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La justice met à l'arrêt la plus grande centrale biomasse de France

L'autorisation d'exploitation de la centrale thermique de Gardanne, convertie à la biomasse par le groupe allemand Uniper a été annulée par le tribunal administratif de Marseille.

L'autorisation d'exploitation de la centrale thermique de Gardanne, convertie à la biomasse par le groupe allemand Uniper a été annulée par le tribunal administratif de Marseille. - Gérard Julien - AFP

Critiquée par de nombreuses associations écologistes, la centrale biomasse de Gardanne, actuellement en phase de tests, vient de se voir retirer son autorisation d'exploitation par le tribunal administratif de Marseille.

Le tribunal administratif de Marseille a annulé ce jeudi 8 juin l'autorisation d'exploitation de la plus grande centrale biomasse de France, située sur les communes de Gardanne et de Meyreuil, dans les Bouches-du-Rhône. La justice estime que son exploitant, le groupe allemand Uniper, n'a pas suffisamment évalué son impact sur les forêts du Sud-Est.

"L'insuffisance de l'étude d'impact" du projet "a eu pour effet de nuire à l'information complète de la population" avant la construction de cette centrale calibrée pour brûler des centaines de milliers de tonnes de bois par an, écrit le tribunal. 

L'étude d'impact et l'évaluation Natura 2000 n'ont porté que sur un périmètre de trois kilomètres autour de l'installation, alors que la centrale prévoit de brûler du bois coupé dans un rayon de plusieurs centaines de kilomètres, relève le tribunal. L'impact des rotations de camions qui alimenteront la centrale et la pollution atmosphérique engendrée par l'activité de la centrale (particules fines, dioxines, CO2) ont été insuffisamment pris en compte, soulignent aussi les juges. 

Le gigantisme du projet dénoncé par les associations environnementales 

Située au cœur de l'ex-bassin minier provençal, à mi-chemin entre Aix-en-Provence et Marseille, la centrale thermique de Provence comporte deux unités. L'une fonctionnant encore au charbon et l'autre récemment convertie au bois; la biomasse étant une source d'énergie renouvelable qui doit contribuer à la transition énergétique du pays. 

D'une puissance de 150 mégawatts, cette seconde tranche représente un investissement de 250 millions d'euros et génère d'après son exploitant, 80 emplois direct. L'installation doit fournir, à terme, 6% de la production d'électricité de la région Provence-Alpes-Côte d'Azur, en consommant 850.000 tonnes de bois par an. Ce combustible étant pour moitié issu de coupes forestières et provenant pour moitié également des déchets. 

Délivrée en novembre 2012 par le préfet des Bouches-du-Rhône, l'autorisation d'exploitation était attaquée par les parcs naturels régionaux du Verdon et du Lubéron, des communes des Alpes-de-Haute-Provence et des associations, dont France Nature Environnement. Ces acteurs critiquant particulièrement le projet de Gardanne en raison de son gigantisme. 

Les emplois menacés? 

"L'étude aurait dû prendre en compte l'impact gigantesque pour la ressource forestière française de ce projet surdimensionné" commente Sophie Bourges, juriste chez France Nature Environnement. À compter de ce jour, la centrale n'a plus le droit de fonctionner, mais le groupe peut faire appel, ou, en cas d'échec, recommencer une nouvelle étude d'impact, explique-t-elle.

Pour le député sortant François-Michel Lambert, candidat à sa réélection dans la dixième circonscription des Bouches-du-Rhône sous l'étiquette République En Marche, "le groupe Uniper a voulu forcer les lois françaises" en reconvertissant sa centrale à charbon, jugée pas assez rentable, en une centrale biomasse démesurée, sans mener les études d'impact suffisantes. L'élu se dit désormais "très inquiet pour les salariés", redoutant que l'énergéticien "annonce la fermeture du site". 

"On est d'accord pour que l'aspect environnemental soit pris en compte, mais qu'on nous parle de fermeture, là, on n'est plus d'accord", réagit auprès de l'AFP Nadir Hadjali, secrétaire général adjoint de la CGT du site. Le représentant appelle la direction à confirmer rapidement sa volonté de poursuivre le projet et demande désormais à l'Etat "d'accorder une dérogation ou un permis d'exploitation provisoire". 

Sollicité par l'AFP, Uniper n'a pas réagi dans l'immédiat. 

A.M. avec AFP