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Pour la première fois de son histoire, Fiat ne sera plus dirigé par un Italien

Sergio Marchionne (à gauche), l'homme-clé de Fiat, Ferrari et CNH Indistrial, et John Elkann.

Sergio Marchionne (à gauche), l'homme-clé de Fiat, Ferrari et CNH Indistrial, et John Elkann. - PIERO CRUCIATTI / AFP

C’est le Britannique Mike Manley qui va remplacer Sergio Marchionne à la tête du groupe Fiat-Chrysler. Patron de Jeep depuis 2009, il a contribué à faire de cette marque un des joyaux du groupe italo-américain.

Qui pour remplacer Sergio Marchionne? Surnommé "le bulldozer" ou "Super Marchionne", celui qui a dirigé Fiat pendant quatorze ans est en effet contraint de laisser les rênes de l’entreprise un peu plus tôt que prévu et après de graves problèmes de santé. Hospitalisé à Zurich depuis une opération fin juin à une épaule, le dirigeant âgé de 66 ans a souffert de complications en série jusqu'à une nouvelle "détérioration" vendredi. Il aurait été admis en soins intensifs et plongé dans un coma artificiel.

Si le Corriere della Sera, premier quotidien italien, titrait ce week-end sur "la fin d’une époque", le reste de la presse nationale salue dans l’ensemble une succession certes précipitée mais qui s’inscrit dans la continuité. Reflet des multiples casquettes que portait Sergio Marchionne, ce ne sont pas moins de quatre personnes qui ont été nommées pour le remplacer dans ses différentes fonctions.

Un Britannique pour reprendre le flambeau FCA

A commencer par Mike Manley, le patron de Jeep et de Ram, qui reprend les rênes de FCA. Ce Britannique discret arrivé à la tête de Jeep en pleine crise en 2009 en a fait le joyau du groupe: Jeep devrait selon Morgan Stanley représenter à lui seul près de 70% des profits de FCA cette année.

Dans une lettre adressée dimanche à tous les salariés de FCA, son président John Elkann, petit-fils d'Umberto Agnelli, a exprimé sa confiance en Mike Manley: "Nous avons commencé il y a des années à travailler à un plan de succession qui garantisse la continuité et préserve la culture unique de FCA", a-t-il assuré. "Mike a été l'un des principaux contributeurs du succès de FCA et il a derrière lui une longue liste de prouesses".

Pour Florian Delègue, chasseur de têtes de Heidrick & Struggles spécialisé dans l'automobile, cette nomination est "une bonne surprise". D'après lui, Mike Manley "n'est pas un nouveau venu, c'est l'homme à succès du groupe Fiat". Et même s'il n'est pas Italien, "c'est un étranger très acculturé à Fiat".

D'importants défis à venir, en Italie et face à Trump

Cependant, Mike Manley n'est pas Sergio Marchionne, l'enfant des Abruzzes qui a également pris la nationalité canadienne, diplômé en droit, en management mais aussi en philosophie, qui a réussi à conquérir politiciens, médias et syndicalistes, en particulier en Italie.

Si le groupe FCA compte 159 usines à travers le monde, 27% de ses 236.000 salariés travaillent en Italie. Or, "des rendez-vous importants nous attendent, comme l'assignation des modèles aux usines italiennes et le renouveau du contrat collectif", ont prévenu deux syndicats, l'UIL (Union italienne du travail) et l'Uilm (Union italienne des métiers de la métallurgie).

Pour Ferdinand Dudenhöffer, chercheur spécialiste de l'automobile à l'université de Duisbourg Essen, M. Manley est "un homme de voitures, et pour diriger Fiat Chrysler, ça ne suffit pas". En Italie, il va devoir "négocier avec les syndicats, les politiques, la famille Agnelli". "Il va devoir faire beaucoup de compromis" et "il ne sera pas capable de prendre des décisions audacieuses".

Or, c'est bien d'audace et de vision que FCA aura besoin pour faire face aux défis qui l'attendent, à commencer par les menaces du président américain Donald Trump sur le commerce et la stratégie pour développer l'électrique, pour laquelle nombre d'experts évoquent la nécessité de nouvelles alliances.

Trois autres dirigeants pour Ferrari et CNH Industrial

Sergio Marchionne était également à la tête de Ferrari, dont il avait mené l'opération d'introduction en Bourse en 2015. Ses fonctions vont être dédoublées avec comme duo, John Elkann en tant que président et Louis Camilleri en tant qu'administrateur délégué. Le premier est tout simplement le petit-fils de Gianni Agnelli. Décédé en 2003, il avait lui-même repris l'empire industriel Fiat en 1966, construit par son grand-père Giovanni Agnelli. John Elkann, 42 ans, est le PDG d’Exor, la holding familiale qui détient près de 30 % de Fiat, 23 % de Ferrari et 27% de CHN Industrial. 

Pour l'épauler il peut compter sur Louis Camilleri, qui était depuis 2002 le PDG de Philip Morris, groupe particulièrement lié à Ferrari via le sponsoring de la Scuderia en Formule 1. Né en 1955 à Alexandrie (Egypte) d'une famille maltaise, Louis Camilleri avait fait la une des tabloïds en juillet 2017 en raison de sa liaison avec la top model Naomi Campbell.

Enfin, c'est la Britannique Suzanne Wood qui remplacera Sergio Marchionne chez CNH Industrial. Depuis 2011 et la création de Fiat Industrial, cette entité avait repris l'activité des gros engins et camions avec notamment les groupes Iveco et New Holland. 

Julien Bonnet, avec AFP