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Fraises, choux, herbes aromatiques: cette start-up cultive sur les toits

"Sous les fraises" est une jeune entreprise française qui fait pousser, sur les toits et à la verticale, des végétaux comestibles. Elle a déjà verdi à Paris ceux du BHV Marais ou des Galeries Lafayette. Yohan Hubert, son fondateur, se définit comme un agriculteur urbain.

Pourquoi l'agriculture serait-elle uniquement l'apanage de la campagne? Les villes ne pourraient-elles pas, elles aussi, fournir à manger à leurs habitants? C'est pour répondre à ces questions que Yohan Hubert, un biologiste français, a créé la start-up "Sous les fraises". L'objectif de cette PME de quinze personnes est d'accueillir la nature dans la ville. L'entreprise est l'une des premières dans l'agriculture urbaine.

"Mon idée est de rendre les grandes métropoles plus vertes pour aider à la lutte contre le réchauffement climatique, limiter les îlots de chaleur, être un refuge pour la biodiversité", nous raconte Yohan Hubert, rencontré sur le toit du grand magasin BHV Marais à Paris. Une urgence dont on est d'autant plus conscient que notre visite a eu lieu mercredi 21 juin, qui a été la journée de juin la plus caniculaire en France depuis 1945 et la nuit la plus chaude depuis 1872. Mais le biologiste ne voulait pas simplement de la verdure: il voulait répondre à un besoin. C'est pourquoi les plantes qu'il installe sont toutes comestibles: tomates, fraises, framboises, choux, thym, romarin, basilic, fleurs… "J'ai voulu travailler sur le bon, le simple, le sain".

De plus, sa seconde exigence était que "dans la ville, la nature ne prenne pas le pas sur l'homme ou l'urbanisme. Il doit y avoir une complémentarité". L'homme a donc imaginé des structures sur les toits. Là où, non seulement il y a de la place, mais aussi où elles ne dérangent personne. "Je crée des allées pour que les humains puissent déambuler. La nature ne prend pas toute la place", insiste Yohan Hubert. "Et grâce à ces petits coins de paradis, nous réintégrons les toits dans la vie des gens".

Une structure hors-sol et verticale

Après une quinzaine d'années de réflexion et de développement, le biologiste a inventé une membrane constituée de laine de mouton et de chanvre. Cette installation ressemble à une couverture maintenue verticalement par une structure de fer. Sur cette couverture, il a créé des poches où il installe différentes variétés comestibles sélectionnées avec soin selon différents critères, comme leur résistance ou leur rôle dans la permaculture (combinaison de plantes qui s'aident les unes les autres). L'entreprise propose plus de 150 variétés avec notamment des plantes rares, oubliées ou exotiques. Cette technique de culture hors-sol à la verticale "sans pesticide ni herbicide" a un double avantage. Tout d'abord, le gain de place. Sur le toit du BHV, par exemple, la start-up a installé 1420 mètres carrés de culture sur une surface au sol de 600 mètres carrés. Ensuite, cela évite de bêcher sur les strates d'étanchéité du toit. La structure prévoit un système d'irrigation grâce à la récupération d'eau de pluie et l'utilisation d'eaux grises, c'est-à-dire des eaux faiblement polluées comme celles issues de la climatisation, des lavabos, etc.

Le prix facturé pour verdir le toit dépend de sa configuration

Concrètement, les entreprises intéressées contactent "Sous les fraises" qui vient analyser le site et étudier les contraintes (la toiture du BHV, par exemple, possède un revêtement mou. "Sous les fraises" a donc construit une plateforme en bois pour y poser sa structure). Puis elle réalise un devis. "Pour donner un ordre d'idées, on peut compter 70.000 euros pour 250 m² pour une exploitation de 10 ans", précise la société. Mais "Sous les fraises" insiste bien: "Le prix dépend beaucoup des demandes et besoins du client, mais également de la configuration du toit". Pour un modèle standard type BHV, le client achète l’installation, et reçoit ensuite une commission sur ce qui est vendu. 

"Une fois installées, les cultures sont entièrement autonomes. Il n'y a rien à faire, sauf récolter les fruits et tailler de temps en temps", précise Yohan Hubert. L'entretien est pris en charge financièrement par "Sous les fraises", ainsi que la récolte. Ce sont des coûts d'exploitation qu'assume l'entreprise. Cette autonomie est un point important pour Yohan Hubert. Il est conscient que si ses plantes demandaient de l'entretien, les entreprises ou les particuliers, hésiteraient à franchir ce pas. "La prise de conscience doit se faire dans la douceur. Il faut que les gens aient envie de faire des gestes pour le climat" et pour cela, évidemment, les contraintes doivent être les plus réduites possibles.

Le houblon récolté se destine à une bière brassée à Paris

En deux ans, "Sous les fraises" a déjà installé près de 9000 mètres carrés de biodiversité dans Paris. Ainsi, l'entreprise a déjà verdi le toit du BHV Marais, des Galerie Lafayette, de Nexity ou encore d'Unibail. Et Yohan Hubert a inauguré le 22 juin le toit des Galeries Lafayette d'Annecy.

Les 18.000 plantes sur le toit des Galeries parisiennes et les 22.000 qui logent au-dessus du BHV permettent à la société de vendre des produits frais à des restaurateurs comme le chef Claude Colliot dans le 4ème arrondissement ou Daniel Baratier des Déserteurs dans le 11ème. Les particuliers peuvent également goûter à ces récoltes via des produits transformés. Ainsi, le houblon de "Sous les fraises" va servir à la réalisation d'une bière brassée dans le Sentier par Brew Unique et qui sera commercialisée dans quelques jours.

La start-up prépare une levée de fonds

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Certaines plantes aromatiques de la PME comme la bergamote ou l'aneth entrent dans la composition des gin, vodka ou vermouth de la Distillerie de Paris. La menthe et la verveine sont transformées en infusions préparées par "Sous les fraises". "On réfléchit à d'autres produits comme des biscuits ou des bonbons", nous révèle Yohan Hubert. 

L'ambition de la société, dont le chiffre d'affaires actuel est d'un peu moins d'un million d'euros, ne s'arrête pas à Paris ou aux grandes villes de France. La start-up prépare une levée de fonds pour la rentrée et vise 3 millions d'euros. Yohan Hubert a une vision bien précise de l'avenir de son entreprise: "Aujourd'hui, nous sommes rentables. Cette levée de fonds servira à nous développer à l'étranger. Notre cible, c'est les grandes capitales mondiales". Des toits verts pourraient bien fleurir un peu partout dans le monde ces prochaines années.

https://twitter.com/DianeLacaze Diane Lacaze Journaliste BFM Éco