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Macron pourra-t-il abolir le papier dans l'administration d'ici 2022?

L'enjeu pour Emmanuel Macron est de moderniser la vie publique sans exclure personne. Pour cela, il faut que toute la population dispose d'un accès à Internet.

L'enjeu pour Emmanuel Macron est de moderniser la vie publique sans exclure personne. Pour cela, il faut que toute la population dispose d'un accès à Internet. - Eric Feferberg - AFP

Tout reste à faire pour que la France devienne une véritable nation numérique. L’un des objectifs d’Emmanuel Macron est que 100% des démarches administratives soient dématérialisées en 2022. Reste encore à couvrir la totalité du territoire en haut débit, ce qui n'est pas gagné.

Emmanuel Macron a été endeuillé deux jours avant son élection par la disparition de Corinne Erhel, députée PS des Côtes-d’Armor spécialiste du numérique, qui a rejoint le mouvement En Marche! dès son lancement. Et l’hommage qui lui a été rendu montre qu’elle était l’un des piliers du programme numérique du successeur de François Hollande. D’ailleurs, la création d’une administration numérique était pour elle le préalable à toute politique dans ce domaine.

Une mesure centrale dans le programme d’Emmanuel Macron qui compte consacrer 5 milliards d’euros pour le numérique français et promet qu’en 2022 toutes les démarches administratives, qu’elles concernent les particuliers ou les entreprises, seront effectuées par Internet à une exception près: la première délivrance des documents d’identité. 

Des gains de productivité de 12 milliards d’euros

Invité sur BFM Business, Gilles Babinet, Digital Champion pour la France auprès de la Commission européenne, a insisté sur cette proposition qui, selon lui, est devenue une urgence. "La France est en train de prendre du retard. Il faut rappeler que sur la déclaration d’impôt en ligne, tout le monde pense qu’on est en avance, mais cette méthode remonte à 2004 et nous n’avons pas été beaucoup plus loin, même si en apparence, on peut avoir une autre impression".

Et si l’e-administration peut améliorer la vie des citoyens, elle peut également apporter beaucoup aux services publics. "Le numérique est en effet un outil de simplification de la vie des citoyens, mais il apporte aussi des gains de productivité qui allègent les agents des services publics de tâches répétitives", indique Guéric Jacquet, directeur associé du Cabinet EY, qui signale d’une part que 70% des fonctionnaires concernés approuvent cette modernisation et que les gains de productivité pourraient atteindre 12 milliards d’euros. Et pour y parvenir, EY évalue l’enveloppe nécessaire à un montant de l’ordre de 3 à 5 milliards d’euros, "dont un tiers pour la formation, les ressources humaines et la réorganisation des services". 

Les doutes de la Cour des comptes

Reste que pour créer un État accessible à l’ensemble de la population, il est nécessaire de résorber totalement la fracture numérique. Emmanuel Macron assurait qu’en cas de victoire, l’ensemble du territoire serait couvert en très haut débit ou en fibre optique "d’ici à la fin du quinquennat". Cette promesse repose cette fois sur le plan très haut débit qui a été lancé en 2013 pour couvrir l’intégralité du territoire en 2022. 

Une échéance mise en doute en janvier dernier par un rapport de la Cour des comptes qui estime que "les projets locaux de déploiement présentés dans les schémas prévoient une couverture des territoires en très haut débit entre 2025 et 2030, voire 2035". Les experts pensent même que le déploiement pourrait ne pas être achevé à ces dates. On ignore pour le moment comment Emmanuel Macron compte tenir son calendrier. L'exécutif pourra se baser sur le dernier rapport publié par Corinne Erhel et Laure de La Raudière, députée LR d'Eure-et-Loir. Les deux spécialistes y rappelaient en effet la nécessité de couvrir au plus vite l'ensemble du territoire au risque de créer des fractures démocratiques en privant une partie des citoyens de l'accès aux services publics.

https://twitter.com/PascalSamama Pascal Samama Journaliste BFM Éco