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Davis Marcus (Paypal): "le cadre réglementaire français n'est pas en soi un frein à l'innovation"

David Marcus, patron de Paypal, avec Anthony Morel au salon Le Web'13.

David Marcus, patron de Paypal, avec Anthony Morel au salon Le Web'13. - -

Le patron francophone du géant du paiement en ligne Paypal, présent au salon Le Web'13, a répondu aux questions de BFM Business sur le paiement sans contact et les bitcoins.

Le Web'13, le rendez-vous de tous ceux qui comptent dans le monde de l'internet, se poursuit ce mercredi 11 décembre à Paris. Parmi les participants à cette dixième édition, le patron du système de paiement virtuel Paypal le Francais Davis Marcus. Il a présenté mardi 10 décembre le nouveau système de paiement du groupe, baptisé Beacon, totalement dématérialisé. Il a également répondu aux questions d'Anthony Morel, spécialiste des nouvelles technologies sur BFM Business.

Comment fonctionne votre nouveau système de paiement?

Davis Marcus: Les clients adorent faire du shopping, acheter des choses, mais ils détestent payer. La meilleure forme de paiement, c'est donc celle qu'on ne voit pas, qui est invisible et qui disparaît. On a donc cherché comment on pouvait faire disparaître complètement l'expérience de paiement. Paypal Beacon est un device USB que l'on branche à une prise dans un magasin. La première fois que vous y achetez quelque chose, on vous demande si vous acceptez de payer sans sortir votre carte. Vous acceptez. A partir de ce moment-là, quand vous retournez dans ce magasin, votre photo apparaît sur l'ordinateur de caisse, on peut vous dire bonjour, vous appeler par votre nom, vous pouvez attraper ce que vous voulez acheter et partir. Plus de file d'attente pour payer, ou pour retirer des billets au distributeur. Un pas important quand on sait qu'aux Etats-Unis, plus de 20% du temps passé au restaurant l'est à attendre pour payer.

On entend parler du Near Field Communication (NFC), une technologie de paiement sans contact, depuis des années, sans que cela se concrétise. Où en sommes-nous concrètement aujourd'hui?

DM: Nulle part! Pour ma part, je n'ai jamais cru à cette technologie pour la gloire de la technologie, qui ne s'adresse pas au consommateur. Quand une invention n'améliore pas de manière significative la vie du consommateur, pour changer ses habitudes, elle ne résout pas de problème, et donc ne marche pas. Nous ne croyons pas qu'aujourd'hui, il faille se rendre à un endroit précis dans le magasin et attendre pour payer. Dans un monde où les systèmes de point de ventes sont connectés à internet, et où tout le monde a un smartphone, pourquoi attendre? On peut payer, là où l'on a trouvé ce dont on avait besoin, sans attendre et partir.

Un autre mode de paiement dont on entend beaucoup parler, c'est le bitcoin, cette monnaie intraçable. Croyez-vous au potentiel de ces monnaies qui ne sont pas régulées par des banques centrales ni contrôlées par des gouvernements ?

DM: Je pense qu'il y a beaucoup de confusion. Tout le monde dit que le bitcoin est une monnaie, alors qu'en réalité, ça n'a pas les attributs d'une monnaie. Attention, je crois au bitcoin, mais pas en tant que monnaie aujourd'hui. C'est ce qu'on appelle un "store value", c'est-à-dire un endroit où vous pouvez déposer votre argent. Dans des pays où la monnaie de référence n'est pas aussi stable qu'en France ou aux Etats-Unis par exemple, vous avez moins de chance d'avoir une inflation et de voir fondre votre patrimoine. Pour le moment c'est cela. Parce que le bitcoin est tellement volatil, que si vous êtes un marchand et que vous vous faites payer en bitcoin, vous ne savez pas si vous allez vendre votre produit à 1 ou à 10. Ce n'est pas possible. Pour Paypal, qui est une entité régulée dans plusieurs pays, la réglementation autour du bitcoin n'est pas claire, nous attendons donc que les gouvernements prennent position, et de voir si cela fait sens pour nous de se positionner dessus.

En parlant de volatilité, que pensez-vous de toute cette myriade de start-ups aux valeurs potentielles, théoriques, complètement dingues ? Il y a eu Snapchat, qui a refusé une offre de 3 milliards de dollars de Facebook, Tumblr, racheté 1 milliard par Yahoo. S'achemine-t-on vers une nouvelle bulle internet?

DM: Pour certains de ces cas, c'est justifié. Quand on voit Instagram, cela faisait totalement sens pour Facebook de le racheter un milliard de dollars, parce que cela s'adressait à un marché, un segment, qui passait de moins en moins de temps sur Facebook, et de plus en plus sur Instagram. Maintenant, il est vrai que plein de boîtes ont des valorisations qui n'ont pas de sens.

Des noms?!

DM: Non, je ne donnerais pas de noms. Mais si une société a vraiment une trajectoire de croissance incroyable, qu'elle fournit un service qui va durer, je pense notamment à Über par exemple, alors la valorisation est complètement justifiée. Si ce n'est pas le cas, il y a peut-être une bulle, en effet. Mais je ne pense pas qu'on puisse craindre un éclatement comme en 2000 dans la mesure où il y a une vraie création de nouvelles industries, de services qui sont en train de changer le monde. A l'époque de la bulle internet, les fondamentaux des entreprises n'étaient pas solides, il suffisait d'ajouter ".com" à la fin de son nom, et vous leviez plein d'argent. Aujourd'hui, la plupart de ces boîtes font des choses utiles dans la vie de tous les jours.

Vu de la Silicon Valley, quel sentiment suscite la politique d'innovation de la France?

DM: Il y a plein de belles choses qui se créent à Paris, avec des centres d'incubation très prometteurs. Mais en général, pour ma part je ne suis pas un grand fan du protectionnisme, donc je pense qu'il faut revoir sa copie. Le contexte réglementaire en revanche, n'est pas un problème en soi selon moi, c'est une question d'envie des entrepreneurs français de changer le monde, pas forcément de se faire racheter par un groupe américain au moment où il va venir en Europe. Il faut de l'ambition !

Anthony Morel et BFM Business