BFM Business

Crowdfunding: Indiegogo se lance à l’international

Danae Ringelmann, co-fondatrice d'un site de crowdfunding, a répondu aux questions de BFM Business lors du salon LeWeb à Paris.

Danae Ringelmann, co-fondatrice d'un site de crowdfunding, a répondu aux questions de BFM Business lors du salon LeWeb à Paris. - -

Interview de l'une des plus importantes plateformes de financement participatif sur le web.

BFM Business a interviewé lors du salon LeWeb Danae Ringelmann, co-fondatrice et directrice opérationnelle (COO) d’Indiegogo, un des principaux sites américains de crowdfunding (financement participatif par les internautes). De ce côté-là de l'Atlantique, le crowdfunding s'est imposé comme une véritable tendance... qui devrait bientôt gagner nos contrées, encore hésitantes.

> BFM Business : Quelle est l’origine d’Indiegogo?

Danae Ringelmann : La société a été créée en 2008, avec pour mission de démocratiser le crowdfunding. Mes associés et moi étions frustrés face à l’inefficacité et l’injustice des possibilités de récolter de l’argent: vous ne pouviez y arriver que si vous connaissiez quelqu’un dans une banque ou un business angel.

> En quoi êtes-vous différents de votre concurrent Kickstarter ?

D. R. : Chez Kickstarter, il y a un processus de sélection des projets. Chez nous, c’est totalement ouvert, basé sur le mérite. Il n’y a pas de demande à déposer, d’approbation à obtenir. Nous laissons tout le monde poursuivre son rêve.

Autre différence : Kickstarter se limite aux projets artistiques, tandis que nous sommes ouverts à tout type de collecte.

Enfin, Indiegogo propose aussi de lancer des collectes sans que le montant à lever soit déterminé à l’avance. Cette approche flexible est d’ailleurs retenue par la très grande majorité de nos clients, car, en pratique, rare sont les cas où vous savez exactement de combien vous allez avoir besoin.

> Cette absence de sélection n’est-elle pas risquée?

En pratique, la fraude n’est pas un problème. Nous avons eu quelques rares cas il y a quatre ou cinq ans, où nous avons remboursé les donateurs.

Depuis, nous avons mis en place une procédure qui rend la fraude extrêmement difficile. D’abord, un algorithme, qui se base sur les cas passés, détecte les projets douteux et les retire immédiatement du site, et gèle les prélèvements bancaires. Ensuite, nos équipes étudient une partie de ces cas douteux, notamment si le porteur du projet proteste de sa bonne foi.

D’une manière générale, le crowdfunding est une dissuasion naturelle contre la fraude : vous devez mystifier un grand nombre de gens, tandis que dans une arnaque traditionnelle, vous devez duper seulement une seule personne.

> Les campagnes menées sur Kickstarter ont permis de récolter au total 350 millions de dollars. Et chez vous?

Nous ne dévoilons pas ce chiffre. Je peux juste vous dire qu’Indiegogo permet de récolter plusieurs millions de dollars chaque semaine, et qu’à chaque instant 6000 à 7000 campagnes sont en cours sur le site. Notre campagne la plus importante a permis de lever 1,3 million de dollars pour un musée à New York. Nous employons aujourd’hui 55 personnes.

> Vous avez démarré en finançant des films. Est-ce que le crowdfunding est adapté au cinéma, où les budgets sont importants ?

Vous savez, il y a des films à gros budget comme à petit budget. La somme la plus élevée que nous avons levée pour un film est de 350 000 dollars. Mais il faut avoir conscience que, sur les 10 000 films tournés chaque année, seulement 3 000 sortent en salles. Les autres utilisent des nouveaux canaux de diffusion, comme Internet.

> Jusqu’à présent, les contributeurs sont récompensés par des cadeaux en nature, mais ne peuvent investir au capital du projet. Cela va-t-il changer?

Le président Obama vient de signer une loi, le Jobs Act, qui permettra cela. Mais le gendarme de la bourse, la SEC, doit encore annoncer quelle régulation sera précisément appliquée dans ces cas-là. Nous prendrons la décision d’étendre ou pas nos activités en fonction de cette régulation.

> Quels sont vos projets à l’international?

Notre site est déjà utilisé partout dans le monde. Nous sommes ainsi actifs dans 200 pays, et 30% des collectes ont déjà lieu hors des Etats-Unis. Mais jusqu’à présent, les collectes se faisaient uniquement en dollars.

Désormais, trois autres monnaies seront possibles : l’euro, la livre sterling et le dollar canadien. Fin décembre, nous allons aussi ouvrir des versions du site en français et en allemand. Enfin, au premier semestre 2013, nous allons ouvrir un bureau à Londres.

Jamal Henni