code ont été in fine générés et utilisés alors que leurs detenteurs bénéficiaient d’un privilège avec des files d’attentes dédiées.

La question de la digitalisation des données par la compagnie se heurte aussi au RGDP. Air France ne peut pas archiver les documents fournis par ses passagers. Pour les tests, cela n’a aucune importance, mais pour le certificat de vaccination cela ne permet aux passagers fidèles de le télécharger une fois pour toute. Sauf à trouver un moyen d’établir juridiquement leur consentement. Emmanuelle Ferracci le reconnaît volontiers: "Il n’y aura pas de système totalement intégré avant la fin de l’année. On va devoir faire cohabiter digital et papier pendant des mois".

Car même le "pass" que l'Union européenne a promis pour l'été ne réglera pas tout. Il ne vaudra que pour les voyages au sein de l'UE. Les Etats-Unis pronent plutôt le recours aux solutions privées. En janvier dernier, le collectif "The Vaccine Credential Initiative" a vu le jour aux Etats-Unis sous l'égide notamment de Microsoft, Salesforce et Oracle. Objectif développer leur solution de passeport vaccinal numérique. Un vrai casse-tête pour les compagnies comme pour les passagers.

Pierre Kupferman
https://twitter.com/PierreKupferman Pierre Kupferman Rédacteur en chef BFM Éco