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Le grand carénage, vitrine des industries mécaniques

Le "grand carénage", un programme de rénovation du parc nucléaire qui va durer 15 ans.

Le "grand carénage", un programme de rénovation du parc nucléaire qui va durer 15 ans. - Pymouss

Le "grand carénage" d’EDF, une opération majeure de rénovation et maintenance du parc nucléaire français, va être l’occasion de mettre au premier plan les industries mécaniques françaises et de donner un ensemble de réponses en matière de sécurité et fiabilité. Mais un véritable enjeu économique se profile également.

L’âge moyen du parc nucléaire français est d’une trentaine d’années. La durée de vie initiale d’une centrale étant de quarante ans, les décisions stratégiques se prennent aujourd’hui. Arrêter et démanteler, avec la question de savoir quelles énergies prennent le relais… et à quel coût. Ou rénover profondément, pour emmener les 58 réacteurs nationaux à l’âge respectable de 60 ans.

La sécurité, préoccupation majeure

Sous le contrôle de l’Autorité de Sureté du Nucléaire (ASN), c’est cette dernière option qui a été retenue et qui a donné naissance au projet "grand carénage" chez EDF. Au menu, 55 milliards d’euro pour rénover et mettre à niveau de fond en comble toutes les composantes des centrales, hormis le réacteur.

Initialement, 45 milliards étaient prévus, mais les événements de Fukushima ont imposé une exigence de sécurité supplémentaire, afin de garantir un niveau optimum de sécurité, c’est à dire de surpasser, autant que faire se peut, l’erreur humaine.

Information qui ne manquera pas d’intéresser un ensemble d’observateurs plus ou moins hostiles à cette forme d’énergie, mais qui souvent pointent la sécurité comme maillon faible.

Dans un contexte de transition énergétique

A l’heure où il est annoncé que la part du nucléaire va passer de 75 à 50%, un tel investissement pourrait sembler aller à contre-courant des décisions politiques.

Pas pour Yves Fiorda, vice-président de la Fédération des Industries Mécaniques, particulièrement impliquées dans ce programme de rénovation : "On ne va pas arrêter et fermer des centrales. Mais en développant d’autres formes d’énergies, la part relative doit baisser. Cela dit, même à 50%, nous resterons le plus grand parc nucléaire au monde".

Cette rénovation, chiffrée à 55 milliards d’euro sur quinze ans, sera financée par les prêts bancaires mais également par une augmentation du prix du kWh. Le consommateur paiera pour plus de sécurité et plus de productivité.

Mais, ce prix restera au final très compétitif par rapport aux énergies concurrentes. Mieux, il sera payé à des acteurs localisés sur le territoire national, contrairement aux technologies éoliennes ou solaires produites principalement à l’étranger (Chine ou Allemagne).

Les industries mécaniques, en pointes sur le projet

Derrière quelques géants visibles du nucléaire national, Areva, EDF, Alstom, quelque 2500 PME et TPI de l’industrie mécanique se réjouissent de la mise en œuvre de ce projet.

Yves Fiorda rappelle que l’industrie mécanique en France c’est "115 milliards d’euro de chiffre d’affaire, 650 000 personnes, 10% de l’industrie française et 41% à l’export".

La "grand carénage" doit générer 110 000 embauches, 60% nettes et 40% de remplacement. Avec des métiers très français eux aussi, qui demandent un haut niveau de technicité, donc de formation, tant les contraintes liées au nucléaires sont fortes.

"Nous avons un vrai problème d’attractivité face au nucléaire" tempère Yves Fiorda, "mais une fois que les jeunes constatent la sécurité, les rémunérations et les opportunités à long terme, cela se passe mieux".

De fait, le secteur des industries mécaniques a déjà embauché et formé en prévision du "grand carénage" et se tient prêt à l’action: "les décisions sont prises, nous sommes prêts, il faut y aller !" conclut Yves Fiorda. 

Le "grand carénage" est une vitrine

Aujourd’hui, 74 centrales se construisent un peu partout dans le monde. Chine, Turquie, Brésil, Royaume Uni et bien d’autres investissent dans une source énergie qui a fait ses preuves en France depuis plus d’une génération.

La FIM, via le "grand carénage", voit l’occasion de mettre en avant son savoir-faire et sa haute compétence pour démontrer que la filière est prête à exporter. 

"Le nucléaire est un secteur dans lequel l’innovation est constante. Pas toujours visible ni spectaculaire, mais omniprésente" précise Yves Fiorda.

L’enjeu est donc de taille, le "grand carénage", en même temps qu’il va conférer au nucléaire français plus de sécurité et d’efficacité, pourrait bien promouvoir à l’export un le savoir-faire unique d’un secteur qui manque encore de reconnaissance.

Les industries mécaniques en France

La mécanique française est très transversale. On la retrouve dans le pétrole, la chimie, l'aéronautique, l'automobile, l'agroalimentaire, les énergies renouvelables, le nucléaire… )

Représentant 10% de l'industrie française (115 milliards € CA, 650 000 salariés toutes sociétés agrégées et 41% exportation), la FIM est la plus importante fédération industrielle française.

www.fim.net

Yves Cappelaire