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Pour ce chercheur d'Oxford, l'intelligence artificielle est une bulle spéculative

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En dépit des discours alarmistes, l'intelligence artificielle serait très loin de dépasser les capacités humaines, selon un très sérieux rapport sur les progrès de l'IA. D'où l'idée que tout cela ne serait au final qu'une bulle qui pourrait bien finir par éclater.

"Il y a manifestement une bulle autour de l'Intelligence artificielle aujourd'hui". C'est ce qu'écrit Michael Wooldridge, un chercheur en AI qui dirige le département des sciences informatiques à l'Université d'Oxford.

Ce spécialiste travaille sur le sujet depuis 2003 et a écrit plus de 300 articles à propos des algorithmes et autres technologies informatiques "intelligentes". Autant dire que cette déclaration, citée dans le MIT Technology Review le 30 novembre, n'est pas à prendre à la légère.

Des avancées éblouissantes, mais des progrès laborieux

D'autant moins que le chercheur la formulait après avoir participé à une vaste étude dont le sérieux ne peut être sujet à caution: le rapport annuel 2017 - Index de l'intelligence artificielle, réalisé conjointement par des chercheurs de différentes institutions mondialement connues comme l'Université de Stanford et le MIT. Ce travail a pour objet de quantifier les progrès de l'intelligence artificielle et d'identifier les secteurs où elle pourrait être plus performante.

Or dans sa version 2017, ses auteurs estiment que, derrière les "avancées clé qui ont la capacité d'éblouir le grand public", l'intelligence artificielle progresse en réalité doucement et même laborieusement.

Il suffit pour s'en convaincre de s'intéresser au travail des "raters", ces individus qui vérifient le travail d'une intelligence artificielle à qui il manque toujours de la jugeotte. Google, par exemple, a toujours besoin de cerveaux humains pour analyser la pertinence des résultats de recherche fournis par son fameux algorithme. Ou pour choisir, entre deux images ou deux pages de résultats similaires, la plus digne d'intérêt.

"Il est clair que nous sommes loin de l'intelligence générale artificielle" explique Erik Brynjolfsson, professeur au MIT. Ce dernier admet que l'IA a fait des progrès remarquables dans la classification des images et la reconnaissance vocale. Mais il constate que si on lui donne une tâche qui diffère légèrement de celle pour laquelle elle a été programmée, ou qu'elle est confrontée à quelque chose de complètement inconnu, elle ne s'adapte pas (encore) pour résoudre les nouveaux problèmes. 

La question est de savoir comment la bulle va éclater

En outre, les chercheurs constatent que pour faire progresser l'IA de manière notable, il faut lui fournir d'énormes quantités de données. Ce dont ne dispose pas toujours ceux qui travaillent à accroître l'intelligence artificielle.

Ainsi, pour en revenir à lui, Michael Wooldridge considère que, comme à l'époque de la bulle internet, le potentiel qu'on prête à l'IA relève plus du fantasme que de la réalité. Il compare ainsi à une bulle spéculative l'explosion des demandes d'admissions dans les cours d'IA à l'université ou l'énorme croissance des start-up spécialisées. Une bulle avec toutes ses caractéristiques: des "investissements spéculatifs massifs", la présence sur le marché "de charlatans, de serpents et de vendeurs de pétrole heureux de vendre ce qu'ils font comme de l'IA", et des médias qui leur donnent la parole.

Il poursuit: "la question que ce rapport soulève pour moi est de savoir si cette bulle va éclater, comme à l'époque du boom des dot-com de 1996-2001, ou se dégonfler doucement. Et quand cela arrivera, que restera-t-il derrière?".

Pour autant, que la bulle éclate ou se dégonfle, Michael Wooldridge ne voit pas l'IA connaître un coup d'arrêt. Pour la simple et bonne raison qu'elle n'est pas une chimère, et que ses progrès, aussi lents soient-ils, sont rééls: "il y a de la substance sous la bulle actuelle de l'IA" conclut-il.

Nina Godart