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WWF et entreprises: une alliance pour changer le monde?

Le WWF compte une dizaine de partenariats avec les entreprises. Dernier engagement en date auprès de Bel avec le soja certifié. L'ONG est persuadé que c'est le monde économique qui fera avancer les mentalités sur les enjeux de développement durable

Le WWF compte une dizaine de partenariats avec les entreprises. Dernier engagement en date auprès de Bel avec le soja certifié. L'ONG est persuadé que c'est le monde économique qui fera avancer les mentalités sur les enjeux de développement durable - WWF

Le Groupe Bel vient de s'engager à soutenir la production de soja certifié pour l'alimentation des vaches laitières. Il est accompagné dans sa démarche par le WWF. Le groupe explore également la faisabilité de recourir à des alternatives au soja en France.

Depuis une dizaine d'année, WWF s'engage auprès des entreprises pour faire bouger les lignes dans le monde économique.

"Le WWF n'a rien contre le profit mais il faut qu'il soit fait en préservant les ressources." Philippe Germa, le patron France de l'ONG depuis tout juste un an, n'est pas du genre à mâcher ses mots. Le WWF a un taux fort de notoriété auprès des Français (88%), leur logo où figure un Panda est d'ailleurs très connu.

Mais beaucoup ignorent encore que l'organisation travaille au plus près du monde économique "Les hommes politiques sont mortels, les entreprises ne sont pas faites pour mourir" pour reprendre là encore le discours franc du collier de Philippe Germa.

À ses côtés depuis un an et demi, Marie Christine Korniloff prend en charge les partenariats avec les entreprises. Tous deux viennent du monde de la finance, Natixis Environnement et Natures en tant que directeur général pour l'un et Caisses d’Épargne pour l'autre à la direction du Développement durable. Ils ont tous les deux la conviction que la préservation de la planète passera en priorité par l'implication des entreprises. Ils en ont fait une théorie: celle de la coupe de champagne. Comme l'explique Marie Christine Korniloff, il est difficile de parler directement à 7 milliards de consommateurs. C'est le haut de la coupe qui les symbolise. Tout en bas 1,5 milliard des producteurs également difficiles à atteindre et entre les deux dans le goulot d'étranglement, 300 à 500 entreprises qui contrôlent environ 70% des matières renouvelables.

Des engagements sur le long terme

Le WWF s'adresse dans l'idéal à tous mais l'organisation a choisi volontairement de cibler ces partenariats. Il en compte un peu plus d'une dizaine en France. Marie-Christine Korniloff estime qu'il ne faut pas travailler avec tous mais choisir un partenaire qui a envie d'avancer et de prendre des risques. C'est le cas avec Bel qui vient de dévoiler ses objectifs. Le groupe laîtier a choisi de s'approvisionner en soja certifié pour l'alimentation de ses vaches. Il s'adresse à 3.200 fournisseurs. Bel collecte chaque année environ 1,7 milliard de litres de lait auprès de ces producteurs situés à proximité de ses sites de production.

Autre entreprise engagée: Dagivel, filiale de Nestlé et leader sur l'alimentation non-domestique. Son cœur de business, pour reprendre les termes de Marie-Christine Korniloff, c'est la pêche. Le groupe s'était engagé sur 70% de pêche certifiée. Il compte atteindre les 75% en 2016 et travaille à l'amélioration de pêcheries locales.

La pêche durable est également l'un des axes majeurs du partenariat avec Carrefour. Le premier poissonnier de France a dit non a la pêche en eau profonde, à plus de 1.500 mètres. Carrefour a arrêté ainsi progressivement la commercialisation du sabre, du grenadier et du brosme. WWF souhaite ainsi que cette démarche donne des idées à toute la filière. Les autres engagements de Carrefour portent sur le bois ou encore le soja et l'huile de palme avec un produit dans ce dernier cas 100% certifié. Il travaille côte à côte depuis 1998.

Prochaine cible: la finance

Pour le WWF il n'est pas question de communiquer à tort et à travers sur les engagements. Dans le cas de Carrefour, le logo apparaît sur les meubles de jardin car le groupe s'est engagé à prendre du bois tropical certifié mais l'ONG affirme veiller scrupuleusement aux conditions d'affichage et ne délivre pas de label. Sa mission première: challenger une entreprise.

Il le fait également avec Bouygues Construction sur les quartiers de demain avec ce qu'il appelle "son regard de citoyen". Le nombre de partenariats semble maigre au vu du nombre d'entreprises. Il est aisé aussi de remarquer que celles qui sont citées sont souvent elles-mêmes déjà engagées dans une stratégie durable. Elles n'ont pas attendu l'organisation. Cette dernière affirme se réserver le droit de dire non.

Selon le WWF, il n'est pas question d'argent mais tout simplement d'action. Et de rappeler que sur les 16 millions d'euros de l'ONG, 17% viennent des entreprises. Il communique pour accélérer le mouvement. Prochaine étape de son engagement la finance. WWF parle de réorienter les flux financiers. Pour Philippe Germa, il faut faire comprendre que "le profit à court terme est lourd de conséquences pour les générations futures ". L'ONG reprend donc son bâton de pèlerin.

Nathalie Croisé