BFM Business

L'e-commerce français ne profite pas de la crise du coronavirus, au contraire

Selon une étude de la Fevad, 75% des sites ont vu leur chiffre d'affaires chuter depuis le confinement et 40% estiment qu'ils ne pourront pas résister économiquement plus de trois mois.

Grands comme petits, les acteurs du commerce en ligne français font grise mine. On aurait pu croire que la fermeture des magasins non essentiels en pleine épidémie de coronavirus doperait leurs chiffres d'affaires. Il n'en est rien.

Selon un sondage de la Fevad (la Fédération du e-commerce et de la vente à distance), 76% des 136 sites interrogés (sur les 800 adhérents), "ont enregistré un recul des ventes depuis le 15 mars et, pour la moitié d'entre eux, ce recul est de plus de 50%". Et plus d'un tiers a dû réduire son activité. La mode et l'équipement de la maison sont parmi les secteurs les plus touchés.

Si le plan gouvernemental de soutien aux entreprises semble être bien accueilli par une majorité des e-commerçants qui le juge globalement satisfaisant, l’inquiétude domine malgré tout chez les professionnels quant aux perspectives d’avenir.

Organisation adaptée

A la question "si la situation de confinement devait durer au-delà d’un mois combien de temps pensez-vous que votre entreprise pourrait résister économiquement?", près de 40% des entreprises estiment qu’elles ne pourront pas résister économiquement plus de trois mois et 20% préfèrent ne pas se prononcer.

Les géants du secteur ne sont pas épargnés, c'est le cas notamment de Fnac Darty qui ne confirme plus ses objectifs 2020.

Les commerçants en ligne ont par ailleurs profondément adapté leur organisation: 82% pratiquent le télétravail, 66% ont recours au chômage partiel et 22% ont fermé certains sites.

L'épidémie pose également des problèmes de logistique, tels que l'approvisionnement pour 40% des sites, et la livraison: 85% des sites notent un allongement des délais et 29% d'entre eux ont enregistré des annulations de commandes.

Des mesures sont également prises pour rassurer les clients comme la gratuité ou des frais réduits pour la livraison des commandes à domicile. La majorité des sites propose également un allongement du droit de rétractation en offrant aux clients la possibilité de retourner les produits dans un délai de 30 à 60 jours, contre 14 jours en temps normal, afin de tenir compte des limitations de déplacements imposées par le confinement.

Certains tirent néanmoins leur épingle du jeu. C'est le cas des acteurs de l'alimentaire, de la téléphonie-informatique et des produits culturels et éducatifs. Ainsi, 18% des sites marchands ont vu leur chiffre d'affaires augmenter. Rappelons qu'en 2019, le e-commerce français a généré un revenu global de 103 milliards d'euros.

Niveau historique pour l'alimentaire

Selon le cabinet Nielsen, dans la semaine du 16 au 22 mars, les Français se sont "jetés" sur tous les créneaux de livraison à domicile ou de "drive" disponibles, si bien que les ventes dans le e-commerce alimentaire atteignent un niveau historique, avec "près de 250 millions d'euros (de chiffre d'affaires, NDLR) cette semaine", une tendance identique à celle d'autres pays européens.

Cette trajectoire pourrait perdurer une fois le confinement terminé selon Nielsen, notamment via "la livraison à domicile qui ne touchait alors qu'une faible part des foyers en comparaison au drive". En effet, "la croissance de la livraison à domicile réalisée par les distributeurs généralistes atteint 45% sur le premier trimestre 2020, contre 24% en 2019".

En Europe, où l'épidémie sévit depuis plus d'un mois désormais, une autre étude, à laquelle a participé la Fevad, révèle que sur 13 pays, dont neuf ont fermé leurs commerces physiques "non essentiels" comme en France, seuls trois (Autriche, Belgique et Espagne) constatent un "impact globalement positif" du confinement sur les ventes en ligne de produits non alimentaires.

Pour Olivier Lamare, vice-président chargé de la distribution en Europe chez Nielsen, même si le commerce en ligne fait de plus en plus d'adeptes actuellement, "du fait des ruptures et de la difficulté d'obtenir un créneau de réservation, (...) certains consommateurs pourraient ne pas vouloir retenter l'expérience". 

Olivier Chicheportiche avec AFP