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Taser change de nom pour changer d'image

Le Taser a encore représenté 75% des ventes d'Axon en 2016.

Le Taser a encore représenté 75% des ventes d'Axon en 2016. - Guillaume Souvant - AFP

Le fabricant des pistolets à impulsion électrique qui équipent les forces de l'ordre de plus de 100 pays dans le monde s'appelle désormais Axon. Un moyen de faire oublier les controverses autour de son produit phare?

Taser International s'appelle désormais Axon, a annoncé le groupe ce jeudi. Un nom qui désigne aussi un de ses produits, (un peu) moins controversé que le pistolet à impulsion électrique: des caméras embarquées connectées pour équiper les policiers.

Ces caméras, portatives à l'instar des célèbres GoPro, permettent d'enregistrer tout ce que voit l'officier, en couleur et grand angle. Minuscules, elles se fixent sur la tenue du policier: ses lunettes, sa casquette, son casque ou même son col d'uniforme.

Des caméras embarquées gratuites

Actuellement, et pendant un an, ces appareils sont distribués gratuitement aux forces de l'ordre. Le groupe se rémunère sur les abonnements annuels auxquels ses clients doivent souscrire pour accéder au serveur sur lequel sont automatiquement envoyées les images.

L'ex-Taser assure avoir déjà déployé plus de 200.000 caméras à travers le monde, en particulier aux États-Unis, au Royaume-Uni et au Canada. Des pays où les autorités misent sur l'enregistrement d'images pour éviter les violences, de la part des suspects comme des représentants de l'ordre.

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- © La camera Axon peut se fixer sur l'uniforme des policiers (Rendan Smialowski - AFP)

Mais la vache à lait du groupe reste, de très loin, le Taser. L'arme utilisée dans 107 pays lui a rapporté plus de 200 millions de dollars sur ses 270 millions de chiffre d'affaires total en 2016. Les abonnements au serveur Axon, eux, ont à peine généré 12 millions de revenus la même année.

Ce changement de nom semble donc davantage répondre à une volonté de changement d'image du groupe dont le produit phare, une arme supposément "non-létale", continue de susciter régulièrement des polémiques partout où elle est utilisée.

"Une forme de torture"

L'ONU a estimé en 2007 que l'usage du Taser constituait "une forme de torture". Amnesty international juge pour sa part "extrêmement dangereuse" l'arme censée bloquer le système nerveux et tétaniser quelques secondes la personne visée. Tout particulièrement lorsqu'elle est utilisée sur des personnes cardiaques, des toxicomanes, des femmes enceintes, ce que la direction de Taser a reconnu du bout des lèvres en 2010.

L'ONG recense 400 personnes mortes après avoir reçu un tir de Taser aux États-Unis entre 2001 et 2010. En France, où les policiers sont équipés de Taser depuis 2004, trois personnes sont mortes après avoir été visées par l'arme, mais la justice n'a jamais reconnu de lien de cause à effet.

Pas sûr que prendre le nom Axon redore l'image du spécialiste de la sécurité. Des militants des droits civiques accusent déjà le service du même nom -les caméras et les algorithmes qui traitent les images enregistrées- d'ouvrir la voie à une surveillance généralisée et autres activités potentiellement illégales des autorités.

Nina Godart