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Protéger les ascenseurs contre le Covid: des innovations mais encore peu de demande

Cabine d'ascenseur Schindler

Cabine d'ascenseur Schindler - Schindler

Les géants du secteur ont développé des innovations technologiques afin d'éviter que ce moyen de transport devienne un lieu de contamination.

La crise sanitaire a entraîné d'importantes évolutions dans les lieux publics: désinfection régulière, jauges, distanciation sociale, protocoles dédiés dans les bureaux, multiplication des plaques de plexiglass dans les magasins...

Mais il y a un domaine auquel on ne pense pas forcément: celui des ascenseurs qui est pourtant le moyen de transport le plus utilisé du monde. Avec un espace confiné, l'ascenseur constitue un risque réel de contamination.

Les géants du secteur ont néanmoins pris très tôt ce problème à bras le corps, à l'image de Schindler, premier ascensoriste en France (où l'on compte près de 600.000 ascenseurs en service).

Seconde ligne

"Il y a eu une prise de conscience rapide que cet espace confiné pouvait créer des inquiétudes légitimes", confirme à BFM Business, Philippe Boué, directeur général France qui rappelle que "66 millions de Français prennent l'ascenseur tous les jours et demi". L'enjeu: permettre à ces équipements d'être sécurisés sans rompre l'activité (dans les immeubles de bureau ou les centres commerciaux principalement).

Le gouvernement nous a demandé d'être présent, réactif avec nos techniciens qui sont les soldats de la seconde ligne. Il y a eu une très forte mobilisation interne et un développement dans un temps record", poursuit-il.

Shindler souligne ainsi avoir déployé 11 innovations en trois mois à travers plusieurs technologies notamment pilotables à distance.

On peut citer "UV CleanAir/Space" qui assainit l'air ambiant et les parois de l'ascenseur grâce à des rayons UV projetés (technologie qui s'applique également aux mains courantes des escalators), ou encore un film de protection antibactérien qui se colle sur les surfaces les plus touchées, une autre qui permet à l'ascenseur d'évaluer en direct le nombre de passagers à bord afin d'assurer la distanciation sociale, de nouveaux boîters connectés qui permettent d'appeler l'ascenseur sans contact...

Ce déploiement a été chapeauté par "la R&D Monde qui a coordonné très rapidement les initiatives locales", poursuit le dirigeant. Le géant suisse s'est appuyé sur sa R&D, des partenaires de son écosystème mais aussi sur des entreprises tierces de la clean-tech. Cette co-innovation a débouché sur la signature de 50 partenariats.

Un surcoût qui refroidit

"Ces solutions ont été validées scientifiquement, c'est une première pour nous. On ne s'engage pas sur des niveaux de contamination mais les innovations sont vérifées par des spécialistes", poursuit Philippe Boué.

Chez Kone, l'autre grand acteur du secteur, plusieurs solutions étaient déjà disponibles au moment de la pandémie. "La pandémie de COVID-19 transforme la façon dont les gens se déplacent et interagissent dans les villes et les bâtiments. Tous les gestionnaires d’immeuble sont maintenant confrontés à la gestion des flux de personnes, de la porte d’entrée à la destination", commente ainsi Guillaume Fournier Favre, Directeur Général de Kone France.

Le groupe propose ainsi un purificateur d’air pour cabine compatible avec toutes les cabines d’ascenseurs de toute marque, avec une technologie d’oxydation photocalytique développée par la NASA avec comme but initial d’éliminer les contaminants des cabines spatiales.

Comme son concurrent, la firme finlandaise met également l'accent sur le sans contact avec l’appel de l’ascenseur à distance via son smartphone. La solution exclut complètement la nécessité de toucher les boutons et les écrans d’ascenseur. Ou encore un nouveau système de boîtier de contrôle là encore sans contact où il suffit d'approcher son doigt de la touche pour l'activer. Commander l'ascenseur à la voix est également possible.

Le groupe propose également un revêtement anti-microbien sur les mains courantes présentes systématiquement dans les ascenseurs (dédiées aux personnes handicapées notamment). Il élimine jusqu'à 99,5% des bactéries et microbes en 2 heures et jusqu'à 99,99% en 24 heures, assure le fabricant.

Enfin, pour informer les passagers, les ascensoristes exploitent les écrans connectés dans les cabines qui permettent de "pousser" à la demande des consignes et des rappels de sécurité tout comme tout un tas d'autres services.

La sanitarisation, c'est l'avenir

Mais encore faut-il que les exploitants mettent en place ces technologies, ce qui a un coût.

Certains groupes comme la SNCF sont venus nous voir, on leur a installé des pilotes gratuitement et on travaille main dans la main avec des centres commerciaux, mais il y a une logique économique. Beaucoup de nos clients ont été durement touchés par la crise, il y a donc une réflexion face à cette prestation payante", déplore Philippe Boué de Schindler.

Résultat, "à la SNCF et dans les centres commerciaux, la demande est relativement modérée", concède-t-il. Quant aux ascenseurs d'immeubles d'habitation (70% du parc), "la demande est extrêmement faible" compte tenu des coûts pour les propriétaires. "On travaille néanmoins aves les syndics, on va les voir", ajoute-t-il.

Du côté de Koné, "alors que nos clients pensaient l'an dernier que cette crise n'allait pas durer, il y a aujourd'hui une prise de conscience", souligne une porte-parole du groupe. "Les mentalités ont évolué, l'installation de ces dispositifs est ajourd'hui considérée, les réflexions sont en cours", poursuit-elle.

Si cette demande est encore faible, Schindler et Kone sont convaincus que ces technologies de "sanitarisation" des cabines vont à terme devenir la norme. "Le sans-contact est déjà une réalité en Asie", rappelle le directeur général du premier. "On sent une inflexion et il y a une projection", ajoute le second qui évoque l'équipement des hôpitaux, des maisons de retraite ou encore des immeubles d'habitation où on trouve des cabinets médicaux.

D'autant plus que ces technologies pourront devenir une ligne de revenu supplémentaire pour les acteurs de ce marché dont l'essentiel du chiffre d'affaires se fait à travers la maintenance de leurs équipements.

Olivier Chicheportiche Journaliste BFM Business