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Pourquoi Apple se met encore à dos le monde de la publicité en ligne

La nouvelle version de Safari, le navigateur d'Apple, introduit des limitations supplémentaires pour le suivi des internautes à des fins publicitaires.

La nouvelle version de Safari, le navigateur d'Apple, introduit des limitations supplémentaires pour le suivi des internautes à des fins publicitaires. - Josh Edelson-AFP

Au nom de la défense de la vie privée, Apple renforce la protection contre le suivi à des fins publicitaires des internautes surfant sur le web avec son navigateur Safari. En dépit de protestations véhémentes du monde de la publicité, le constructeur américain persiste et signe.

Les publicitaires ont une nouvelle raison de détester Apple. L'entreprise s'apprête à doter la prochaine version de son navigateur Web d'une nouvelle arme contre le ciblage publicitaire de l'internaute à son insu. Son logiciel Safari était déjà le premier navigateur à bloquer par défaut les "cookies" tiers, ces petits programmes qui stockent l'historique de la navigation sur le web, qui ne sont pas liés au site visité par l'internaute.

Avec la nouvelle version de Safari, disponible à partir du 19 septembre avec iOS11, un système dit "intelligent" intégré par Apple va plus loin. Il contraindra encore plus la possibilité de collecter des données sur l'historique de navigation des internautes à des fins de re-ciblage publicitaire.

Les cookies s'effaceront au bout de 30 jours

Première contrainte, Apple limite à 24 heures la réutilisation par d'autres à des fins de ciblage commercial des cookies déposés par le site web visité. Deuxième contrainte, ces cookies seront automatiquement effacés de l'historique de l'internaute au bout de 30 jours sans nouvelle visite sur le site.

En limitant les possibilités pour l'annonceur de mieux cibler les domaines d'intérêt de l'internaute pour lui proposer des réclames spécifiques, Apple sape directement les bases du modèle économique de la publicité en ligne. Aux États-Unis, six associations de professionnels du secteur ont écrit une lettre ouverte dénonçant ouvertement l'approche du constructeur californien.

"L'approche unilatérale et autoritaire d'Apple est mauvaise pour le consommateur et néfaste pour le contenu et les services en ligne que les consommateurs apprécient et qui sont financés par la publicité. Le blocage des cookies de cette manière enfoncera un coin entre les marques et leurs clients, et cela rendra la publicité plus générique et moins pertinente et utile" protestent-ils dans la lettre relayée par le site adweek

Dans une réponse assez cinglante d'un de ses porte-parole, reprise par les médias américains, Apple ne cède rien, renvoyant les publicitaires à leurs travers: "La technologie de suivi publicitaire est devenue si invasive qu'il est possible pour les sociétés en charge du suivi publicitaire de retracer l'essentiel de l'historique de navigation Web d'une personne".

Apple a fermé sa propre régie publicitaire en 2016

La firme enfonce le clou, considérant que "cette information est collectée sans autorisation puis utilisée pour le ciblage publicitaire, de sorte que les publicités suivent les personnes sur Internet".

Certes la position d'Apple, qui ne fait plus commerce directement des données de ses utilisateurs, n'est pas nouvelle. L'entreprise a notamment fermé sa régie publicitaire en ligne en 2016. Mais elle irrite d'autant plus les professionnels de la publicité qu'Apple laisse de fait le champ libre à Google et Facebook qui, eux, prospèrent grâce à l'exploitation des données collectées sur Internet.

Frédéric Bergé