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La centrale solaire de Tchernobyl bientôt opérationnelle

Une centrale solaire d'un mégawatt est sortie de terre au coeur de la zone irradiée de Tchernobyl.

Une centrale solaire d'un mégawatt est sortie de terre au coeur de la zone irradiée de Tchernobyl. - Genya Savilov - AFP

Trente ans après la catastrophe nucléaire de Tchernobyl, l'Ukraine vient de bâtir, en plein cœur de la zone irradiée, une première centrale solaire. D'une puissance modeste, cette installation doit alimenter 2000 foyers en électricité.

L'Ukraine donne une seconde vie au site nucléaire abandonné de Tchernobyl. Au terme de plusieurs mois de travaux, une centrale solaire est sortie de terre en plein centre de la "zone interdite". Elle est située à seulement une centaine de mètres du nouveau "sarcophage" en acier étanche qui recouvre les restes du réacteur accidenté, théâtre en 1986 du pire accident nucléaire de l'Histoire. D'une puissance relativement symbolique d'un mégawatt, cette installation peut couvrir la consommation d'environ 2000 foyers vivant en appartements selon Evguen Variaguine, le directeur de Solar Chernobyl, l'entreprise qui a réalisé ce projet. 

Cette société ukraino-allemande a dépensé un million d'euros dans cette structure d'environ 3800 panneaux photovoltaïques répartis sur 1,6 hectare de terrain, le double de la pelouse d'un stade de football. Elle espère rentabiliser son investissement d'ici à sept ans. À partir de cette première centrale -dont l'inauguration est prévue dans les semaines à venir- Solar Chernobyl prévoit d'atteindre un total de 100 mégawatts dans la zone, où le niveau d'ensoleillement "est le même que dans le sud de l'Allemagne", souligne Evguen Variaguine.

La construction de cette centrale solaire répond à un double objectif. D'une part, l'Ukraine cherche à développer sa propre production d'énergie après l'arrêt brutal de ses achats de gaz russe en pleines tensions entre Moscou et Kiev. En parallèle, le pays cherche à redonner vie à la zone d'exclusion de Tchernobyl qui entoure dans un rayon de 30 kilomètres la centrale nucléaire accidentée située à une centaine de kilomètres au nord de Kiev, près de la frontière biélorusse.

De nouvelles activités industrielles dans la zone irradiée? 

L'Homme ne pourra pas revenir vivre dans cette zone "pendant encore 24.000 ans" mais une prudente exploitation industrielle redevient possible, estiment les autorités ukrainiennes. "Ce territoire ne peut évidemment pas être utilisé pour l'agriculture, mais il convient tout à fait pour des projets innovants et scientifiques", assurait en 2016 auprès de l'AFP le ministre ukrainien de l'Environnement, Ostap Semerak. L'installation fin 2016 d'une gigantesque chape étanche au-dessus des ruines du réacteur accidenté a contribué à la réalisation du projet de centrale solaire et ouvre la voie à de nouvelles réalisations. 

Financé par la communauté internationale, le nouveau dôme a recouvert le vieux "sarcophage" en béton, fissuré et instable, et permis de mieux isoler le magma hautement radioactif resté dans le réacteur. Résultat: le taux de radioactivité à proximité de la centrale a été divisé par dix en un an, selon les estimations officielles. Ainsi, les autorités ukrainiennes ont mis à disposition près de 2500 hectares pour de tels projets. Elles ont déjà reçu une soixantaine de propositions de la part de groupes étrangers -danois, américains, chinois, français- confie Olena Kovaltchouk, porte-parole de l'administration locale. 

Des freins subsistent

La ruée des investisseurs occidentaux vers Tchernobyl n'est cependant pas pour demain, prévient Oleksandr Khartchenko, directeur exécutif du Centre des recherches énergétiques de Kiev, vu le poids de la bureaucratie et de la corruption endémiques en Ukraine. 

"Il est très important d'avoir des garanties que le travail dans la zone de Tchernobyl sera sûr", prévient de son côté Anton Oussov, conseiller de la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (Berd), qui ne prévoit pour l'instant aucun investissement dans ce domaine en Ukraine.

Pour travailler près de l'ex-centrale, des précautions restent à prendre. Ainsi, les supports des panneaux photovoltaïques de Solar Chernobyl ne sont pas plantés directement dans la terre contaminée, mais fixés sur des socles en béton posés à même le sol. "Nous ne pouvons pas forer ou creuser ici en raison des règles de sécurité", justifie Evguen Variaguine. Le consortium qui l'emploie a déjà construit en 2016 une centrale solaire d'un peu plus de quatre mégawatts dans la zone irradiée au Bélarus voisin, à plusieurs dizaines de kilomètres de Tchernobyl.

Antonin Moriscot avec AFP