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Pourquoi la Banque de France a peur des bitcoin

La banque de France déconseille l'utilisation des bitcoins.

La banque de France déconseille l'utilisation des bitcoins. - -

La note publiée le 5 décembre par la Banque de France, qualifiant le bitcoin de "risque financier certain", se montre plus sévère que la banque centrale américaine. Pour Pierre Noizat, spécialiste du bitcoin, l'institution aurait beaucoup à perdre en acceptant la monnaie décentralisée.

La Banque de France a diffusé ce jeudi 5 décembre 2013 une note sur les bitcoin, qualifiant la monnaie virtuelle de "risque financier certain".

Pour Pierre Noizat, entrepreneur spécialiste de la monnaie virtuelle et auteur de "Bitcoin: monnaie libre", le fait que l'institution attaque la monnaie avec une telle virulence est suspect. Cela "pose la question de son indépendance" vis-à-vis des banques traditionnelles, a-t-il déclaré à BFM Business.com.

Selon lui, c'est le principe de la décentralisation du bitcoin, qui est géré par un algorithme plutôt que par une banque, qui est de nature à faire peur aux banques centrales. La banque centrale chinoise a, elle aussi, déconseillé son utilisation ce jeudi.

Pourtant, en novembre, le patron de la Réserve fédérale américaine, Ben Bernanke, avait parlé d'une technologie "prometteuse sur le long terme".

Dans sa note, la Banque de France, elle, met plutôt l'accent sur le "caractère hautement spéculatif" de la monnaie, qui n'est adossée à aucun marché réel et à aucun fonds. Depuis sa création en 2009, et plus encore depuis un an, la monnaie fluctue de façon impressionnante.

Le bitcoin, un système pour contourner les banques

Mais Pierre Noirat rappelle que "la spéculation ne se limite pas au bitcoin", et il trouve étrange que l'institution française attaque un "logiciel libre", préférant "privilégier les intérêts privés, comme Paypal et Western Union".

Pour ce spécialiste de la monnaie virtuelle, l'utilisation du bitcoin est actuellement un acte militant. La volatilité est "un inconvénient à accepter". Objectif sur le long terme: créer une nouvelle technologie, qui gérerait les transferts d'argent de façon indépendante, sans s'adosser au système bancaire.

C'est justement ce qui ferait peur à la Banque de France, qui y perdrait ses prérogatives. Mais les banques traditionnelles ne sont pas au dessus de tout reproche. Pierre Noirat rappelle, par exemple, le scandale des taux d'intérêts, qui va coûter 446 millions d'euros à la Société Générale.

Dans le domaine des paiements en ligne, "Paypal et Visa MasterCard ont presque le monopole", estime-t-il. "Bitcoin est une alternative à ce système."

"On touche au cartel, avec bitcoin, et ça ne plaît pas", juge Pierre Noirat. Et selon lui, la monnaie virtuelle "en est encore à sa première minute de vie".

Le document de la Banque de France:

Les dangers liés au développement des monnaies virtuelles : l'exemple du bitcoin publié par Fil_Economie

Joseph Sotinel