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Collisions à répétition: les GPS de l'US Navy visés par des cyberattaques?

Des navires de guerre américains ont été victimes d'une série d'incidents ces derniers temps en Asie, ce qui oblige l'US Navy à se demander si elle pourrait être victime de cyberattaques.

Des navires de guerre américains ont été victimes d'une série d'incidents ces derniers temps en Asie, ce qui oblige l'US Navy à se demander si elle pourrait être victime de cyberattaques. - Roslan Rahman-AFP

Les accidents à répétition de navires de guerre américains réveillent le spectre d'une cyberattaque. Pour certains spécialistes, l'hypothèse de piratages perturbant les systèmes de navigation GPS des navires est plausible. Pour d'autres, cela reste hautement improbable.

La marine américaine, dont le destroyeur USS John S. McCain est entré en collision avec un pétrolier lundi 21 août, aurait-elle été victime d'une cyberattaque?

Le chef des opérations de la marine américaine, l'amiral John Richardson, n'a pas exclu qu'un facteur extérieur ou une cyberattaque puissent expliquer l'accident qui entraîné la disparition de dix marins et blessé cinq autres, tout en soulignant qu'il ne voulait pas préjuger des résultats de l'enquête. "Nous envisageons toutes les possibilités", a-t-il déclaré. "Comme nous l'avons fait avec le Fitzgerald".

Deux mois auparavant, le 17 juin 2017, sept marins avaient déjà péri dans un accident entre le destroyer USS Fitzgerald et un porte-conteneurs au large du Japon.

Une série d'incidents localisés dans la zone Pacifique

Deux autres incidents sont aussi survenus cette année dans le Pacifique. En janvier 2017, l'USS Antietam s'est échoué près de sa base japonaise et en mai, l'USS Lake Champlain est entré en collision avec un navire de pêche sud-coréen. Il n'y a pas eu de victimes.

De son côté, l'amiral Scott Swift, commandant de la flotte Pacifique, s'est refusé à exclure un acte de sabotage, soulignant que toutes les hypothèses étaient à l'étude. "Nous n'écartons aucune piste", a-t-il dit, interrogé sur la possibilité d'une cyberattaque.

La concentration des incidents dans la zone Asie-Pacifique ainsi que la succession des collisions dans un court laps de temps interrogent les spécialistes. Itar Glick, chef de l'entreprise de cybersécurité Votiro, établie en Israël, estime possible que les systèmes GPS des bâtiments américains aient été sabotés en vue de provoquer des erreurs de calcul dans les positions. "Je crois que des pirates pourraient tenter de le faire. Et s'ils sont soutenus par un État, ils pourraient disposer des ressources nécessaires pour organiser ce type d'attaque", dit-il à l'AFP.

Un brouillage de GPS en mer Noire survenu en juin 2017

Ce spécialiste israélien, qui dit avoir travaillé pour les renseignements israéliens, juge que la Chine et la Corée du Nord seraient les coupables les plus vraisemblables.

Itar Glick évoque, par ailleurs, un incident apparent de brouillage GPS à grande échelle survenu en juin 2017 en mer Noire qui a perturbé les systèmes d'une vingtaine de navires.

Jeffery Stutzman, directeur de renseignement de la société américaine de cybersécurité Wapack Labs, explique qu'il pense "entièrement possible" qu'une cyberattaque ait provoqué la dernière collision. "Je serais très étonné s'il s'agissait d'un cas d'erreur humaine, pour la quatrième fois consécutive".

Des experts doutent de l'hypothèse d'une cyberattaque

Toutefois, d'autres experts doutent de la réalité d'un tel scénario. D'après Zachary Fryer-Biggs, du consultant Jane's by IHS Markit, même en cas d'anomalie sur le système GPS d'un navire, d'autres mécanismes de sécurité sont là pour prendre le relais. "La collision ne peut survenir qu'en cas d'échec de plusieurs autres mécanismes" ajoute-t-il.

Daniel Paul Goetz, de la société américaine Lantium, estime lui qu'il serait compliqué de provoquer un accident car cela supposerait de connaître la localisation et la vitesse exactes des deux vaisseaux en cause. Il met aussi en exergue la sophistication des équipements américains et juge que "les risques de voir quelqu'un s'emparer du contrôle d'un bâtiment de guerre sont proches de zéro".

F.Bergé avec AFP