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Total booste l’innovation avec des projets pilotes industriels

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Le groupe Total mène depuis un an un projet d’open innovation qui doit accélérer son adaptation à l’usine du futur, dite 4.0. Une démarche dont les enseignements dépassent de beaucoup les seules innovations technologiques liées à la digitalisation de la production. Regards croisés entre un groupe, son partenaire et une start-up.

L’autre voie de l’innovation

Vitesse, souplesse, agilité, rapidité. Voilà parmi les qualificatifs associés, -à juste titre-, aux start-ups, ces jeunes pousses d’entreprises dont le modèle économique n’est pas encore totalement mature, mais qui présentent l’avantage indéniable de « détenir » l’innovation. Et l’innovation, c’est aujourd’hui pour les grands groupes industriels un enjeu majeur. Ce que confirme César Miguel, chef de projet usine 4.0 chez Total « Notre gros enjeu, c’est l’open innovation. Nous ne pouvons pas tout faire en interne. C’est donc vers l’externe que nous regardons, car il regorge de très bonnes idées, principalement chez les tous petits, les start-ups. Clairement, elles vont plus vite que nous ne le ferons jamais. La question est donc : comment leurs idées peuvent-elles rapidement s’appliquer chez nous ? ».

Des idées particulièrement pertinentes quant il s’agit de s’intéresser à l’usine 4.0, en d’autres mots, à la digitalisation de la production. « Dans ce domaine, nous n’avons pas eu à subir de grosses remises en question comme le secteur de l’automobile par exemple » précise César Miguel, « mais, nous sommes conscients que sur les aspects efficacité et sécurité, il y a toujours des progrès à faire. Sans compter qu’il existe de nouveaux entrants qui risquent de se positionner dans notre chaîne de valeur et venir ronger nos marges. L’enjeu est bien là ».

Dans ce contexte, le groupe Total a lancé à l’automne 2015 un projet de recherche et déploiement de pilotes industriels sur sites, en signant avec Impulse Labs, un conseil spécialiste de l’accélération de l’innovation. Thibault Lecerf, consultant en stratégies chez ce partenaire se rappelle que « le cahier des charges était de “faire l’usine du futur”, notamment sur les notions d’opérateur augmenté et de valorisation des assets [NDLR : actifs]. Nous devions identifier des start-ups qui opéraient dans ce sens et les présenter à Total ».

Impluse Labs a rapidement sourcé 250 start-ups, principalement européennes et nord-américaines, et en a retenu 150. Vingt-quatre d’entre elles ont eu l’opportunité de « pitcher » entre mars et juin 2016, lors de trois comités de sélection composés de collaborateurs de Total. Au final, six projets terrain ont été sélectionnés pour rentrer en phase d’incubation.

Acculturer l’entreprise pour réussir

Bien-sûr, il y a les solutions techniques, les innovations à proprement parler, « dont certaines étaient très, ou trop, futuristes » se souvient César Miguel. Mais, la dimension d’acculturation des collaborateurs du Groupe à un univers qu’ils ne connaissent pas toujours très bien est majeure. « La façon de travailler des start-ups est très différente de la nôtre et c’est très rafraichissant en interne » précise le chef de projet de Total, « finalement, nous risquons de nous habituer à “ne pas aller vite”, avec des process et des méthodes éprouvés, certes, mais qui ne sont pas toujours en phase avec le temps de l’innovation. Collaborer avec des gens et des structures agiles et rapides, c’est un peu perturbant au départ ; nos interlocuteurs vont presque trop vite ! Mais nous avons su nous adapter en nous inspirant du mode de travail des start-ups, en abolissant les barrières hiérarchiques et les rapports client-fournisseur. Cette façon de travailler en “tribu” a permis de fédérer des équipes qui ne prenaient plus le temps de se parler au quotidien ».

Ce que confirme Thibault Lecerf : « Avec Total, nous avons ressenti très rapidement la volonté de réussir à tout prix. Le fait de désigner un mentor, issu du Groupe, pour aider les start-ups à naviguer au sein de Total, identifier les cas d’applications et trouver les bons contacts au sein des nombreuses entités de l’entreprise en est une bonne illustration. Nous avons donc mené un projet plus entrepreneurial que consulting ».

Collaborer avec des petites structures mobiles et réactives demande également à un groupe tel que Total d’adapter ses process. Par exemple, les contrats types sont passés de soixante à sept pages et les délais de paiement ont du s’adapter à des entreprises possédant une trésorerie faible. Enfin, le mode projets-pilotes impose aussi de devoir accepter l’erreur et l’échec, « une autre façon d’avancer » assure César Miguel.

