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Le plan de la France pour combler son retard dans les éoliennes en mer

Les six premiers projets de parc d'éoliennes en mer déjà attribués entre 2011 et 2013 affichent une puissance totale cumulée de 2916 MW.

Les six premiers projets de parc d'éoliennes en mer déjà attribués entre 2011 et 2013 affichent une puissance totale cumulée de 2916 MW. - Paul Ellis-AFP

Alors qu'aucun parc éolien off shore n'a encore surgi sur sa façade maritime, la France voit s'activer plusieurs projets, longtemps retardés par des recours juridiques, dont celui de Saint-Nazaire et Saint-Brieuc. L'essor des emplois dans la filière éolienne française est aussi en jeu.

Bien que 8000 éoliennes terrestres, réparties sur 1380 parcs, jalonnent l'Hexagone, aucun des six premiers parcs éoliens en mer lancés entre 2011 et 2013 n'a encore surgi sur la façade maritime française.

"Pour l'éolien terrestre, on est sur un bon chemin. Mais pour l'offshore, on est très en retard", résume Pauline Le Bertre, déléguée générale de France Énergie Éolienne, qui réunit les professionnels de la filière. Ceux-ci attendent que le gouvernement précise son engagement de principe à relever le rythme des appels d'offres pour l'éolien en mer à 1 gigawatt par an d'ici à 2024.

Outre les six premiers projets déjà attribués (puissance totale de 2916 MW), le ministère de la transition écologique "propose d’ajouter 3 projets supplémentaires en plus de celui de Dunkerque (500 MW, conditionné à un prix inférieur à 70 euros par mégawattheure (MWh). Suivront un appel d’offres en 2020 en Manche est et Mer du Nord (1 GW à 65 euros par MWh) et un autre en 2023 ou 2024 pour un total de 1 à 1,5 GW (prix maximum fixé à 60 euros par MWh)" explique France Énergie Éolienne. 

Les éoliennes en mer plus puissantes que les terrestres

Le grand atout des éoliennes en mer "posées" (implantées jusqu’à 50 mètres de profondeur maximum) est d'être plus puissantes que les machines terrestres (jusqu’à 12MW à l’unité pour la plus puissante actuelle) grâce à leurs pales géants, captant mieux les vents marins, plus réguliers.

En attendant, les six premiers projets de parc off shore lancés entre 2011 et 2013, et destinés aux côtes normandes et bretonnes, commencent à en finir avec la course d'obstacles qui s'est dressée devant eux. De recours judiciaires intentés par les opposants, en soubresauts réglementaires, de 8 à 10 ans en moyenne s'avèrent nécessaires jusqu'à l'inauguration d'un parc éolien en mer.

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- © La construction de ces six parcs éoliens en mer n’a pas encore débutée en raison de nombreuses actions en justice devant les juridictions nationales françaises. Source : Commission européenne.

Situés à Saint-Brieuc (Côtes d'Armor), Courseulles-sur-Mer (Calvados), Fécamp (Seine-Maritime), Saint-Nazaire (Loire-Atlantique), Tréport (Seine-Maritime) et Yeu-Noirmoutier (Vendée), les six parcs devraient ainsi être construits entre la fin de 2021 et 2024, à l'extinction de toutes les voies de recours déposées par leurs opposants.

Il a fallu attendre l'été 2019 pour que la voie judiciaire s'éclaircisse pour certains projets. Le Conseil d'État a rejeté en juin dernier le recours contre le projet de Saint-Nazaire. D’une capacité installée de 480 MW, ce futur parc éolien fournira l’équivalent de 20% des besoins électriques de la Loire-Atlantique. Il devrait être le premier à voir le jour, début 2022, après l'adoption de la décision finale d'investissement. Puis, en juillet, le haute juridiction administrative a rejeté deux recours déposés contre le projet de parc éolien en baie de Saint-Brieuc. D'une puissance de 496 MW, le parc permettra d'alimenter 835.000 foyers en électricité.

Le dégel de ces projets comporte aussi d'importants enjeux industriels en France. Siemens Gamesa Renewable Energy bâtit une usine au Havre qui se chargera d’approvisionner en turbines cinq des six projets éoliens en mer. De son côté, General Electric fabriquera dans son usine de Montoir-en-Bretagne (Loire-Atlantique) les turbines destinées au futur parc éolien de Guérande, près de Saint-Nazaire. De même, la construction à Brest des fondations d'une partie des éoliennes du futur parc en baie de Saint-Brieuc entraînera la création de 250 emplois pendant deux ans.

Quatre fermes pilotes pour l'éolien "flottant"

Si tous ces projets appartiennent à la catégorie des parcs d'éoliennes posées (arrimées au fond marin par des fondations jusqu'à 50 m de profondeur), d'autres projets avancent concernant l'éolien flottant. Les turbines reposent alors sur des fondations flottantes, ancrées au sous-sol marin par des câbles à des profondeurs plus importantes, ce qui permet de les éloigner encore un peu plus au large des côtes (au-delà de 15 km). Depuis 2018, une première éolienne flottante, conçue par la société française Ideol comme un démonstrateur de la technologie, a été arrimée au large du Croisic (Loire-Atlantique), produisant de quoi alimenter en électricité 5000 habitants.

En France, quatre projets de fermes pilotes (pré-commerciales) "flottantes" ont été choisis par le gouvernement en 2016, trois en Méditerranée et un en Bretagne, pour une mise en service au mieux d’ici 2020-2021. Des parcs commerciaux pourront voir le jour par la suite, à hauteur de 3 GW en service à horizon 2030.

les éoliennes géantes de ge sont fabriquées en france en grande partie

L'éolienne géante Haliade-X 12 MW de GE est en grande partie fabriquée en France. Cet équipement, présenté par GE comme "l'éolienne en mer la plus puissante au monde" avec ses 12 MW, est fabriquée à Montoir-de-Bretagne, près Saint-Nazaire (Loire-Atlantique) pour les nacelles et à Cherbourg (Manche) pour les pales, le mât étant fabriqué à Séville en Espagne. Elle possède un rotor de 220 mètres de diamètre (chaque pale mesure 107 mètres), soit deux fois la longueur d’un terrain de football, et s’étire en hauteur sur 260 mètres de la base aux extrémités des pales.

Cette turbine équipera un gigantesque parc éolien en mer en cours de développement au large de la Grande-Bretagne, le nombre définitif de turbines restant à confirmer. L'éolienne géante de GE avait déjà été choisie par le groupe danois Orsted pour deux de ses parcs en mer américains.

Frédéric Bergé