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Défense: l'Etat dit "non" à la vente de Photonis à une entreprise américaine

Pour l'Etat, il n'est pas question que Photonis, cette entreprise qui développe des équipements militaires de vision nocturne, passe sous pavillon américain. Des discussions sont en cours avec des industriels français pour protéger la souveraineté technologique militaire.

"Photonis est et restera une entreprise française". L'Etat a décidé de peser de tout son poids pour que cette pépite toulousaine de l'industrie de la défense ne tombe pas dans l'escarcelle de Teledyne, entreprise américaine.

"L'Etat a le pouvoir de dire non, et compte bien l'exercer", a affirmé à BFMTV et BFM Business le cabinet de la ministre des Armées confirmant ainsi le "veto" annoncé par La Tribune.
"Photonis est stratégique a deux titres, elle développe des systèmes d'intensification de la lumière qui équipent nos fantassins et nos engins blindés, mais aussi des dispositifs de détection des réactions nucléaires sur nos bâtiments", explique le cabinet de la ministre en ajoutant que ces deux activités sont trop sensibles pour être cédées à un groupe américains.
Le "non" de l'Etat repose ainsi sur un problème de souveraineté nationale. "Si elle devenait américaine, nous devrions avoir l'aval des Etats-Unis comme pour tous les contrats d'équipements militaires qui intègrent des technologies américaines, et nous ne céderons pas sur ce point", nous a expliqué cette source ministérielle.

La souveraineté en matière de défense

Ce risque d'entrave à sa souveraineté française en matière de défense est réel. Depuis 2017, Teledyne, le seul candidat à la reprise de Photonis, fournit à la défense française des dispositifs de sécurité dont certains équipent les sous-marins d'attaque du programme Baracuda.

"Nous ne sommes pas comptables de ce qu'il s'est passé avant nos prises de fonction, mais sur ce sujet, le Président de la République a été très clair lors de son discours sur la souveraineté française en février à l'Ecole de Guerre", rappelle le cabinet de Florence Parly. 

"Pour que la France soit à la hauteur de son ambition européenne, elle doit rester souveraine ou décider elle-même, sans les subir, les transferts de souveraineté qu'elle consentirait, tout comme les coopérations contraignantes dans lesquelles elle s'engagerait", rappelait alors Emmanuel Macron. 

Convaincre Thales, Safran et la BPI de s'engager

Reste néanmoins à trouver un repreneur français pour Photonis. Mercredi 4 mars, sur BFM Business, Bruno Le Maire évoquait une forme de frilosité des groupes industriels français comme Thales et Safran, ainsi que le manque d'appui financier de BpiFrance.

Dans un langage plutôt ferme, le ministre leur a demandé de "se relever les manches" pour trouver une solution afin que Photonis reste une entreprise française. Il a aussi rappelé que l'Etat a une part du capital dans Thales. Jusque là, Thales et Safran ont fait savoir qu'ils n'étaient pas intéressés par le dossier Photonis.

"Il y a d'autres entreprises que celles-là qui pourraient être intéressées, mais il est trop tôt pour les citer", nous a précisé une source proche d'un cabinet ministériel. "Le message que nous voulons leur faire passer est la valeur financière et industrielle de Photonis", ajoute ce proche du dossier. 

En tout état de cause, l'Etat ne cache pas son intention de s'opposer à une reprise par Teledyne. "C'est exclu!", martèle le cabinet du ministère des Armées. Le message s'adresse non seulement à Ardian et à Teledyne, mais aussi et surtout aux industriels français et aux organismes de financement.

https://twitter.com/PascalSamama Pascal Samama Journaliste BFM Éco