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Elle dirige le campus de start-up de Xavier Niel: qui est Roxanne Varza?

Roxanne Varza, une fine connaisseuse du milieu des start-up, dirige la station F.

Roxanne Varza, une fine connaisseuse du milieu des start-up, dirige la station F. - Martin Bureau - AFP

Roxanne Varza, irano-américaine francophile de 32 ans dirige Station F, le plus grand campus de start-up du monde qui ouvrira ses portes à Paris au printemps. Portrait d'une jeune femme qui compte dans la tech.

La "fée", la "papesse" ou "l'impératrice" des start-up? Roxanne Varza s'amuse de ces "surnoms bizarres" que lui donnent les médias, et se définit elle-même plutôt comme une "start-up lover". Tant mieux: elle dirige le plus grand campus de start-up au monde, Station F, le bébé du patron de Free et de l'École 42, Xavier Niel. Portrait.

La jeune femme qui vient de fêter ses 32 ans est née aux États-Unis, de parents iraniens qui ont quitté leur pays au moment de la révolution en 1979. Elle voit le jour à Palo Alto, au cœur de la Silicon Valley. Pourtant son avenir de geekette n'était pas acquis: pendant que naissent Google et Facebook, elle opte pour des études de littérature française à l'Université de Californie, et décline la proposition de son informaticien de père d'apprendre à construire un PC.

Cette francophile travaille en parallèle chez Business France, où elle encourage les entreprises américaines à investir dans l'Hexagone. Elle se retrouve alors confrontée pour la première fois à ce qu'elle désigne comme des clichés, sur les 35 heures, la bureaucratie, l'immobilisme français. Elle parvient toutefois à convaincre 3 entreprises par an de s'installer en France.

À la fois pour mieux connaître un pays qui l'attire et pour quitter celui où elle a grandi mais ne trouve plus sa place après le 11 septembre, elle part en France. Poursuit ses études en Europe, un peu à Bordeaux, puis Paris. Un peu à Londres où elle suit un cursus économique à la London Business School et consacre son mémoire au capital risque. En même temps, cette trilingue (persan-anglais-français) crée son blog, Techbaguette, qui compile l'actualité des start-up françaises, mais en langue anglaise.

Le dirigeant de TechCrunch, un site américain spécialisé dans l'info sur les start-up, la repère ainsi. Il lui propose en 2010 de diriger la rédaction de la version française. Avant que l'édition hexagonale ne ferme en 2012, elle a le temps de tisser un réseau solide. C'est en assistant à un événement chez Microsoft pour le site qu'elle rencontre Xavier Niel. Elle se présente au golden boy français, il lui répond qu'il lit ses articles.

Pendant ce temps-là, celle qui n'a encore jamais monté de start-up multiplie les projets, à la fois dans le journalisme et la tech. Elle fait ses armes chez Carmine, spécialisée dans les Box Beauté, dont l'aventure ne fera pas long feu. "Ils ont voulu aller trop vite et n’étaient pas réalistes", estime-t-elle avec le recul. Elle crée les versions française et anglaise de Girls in Tech, devenu StartHer. Elle importe en France le concept FailCon, ces conférences où, pour valoriser l'échec sur le modèle anglo-saxon, des entrepreneurs viennent raconter les leurs et ce qu'ils en ont retiré. Elle écrit parfois des articles pour The Telegraph et Business Insider, co-fonde Tech.eu, un site d'info dédié à la high tech.

En 2012, Microsoft la contacte pour qu'elle dirige leur nouvel incubateur parisien, installé dans le sentier, Microsoft Venture. En 2013, Business Insider la classe 6e sur les 30 femmes de moins de 30 ans les plus influentes de la tech.

Avec Xavier Niel, ils gardent contact par mail. "Il est fort pour ça", raconte-t-elle dans Capital. Un jour, il lui demande "son avis sur les points forts des meilleurs incubateurs. Je lui ai envoyé une note avec quelques points-clé". Plus tard, il insiste pour qu'elle rencontre l'équipe de l'architecte chargé de rénover la Halle Freyssinet pour y installer son incubateur géant. Elle finit par lui demander pourquoi. "Si le job de directrice t'intéresse, il est pour toi", répond-t-il. Elle accepte sur le champ. "Elle connaît par cœur le monde des start-up françaises et étrangères. Elle s’est imposée naturellement", selon le patron de Free cité par Capital.

Et surtout, comme le fondateur de l'École 42, elle croit dur comme fer que la France est un eldorado pour la création d'entreprise et l'innovation. Celle qui parle un français irréprochable souligne "qu'embaucher un bon développeur coûte deux fois moins cher ici qu'aux États-Unis". Et de louer le crédit impôt recherche, de pointer que "l'an dernier, il y a eu plus de start-up qui ont levé des fonds en France qu'en Israël et au Royaume-Uni".

La seule chose qui manque à l'Hexagone à ses yeux? Un équivalent de la Factory de Berlin ou du Google Campus de Londres. Un lieu où les start-up pourraient naître, grandir, s'entraider, bénéficier d'aide et de conseil. Ce sera bientôt une réalité dans les 34.000 mètres carrés de l'ancienne Halle Freyssinet, quand Station F ouvrira ses portes à 1.000 start-up au printemps prochain.

Nina Godart