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  Le lent déclin du français Alcatel-Lucent

Les péripéties récurrentes d'Alcatel-Lucent illustre les difficultés des champions technologiques français à l'heure de la mondialisation.

Les péripéties récurrentes d'Alcatel-Lucent illustre les difficultés des champions technologiques français à l'heure de la mondialisation. - AFP Jean-Sébastien Evrard

Le rachat d'Alcatel-Lucent par Nokia marque la fin de l'ambition tricolore dans l'industrie des télécoms. Sa fusion ratée et son retard dans les réseaux mobiles ne lui ont pas permis de s'imposer face aux géants comme Ericson et Huawei.

C'est officiel : Nokia met la main sur Alcatel-Lucent. Ce rachat  constitue un tremblement de terre dans le paysage industriel français car elle marque la fin d'une épopée industrielle pour l'industriel franco-américain.

Beaucoup y verront aussi le symbole des difficultés des champions technologiques tricolores à l'heure de la mondialisation. En l'occurrence, en 2006, le grand rêve américain d'Alcatel et de son PDG de l'époque, Serge Tchuruk, s'est vite transformé en... cauchemar.

Au lieu de la conquête annoncée du marché outre-Atlantique, Alcatel-Lucent va mettre du temps à digérer l'organisation mise en place à l'issue de la fusion. Pendant ce temps-là, l'Asie montait en puissance et Huawei gagnait de l'influence...

Un an après la fusion : 12.500 suppressions de postes

Un an après la fusion avec Lucent (fort des prestigieux Bell Labs), l'industriel franco-américain présente la facture sociale : 12.500 suppressions de postes et une perte de 3,5 milliards d'euros.

Pire : sur les cinq exercices pleins successifs depuis 2007, seule l'année 2011 a été bénéficiaire et le chiffre d'affaires a stagné au lieu de croître.

Externalisation de l'informatique chez Hewlett-Packard, cessions d'activités déficitaires (division Entreprise), plans sociaux à répétition : rien n'y fait.

L'industriel des télécoms reste encalminé. Il alterne résultats financiers moyens et décevants d'un trimestre à l'autre, sous la houlette de son PDG durant la période, Ben Verwaayen. Alcatel-Lucent ne fait que réduire ses pertes en 2013 affichant un déficit de 1,3 milliard d'euros contre plus de 2 milliards en 2012.

La purge sévère de Michel Combes a-t-elle suffi ?

Arrivé aux commandes mi-2013, Michel Combes n'a pu que constater les dégâts. Il a engagé une sévère restructuration, sous l'appellation de plan de transformation Shift, marqué par un lourd plan social. Au niveau mondial, 10.000 suppressions de postes sont planifiées - environ 15% des effectifs totaux. La France, berceau du groupe en Europe, paie un lourd tribut avec 1.000 emplois perdus.

Cette longue descente aux enfers, que Michel Combes a enrayé en partie à la suite de cette purge sévère, ne doit pas, non plus, masquer les virages stratégiques manqués ou négociés tardivement par l'industriel français.

Comme ses rivaux, Alcatel a du mal à prendre la mesure de la révolution Internet qui a affecté tous les réseaux d'opérateurs et qui a permis à Cisco de dominer ce marché.

La consolidation dans l'industrie des télécoms s'est accélérée

Mais, surtout, Alcatel--Lucent, n'a jamais réussi à rattraper son retard initial dans la téléphonie mobile. Ce marché a explosé au début des années 1990 avec la norme européenne GSM. L'avènement de la 3G a ouvert l'ère de l'internet mobile, stimulant les investissement des opérateurs.

Selon l’Idate, en 2005, Ericsson était le numéro un mondial dans la 3G avec 38% de part de marché devant l’alliance Nec/Siemens (26%) et Nokia (15%).

Pour tenter de grimper dans ce classement mondial, Alcatel avait racheté en 2006, au fabricant canadien Nortel, son activité de réseaux mobiles 3G.

Un marché mondial dominé par Ericsson et Huawei

Presque 10 ans plus tard, sur le marché mondial des télécoms, Ericsson est en tête mais il est talonné par l'industriel chinois Huawei qui a gagné ses galons de numéro 2 mondial. Cisco complète ce trio de tête.

"Loin derrière, Alcatel-Lucent et Nokia Siemens Networks luttent, depuis leur fusion respective" commentait l'Idate à propos de cette situation, dans son rapport annuel d'analyse en 2014 sur l'industrie des télécoms.

En dépit des succès remportés par sa filiale chinoise auprès des opérateurs mobiles locaux, Alcatel-Lucent reste globalement à la traîne derrière Ericsson et Huawei.

Nokia, après avoir racheté l'activité télécoms de Siemens, est donc sur le point de racheter d'Alcatel-Lucent. On ne manquera pas d'y voir, pour ce dernier, une succession d'occasions manquées, voire l'illustration symbolique du déclin industriel de l'hexagone...

Frédéric Bergé