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Korian, ce géant français des Ehpad qui accumule les critiques pour sa gestion de la crise sanitaire

Korian

Korian - SEBASTIEN BOZON / AFP

Depuis plusieurs semaines, le groupe Korian qui exploite 308 maisons de retraite en France est attaqué de toutes parts pour sa gestion de la crise sanitaire.

A l’appel des syndicats CGT, FO et SUD, plusieurs personnels des maisons de retraite Korian s’étaient rassemblés ce lundi devant certains établissements du groupe pour réclamer le versement de primes et une revalorisation salariale.

Les organisations syndicales demandaient notamment que la prime de 1000 euros promise fin avril par la direction soit versée à tous les personnels sans distinction et portée à 1500 euros. Une revendication qui a abouti en fin d’après-midi alors que le groupe a fait savoir par communiqué qu’une prime de 1500 euros sera accordée à tous ses salariés des Ehpad, quelle que soit la zone. Son versement est prévu début juillet. 

Au-delà de cette prime, Korian est, depuis la début de la crise sanitaire, dans le collimateur des syndicats mais aussi de certains élus et familles de victimes du coronavirus qui l'accusent de ne pas avoir su gérer la crise. De son côté, le groupe se défend bec et ongles: "On entend des attaques, et je ne peux pas laisser dire ce qu’on entend (…), c’est inqualifiable", expliquait fin avril à BFMTV sa directrice générale, Sylvie Boissard. 

BFM Eco revient sur la naissance de ce géant européen de l’aide à la personne, et sur les polémiques dont il a fait l’objet ces dernières semaines. 

Numéro un en Europe 

Leader européen des "services d’accompagnement et de soins aux seniors", le groupe Korian est présent dans six pays européens (France, Allemagne, Belgique, Italie, Pays-Bas, et Espagne) où ses 53.000 employés s’occupent de 300.000 patients et résidents. Il compte 850 établissements, dont 308 dans l’Hexagone (23.000 résidents). 

Né en 2003, le groupe est le résultat de la fusion de quatre sociétés gérantes de maisons de retraites (Finagest, Sérience, Réacti-malt et Medidep). La compagnie d’assurance Predica, filiale du Crédit agricole détient 24,38% des parts, devant le groupe de mutuelles Malakoff Humanis (7,8%) ou encore le fonds de pension canadien Investissements PSP (6,53%). 

Ces dernières années, l’entreprise a continué son développement via de multiples acquisitions (la société de télécommunication Omedys et 5 Santé, groupe français spécialisé dans le traitement des maladies chroniques en 2020, mais aussi les entreprises de maisons de retraite espagnole Seniors et allemande Schauinsland en 2019…).

L’an passé, Korian a enregistré un chiffre d’affaires de 3,6 milliards d’euros, en hausse de 8,3%. Au premier trimestre 2020, son chiffre d’affaires était de 941,6 millions d’euros (+8%) mais cette hausse n’intègre encore que partiellement les premiers effets défavorables liés à la crise du coronavirus. 

Qu’est-il reproché à Korian? 

Lors du dernier bilan communiqué par Sylvie Boissard le 27 avril, 606 décès liés au coronavirus avaient été recensés dans les établissements Korian. Le groupe a notamment enregistré 38 décès sur 109 résidents dans son Ehpad La Riviera à Mougins (Alpes-Maritimes). Une situation qui a suscité des interrogations et des critiques. 

Parmi les syndicats, SUD, FO et la CGT ont déploré "une hécatombe de décès parmi les résidents" et dénoncé le "manque de réaction" de la direction de l'entreprise pour mettre à disposition "du matériel de protection en nombre suffisant". 

Du côté des familles et parties civiles, plusieurs plaintes contre X ont été enregistrées depuis le début de la crise. Le 23 avril, le parquet de Grasse avait fait état d'un total de huit plaintes émanant de membres de la famille de personnes admises dans l’Ehpad de Mougins, dont certaines décédées, ainsi que d'une plainte de la mairie de Mougins. Une enquête préliminaire a été ouverte.

Mardi dernier, le parquet de Nanterre a également annoncé l’ouverture d’enquêtes préliminaires après des plaintes pour "homicide involontaire", "mise en danger de la vie d’autrui" et "non-assistance à personne en danger" dont deux concernent la maison de retraite Bel-Air de Clamart, gérée par Korian. 

Korian se défend 

Sous le feu des critiques, Sylvie Boissard est montée au front fin avril pour défendre son groupe. "Une quinzaine d’établissements ont subi plus d’une dizaine de décès" tandis que les "deux tiers" des 308 établissements gérés par Korian "sont épargnés" affirmait-elle au Parisien. Avant de rappeler que "Korian est le seul groupe à publier ses chiffres". 

"Tous les moyens ont été mis en oeuvre partout" pour protéger les résidents, a poursuivi Sophie Boissard, qui dénonce les "attaques inqualifiables" dont Korian fait l’objet. "Je ne laisserai pas salir notre entreprise et nos personnels qui sont de vrais héros", a-t-elle encore déclaré. Le groupe a limité les visites dès le 25 février, généralisé le port du masque le 21 mars et recruté 3000 personnes pour faire face à l’épidémie, selon sa directrice générale. 

Citant l’établissement de Mougins, où le référent de chaque famille a été "alerté en temps", elle a reconnu que le groupe aurait "peut-être dû organiser une communication générale". Korian a également lancé le 13 avril un "plan de dépistage généralisé" pour tester tous les personnels et résidents de ses Ehpad. 

A l’inverse de la CGT, FO et SUD, les syndicats CFDT et Unsa ont eux aussi fustigé fin avril un "acharnement" contre Korian et un "traitement de l’information particulièrement à charge, de la part de certains médias". "Les équipements de protection individuelle ont été achetés en masse, dès le début de l’épidémie et mis à disposition de nos collègues", avaient affirmé les deux syndicats.

Polémique sur les dividendes

Après la publication d’un article de L’Obs fin avril, plusieurs élus de gauche tels qu’Olivier Faure (PS) ou Manuel Bompard (LFI) dénonçaient le versement de dividendes prévu par Korian pour ses actionnaires à hauteur de 54 millions d’euros, malgré la crise du coronavirus. Peu après, le groupe a fait savoir qu'il renonçait au versement de ses dividendes. 

Sylvie Boissard a également pris la décision de baisser de 25% son salaire et ses primes de 2020 pour alimenter un fonds d’un million d’euros qui financera "des recherches thérapeutiques dédiées au grand âge et des actions de solidarité envers les femmes". Initialement, sa rémunération fixe pour 2020 devait être de 450.000 euros. Ajouté à cela une rémunération variable annuelle de 100% de la rémunération fixe en cas de réalisation des critères de performance, selon le document d'enregistrement universel de l'entreprise.

Paul Louis avec AFP