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L'ex-porte-avion Foch sera-t-il transformé en hôtel de luxe ?

Et si l'ancien porte-avions Foch devenait un complexe hôtelier de luxe?

Et si l'ancien porte-avions Foch devenait un complexe hôtelier de luxe? - Mitsi Studio

Acheté par le Brésil il y a presque 20 ans, cet ancien fleuron de la marine française a été vendu à un ferrailleur turc mais son démantèlement pose problème et un homme d'affaires allemand propose de le transformer en un complexe hôtelier unique en son genre.

Le porte-avions Foch va-t-il finir vraiment découpé dans le port d'Izmir? Bloqué pour le moment au Brésil, ce navire de guerre de 265 mètres de long devrait être remorqué en fin d'année vers la Turquie pour être livré au chantier naval Sök Denizcilik qui doit le démanteler afin de pouvoir revendre ses 24.000 tonnes d’acier. Le ferrailleur s'est offert pour 1,6 million de dollars lors d'une vente aux enchères cet ancien fleuron de la marine nationale cédé en 2000 au Brésil. Une bouchée de pain.

L'ex-porte-avion "Foch", rebaptisé "Sao Paulo", a été vendu au Brésil en 2000 et doit être déconstruit en Turquie cette année
L'ex-porte-avion "Foch", rebaptisé "Sao Paulo", a été vendu au Brésil en 2000 et doit être déconstruit en Turquie cette année © EMMANUEL PAIN

Au grand dam d'anciens membres de son équipage qui ont tenté, en vain, depuis des années de le sauver pour en faire un musée. Désormais, c'est un homme d'affaires allemand qui rêve de lui donner une nouvelle vie. Le projet d'Udo Stern, ex-membre du directoire de Lufthansa? Transformer ce navire de guerre à la retraite en un luxueux complexe hôtelier off shore. Udo Stern, qui cherche à réunir des investisseurs pour financer son projet, prévoit d'amarrer son palace flottant au large, dans les eaux relativement calmes de la mer Noire.

Les dimensions exceptionnelles du vénérable porte-avion confère à son projet un caractère totalement inédit. Sous le poste d'équipage, dans le hangar de 13.800 mètres carrés, Udi Stern compte installer une salle de concert, un casino, des cinémas, des bars et des restaurants. Les 55 cabines d'officiers seront transformées en chambre.

Mais le clou du projet se situe sur le pont: un golf de neuf trous transformable en piste de ski recouverte de neige artificielle pour s'adonner aux sports d'hiver durant les mois les plus froids de l'année. Hélicoptères et taxis volants pourront par ailleurs profiter d'une des plate-formes d'appontage pour déposer les clients. Comme le disent les agents immobiliers, il faut se projeter, mais le potentiel est là.

Un séjour aux sports d'hiver en pleine mer?
Un séjour aux sports d'hiver en pleine mer? © Mitsi Studio

Reste à financer ce projet pharaonique. Udo Stern ne donne pas de détails sur le coût estimé de ce chantier, mais il se compte en centaines de millions d'euros. Il faudra remorquer le bâtiment et le désamianter avant sa métamorphose complète.

L'homme d'affaires allemand a dirigé Blue Wings, une compagnie aérienne mise en liquidation il y a une dizaine d'années. Il est aujourd'hui à la tête de Blue Star Cargo, une entreprise de fret maritime basée à Düsseldorf.

Pour trouver des fonds, il compte sur l'appui de Düsseldorfer Initiative, un club d'entrepreneurs allemands dont il est porte-parole. Nous avons tenté de le contacter sur ce projet, sans succès. Mais si on en croit ses propos repris par la presse allemande, il semble ne pas douter de la faisabilité de son projet.

"Ce n'est pas une question d'argent pour nous", assurait-il voici quelques jours au quotidien populaire Bild tout en précisant que son but était de créer un espace culturel européen en transformant "un objet militaire en un objet civil".

La France aura le dernier mot

Pari tenable? A voir. En vendant le navire au Brésil, la France a en effet imposé une clause. Après sa carrière militaire, le Foch, rebaptisé Sao Paulo par les Brésiliens, ne pourra être vendu que pour être démantelé. Il ne doit en aucun cas pouvoir être rénové avant d'être mis au service de forces armées. Impossible donc d'en faire un centre de formation militaire comme le proposait par exemple le contre-amiral Mustafa Cihat Yayci, ex-chef d’état-major de la marine turque et ancien attaché de défense à l'ambassade de Turquie à Moscou.

Nous avons contacté le ministère des Armées pour savoir si cette clause pouvait être levé pour le projet hôtelier. La réponse est claire.

"Le contrat de vente au Brésil comporte une clause de non-exportation. Il reste sa propriété jusqu'au démantèlement et ne peut être vendu à qui que ce soit et quel que soit l'usage sans un accord de la France. D'ailleurs, à ce jour, nous n'avons reçu aucune demande", a répondu à BFM Business le ministère des Armées.

En attendant, le navire se trouve toujours au Brésil et pourrait y rester encore longtemps. Des représentants de la société civile d'Izmir, des élus, des experts techniques et des organisations syndicales s'opposent à l'arrivée du navire en Turquie, indique le site brésilien defesaaereanaval.com. Ils craignent que sa découpe ne libère des résidus polluants (amiante et produits pétroliers).

Ils pointent aussi le manque de transparence sur la manière dont ces déchets seront gérés. Selon l'ONG Shipbreaking Platform, l'inventaire des matières dangereuses n'a pas été présenté et aucun audit indépendant n'a été réalisé. Elle a même a envoyé un courrier au ministère de l'Environnement et de l'Urbanisation de Turquie pour le mettre en garde contre la grande quantité de matières toxiques présentes sur le porte-avion.

Une retraite flamboyante

De son côté, le ministre des Transports et des Infrastructures, Adil Karaismailoğlu, affirme n'avoir reçu "aucune demande d'autorisation du naufrageur, l'agence liée au navire en question" peut-on lire sur le site turc Sendika. Un porte-parole de la commission parlementaire de l'environnement refuse qu'Izmir soit "transformée en une décharge du monde". Selon lui, le navire contiendrait 600 tonnes d'amiante.

Cette crainte avait déjà été soulevée en France, par les anciens membres d'équipage français comme brésiliens qui surveillent le devenir du vaisseau depuis des années. Leur crainte est qu'il subisse le sort du Clémenceau, bateau-jumeau du Foch, démantelé en 2010 au Royaume-Uni.

"Nous, on n’oublie pas. Tant que le premier coup de chalumeau n’a pas été donné, on ne lâchera rien", déclarait à Var Matin le toulonnais Romain Veyrié, ancien du Foch.

Ce porte-avion a pris la mer pour la première fois en 1963 avant d'être mis à la "retraite" de la marine brésilienne en 2018. Finira-t-il ses jours dans la mer Noire avec à son bord des touristes fortunés? Le pari est loin d'être gagné.

Pascal Samama
https://twitter.com/PascalSamama Pascal Samama Journaliste BFM Éco