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Vaccin Pfizer/BioNTech: pourquoi le prix des doses grimpe pour les Européens

L'Europe a annoncé samedi une commande de 1,8 milliard de doses supplémentaires du vaccin développé par Pfizer et BioNTech. Si le prix n'a pas été officiellement dévoilé, il aurait été fixé à 19,5 euros la dose, bien plus que pour les premières commandes.

Covid-19 ou pas, la loi du marché reprend toujours ses droits, y compris pour les vaccins. Ce samedi, l'Union européenne a annoncé une commande supplémentaire d'1,8 milliard de doses supplémentaires pour assurer la campagne de vaccination au sein des Etats-membres.

Le prix de la transaction n'a pas été dévoilé mais plusieurs sources affichaient la couleur depuis plusieurs semaines. Mi-avril, le Premier ministre bulgare Boyko Borissov, interrogé pour le site Euractiv, assurait que l'Europe allait payer 19,5 euros par dose pour cette nouvelle commande, qui s'étale jusqu'en 2023. C'est une hausse importante par rapport aux premières commandes où la dose de Pfizer/BioNTech était vendue 15,5 euros aux Européens. L'information a été confirmée par la suite par Reuters.

AstraZeneca out

Que s'est-il passé? "Jusqu'à présent, les prix des vaccins ne reflétaient pas ce que j'appelle des conditions normales du marché" expliquait récemment le directeur financier de Pfizer Frank D'Amelio. Le cadre ne cachait pas que le passage d'une situation pandémique à une situation endémique (plus localisée et qui a vocation à durer) était "une opportunité" pour le groupe.

Car si Pfizer a dégainé le premier vaccin contre le coronavirus, le laboratoire a surtout réussi à en faire le plus demandé. Les déboires d'AstraZeneca, boudé par les Français et en conflit ouvert avec Bruxelles, l'a replacé au cœur des attentes. D'autant que les vaccins à ARN messagers semblent montrer une meilleure efficacité contre les variants. L'apparition de nouvelles souches en Inde ou au Brésil favorisent donc la demande pour ce vaccin.

Et si la demande est forte, le laboratoire a tout intérêt à faire grimper les prix pour les pays riches. Pour rappel, Pfizer prévoit trois rangs de prix en fonction de la situation des pays (jusqu'au prix coûtant pour les plus pauvres).

La stratégie européenne n'a pas payé

Si l'Europe accepte une hausse des tarifs, c'est aussi pour apprendre de ses erreurs. Lors des premières commandes, l'Europe pouvait se targuer d'un meilleur tarif que les concurrents américains (19,50 dollars la dose soit 16,30 euros) ou israéliens (22,70 euros la dose). Revers de la médaille: les meilleurs payeurs ont été livrés en premiers, ce qui a forcément fait polémique quand Pfizer a annoncé des premiers retards de livraison en Europe. Puisque l'UE misait sur AstraZeneca (bien moins cher) pour vacciner la majeure partie de sa population, elle doit désormais compter sur Pfizer en attendant Curevac ou Sanofi.

Selon Reuters, les nouvelles commandes impliquent donc des conditions de livraison plus strictes ainsi qu'une mise à jour du principe actif pour lutter contre les variants. Si l'Europe a réalisé une belle négociation l'année dernière, le contexte sanitaire l'oblige maintenant à sortir le chéquier.

"Avec la Commission européenne, nous avons négocié la possibilité, en fonction de la situation, d'appeler des doses de vaccin contre le variant Afrique du Sud, des doses pour faire des rappels, pour vacciner les enfants... C'est cette flexibilité qui a un coût", précise Agnès Pannier-Runacher, la ministre déléguée chargée de l'Industrie, sur Sud Radio lundi matin.

Pour Pfizer, c'est le jackpot. Le laboratoire a engrangé un profit de 3,5 milliards de dollars sur les trois premiers mois de l'année 2021.

Thomas Leroy Journaliste BFM Business