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Exclusif: un chasseur de têtes pour trouver le patron de Vivendi

Jean-René Fourtou veut trouver un nouveau président du directoire, si possible docile...

Jean-René Fourtou veut trouver un nouveau président du directoire, si possible docile... - -

Un cabinet de recrutement a été mandaté pour trouver un nouveau président du directoire. Une décision qui écarte de facto les candidatures de Bertrand Meheut ou de Jean-Yves Charlier.

Mise à jour: selon des sources industrielles, le chasseur de têtes est le cabinet américain Russell Reynolds

Jean-René Fourtou, qui vient de fêter en juin ses 74 ans, va bientôt prendre un repos bien mérité. Il devrait quitter la présidence du conseil de surveillance de Vivendi d'ici fin 2014, assure son entourage.

Mais, avant de partir, il entend laisser sa marque sur le groupe, et notamment choisir un nouveau président du directoire. En effet, le détenteur du poste, Jean-François Dubos, bientôt 68 ans, mérite lui aussi une retraite bien méritée. Il joue même actuellement les prolongations, car il avait initialement promis de partir à l'occasion de l'assemblée générale d'avril 2013.

Un poste qui se refuse

Selon des sources industrielles, Vivendi a donc discrètement mandaté un cabinet de recrutement pour trouver un nouveau président du directoire. Ce cabinet a déjà approché des premiers candidats cet été, et a même essuyé quelques refus...

De facto, cette décision signifie que Jean-René Fourtou a visiblement écarté les candidatures internes, comme Pascal Cagni, l'un des administrateur du groupe, et surtout Bertrand Meheut, le patron de Canal Plus, et Jean-Yves Charlier, le PDG de SFR. Ces deux derniers avaient pourtant été cités comme papabili par Jean-François Dubos dans une interview fin 2012.

Charlier "pas au niveau"

Le portrait robot du candidat avait été dessiné par un proche de la direction dans La Tribune: "plutôt un quadra", avec un profil "international, pas forcément français, très familier de l’industrie des contenus et du numérique".

A cela s'ajoute une condition non avouée et difficile à remplir: être adoubé à la fois par Jean-René Fourtou et Vincent Bolloré, le premier actionnaire du groupe.

Selon plusieurs sources concordantes, Jean-René Fourtou aurait ainsi renoncé à nommer Jean-Yves Charlier face à l'opposition de Vincent Bolloré, qui le jugeait "pas au niveau".

Mais Bertrand Meheut aurait pu convenir à tous. Le patron de Canal Plus connaît depuis une vingtaine d'années Jean-René Fourtou, qui l'a fait venir dans le groupe en 2002. Il est aussi jugé "Bolloré-compatible". Ses qualités managériales sont reconnues par Vincent Bolloré, breton comme lui. Ce dernier n'hésite pas à manifester chaleureusement cette estime, comme on a pu le constater encore il y a quelques mois lors de la remise d'une décoration à Yannick Bolloré.

Fourtou promeut des 'yes men'

La non-promotion de Bertrand Meheut reste donc un mystère. Mais certains observateurs trouvent une explication dans le profil des hommes que Jean-René Fourtou a choisi de promouvoir depuis un an: Jean-François Dubos, Jean-Yves Charlier, Stéphane Roussel... Tous ont à peu près le même profil: des yes men obéissants qui ne contredisent pas "JRF", avec une expérience managériale et industrielle réduite (voire inexistante), et qu'on peut difficilement qualifier de charismatiques ou de grands visionnaires... Bref, pas du tout le profil du brillant mais têtu Bertrand Meheut.

Reste à savoir si Vincent Bolloré validera le candidat que lui proposera Jean-René Fourtou. Car ce candidat, sans un ferme soutien de l'industriel breton, ne sera qu'un pape de transition avant sa prise de pouvoir. A moins que, comme le prédisent certains, l'industriel breton ne veuille lui-même prendre la présidence du directoire afin de prendre le groupe en main et démontrer son implication...

Interrogé, Vivendi s'est refusé à tout commentaire.

Jamal Henni