Et côté start-up ?

Thomas Bibette est export manager chez DCBrain, une des neuf start-ups sélectionnées au printemps dernier et dont la phase de POC, -pour Proof Of Concept, un test grandeur nature sur le terrain-, arrive à son terme. La spécialité de cette jeune entreprise est d’amener de l’intelligence, du monitoring et de la modélisation sur tous types de réseaux. Il confirme les nombreux bénéfices du projet d’incubation mené par le duo Total-Impluse Labs : « Frapper à la porte d’un groupe comme Total apparaissait comme hors de portée à la jeune start-up de deux ans que nous étions. L’ampleur de l’entreprise, ainsi que la problématique de l’accès aux données industrielles nous semblaient disqualifiantes d’entrée de jeu ».

Aujourd’hui, grâce à l’accélérateur, DCBrain conduit un POC lancé au tout début de la phase d’incubation sur une raffinerie. Il s’agit de tester en conditions réelles la technologie proposée par la start-up et de prouver que celle-ci peut délivrer de la valeur sur les process industriels et les métiers. « Le fait de bénéficier des conseils d’un mentor collaborateur de Total s’est révélé très important », assure Thomas Bibette, « nous discutons régulièrement avec lui de ce que nous pouvons faire et comment bâtir un plan d’actions et organiser un suivi efficace. C’est un facilitateur précieux ». Et le contact est passé, puisque DCBrain étudie aujourd’hui deux autres cas d’usage.

Viendra ensuite la phase d’analyse du travail réalisé et celle du « go / no-go » qui, dans le cas du go, correspondra à une proposition pour déployer sur le site, mais également sur d’autres sites du Groupe, la solution concernée. « Cette phase est délicate » prévient César Miguel, « car il faut “évangéliser” au sein du Groupe. C’est-à-dire convaincre et expliquer en quoi cette innovation technologique va efficacement s’interfacer avec l’unité concernée ».

Des enseignements multiples

Le projet d’accélérateur d’innovations a apporté son lot d’enseignements. « L’incubateur a servi de porte d’entrée pour s’ouvrir à un écosystème de start-ups spécialisées dans l’usine 4.0 » affirme César Miguel, « nous avons eu énormément de retours de collaborateurs pour lesquels cet univers était inconnu. Il nous a ouvert à tous les yeux sur des technologies et sur un mode d’innovation que nous ignorions. Un véritable apprentissage ! ».

Aujourd’hui, la priorité du groupe projet usine 4.0 est donnée à l’analyse des retours sur expériences. Les start-ups ont rendez-vous en janvier 2017 pour rencontrer les collaborateurs de Total. Il s’agira de valoriser puis de capitaliser sur ce qui a été fait afin de donner éventuellement une suite concrète à tel ou tel pilote industriel.

Quant à la reconduction de l’accélérateur d’innovations, rien n’est encore défini : « Tout est ouvert, nous y réfléchissons beaucoup en ce moment », précise César Miguel, « nous ne savons pas encore sous quelle forme exacte se déroulera la prochaine campagne d’incubation. Reproduire le même format que la première édition ou imaginer un flux plus régulier de projets ? Ce sont des pistes que nous envisageons collectivement ».

Thibault Lecerf retient une collaboration très ouverte avec le groupe Total : « Jamais il n’a été question d’exclusivité avec les start-ups, ce qui a nous a permis de présenter celles-ci à d’autres industriels avec qui nous travaillons. On peut dire que toutes les entreprises ont eu un gain à participer à ce projet usine 4.0 ». Chez DCBrain, Thomas Bibette, reste impressionné par « l’ampleur du programme et du mouvement en cours chez Total ». Il note que « la R&D était déjà importante dans le groupe, mais que le projet d’incubation en a accéléré et démultiplié l’échelle ».

En voulant élargir ses sources et ses méthodologies d’innovation, le groupe Total contribue à son engagement de produire et distribuer une énergie meilleure. La future usine 4.0, la digitalisation de la production, intègre systématiquement une meilleure efficacité énergétique, -faire plus avec moins-, par le déploiement d’outils d’analyse et de contrôle optimisés. Le bénéfice se compte bien sûr en retour sur investissement, mais également d’un point de vue environnemental et sécurité des opérateurs.

Chez Impulse Labs, on a déjà hâte de travailler avec les business units « Énergies Renouvelables » du Groupe. Pour la prochaine édition sans doute.

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