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Un paysan landais fait entrer les coopératives dans le numérique

Le site créé par Jean-Michel Lamothe (à gauche) séduit déjà les agciculteurs qui y voient une manière de réduire les coûts en louant une machine à un collègue plutôt que de l'acheter à perte.

Le site créé par Jean-Michel Lamothe (à gauche) séduit déjà les agciculteurs qui y voient une manière de réduire les coûts en louant une machine à un collègue plutôt que de l'acheter à perte. - Georges Gobet - AFP

"Avec "votremachine.com", les agriculteurs pourront éviter d’acheter les machines qu’ils utilisent rarement, mais dont ils ont besoin. Comment? Grâce à l’économie collaborative. C'est l'idée de Jean-Michel Lamothe, un agriculteur landais, et de son frère informaticien."

Les agriculteurs sont des industriels et leur activité nécessite de lourds investissements dans les machines agricoles qu’ils n’utilisent parfois que quelques semaines dans l’année. Le temps d’une saison. Ces équipements plombent les charges des exploitations. Pour résoudre ce problème historique, Jean-Michel Lamothe, un agriculteur landais a trouvé une idée.

Il vient de lancer un site de location de matériel entre agriculteurs. Si dans les villes, ce modèle est devenu commun, il bouscule les habitudes de ce secteur. "Quand on démarre avec pas grand-chose, on prend conscience de la nécessité de se regrouper, explique Jean-Michel Lamothe. Ajoutez à ça la crise et vous obtenez le concept de votremachine.com".

"Les coûts d'amortissement des machines représentent en moyenne de 35% à 40% du budget d'une exploitation. Or la location des machines non utilisées permet d'augmenter la rentabilité des machines de 25% par rapport à l'achat neuf", assure Jean-Michel Lamothe.

Pour mettre en place la plateforme, l’agriculteur a créé une start-up avec son frère informaticien Jérôme et un groupe d’amis. Lancé en octobre dernier, il commence à connaître du succès auprès des exploitations indépendantes et coopératives.

"Jean-Michel est paysan comme nous, il peut donc mieux que personne comprendre nos problèmes", explique Pierre Ferry, l'un de ses premiers clients. À la tête d'une exploitation de 1.200 hectares de céréales et d'asperges, entre Landes et Gironde, cet utilisateur régulier de votremachine.com n'est pas épargné par la crise: "Je n'en dors plus la nuit. Alors pour réduire les charges qui nous tuent à petit feu, toutes les économies et tous les revenus, même petits, sont bons à prendre".

Ce céréalier s'est lourdement endetté avec son associé pour acheter une cinquantaine de tracteurs, moissonneuses, et autres machines-outils qui pour la plupart "ne servent que deux mois sur douze". "Un tracteur qui coûte 90.000 euros n'est amorti comptablement qu'en 5 ou 7 ans", précise-t-il. "Alors une machine louée, c'est une machine qui rapporte au lieu de dormir".

Un modèle qui peut s'adapter en Europe

Avec son site, Jean-Michel Lamothe intéresse déjà les exploitants, mais aussi les coopératives comme en témoigne le partenariat entre votremachine.com et la Cuma 640, fédération de Coopératives d'utilisation de matériel agricole des Landes et Pyrénées-Atlantiques.

Son président, Richard Finot, estime que "le site dépasse déjà une limite économique atteinte avec les Cuma à l'échelle des départements pour aller plus loin, avec un maillage dans tout l'Hexagone et, pourquoi pas, au-delà. En Espagne, par exemple, où il existe aussi des Cuma". Et pour acheminer le matériel loué, votremachine.com s'appuie sur le savoir-faire et l'importante flotte de la société Capelle, transporteur des pièces détachées d'Airbus.

Tout acquise à ce nouveau modèle, l'influente Cuma 640 examine déjà la possibilité de le soutenir en devenant actionnaire.

Un peu plus de 500 machines sont disponibles sur le site, qui n'impose aucun prix. Un algorithme calcule un "tarif raisonnable", mais seulement à titre indicatif. Gage de sécurité pour les utilisateurs et de crédibilité pour le site, le système de géolocalisation dont est doté l'engin en location permet de le localiser et de décompter les heures d'utilisation.

Mais il reste encore un gros travail de pédagogie et de persuasion sur le terrain: sur les 14.000 agriculteurs recensés dans les Landes et Pyrénées-Atlantiques, seulement 250 sont inscrits sur le site.

La plus grande résistance vient des petits exploitants: "Leur matériel, c'est un peu leur vie", explique Nicolas Sédeuil, chargé du porte-à-porte à la ferme, pour les convertir à l'économie collaborative. Mais il perçoit déjà les premiers signes "d'un changement des mentalités, sans doute lié à l'effet crise".

P.S. avec AFP