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Engie sommé de cesser sa guerre des prix du gaz

Le gendarme de la concurrence considère qu'Engie avait fixé les prix de ses offres de marché dites "sur mesure" aux entreprises "sans tenir compte de ses coûts réels", au risque d'évincer les fournisseurs alternatifs

Le gendarme de la concurrence considère qu'Engie avait fixé les prix de ses offres de marché dites "sur mesure" aux entreprises "sans tenir compte de ses coûts réels", au risque d'évincer les fournisseurs alternatifs - Mychèle Danyau-AFP

"L'Autorité de la concurrence impose à l'énergéticien de relever ses prix du gaz destiné aux entreprises pour qu'il couvre tous ses coûts. Un de ses concurrents, Direct Energie avait dénonçé les pratiques tarifaires d'Engie."

La nouvelle directrice générale d'Engie, Isabelle Kocher, est cueillie à froid par une décision inédite de l'Autorité de la concurrence. L'énergéticien va être contraint d'augmenter certains de ses tarifs jugés trop bas par rapport à ses concurrents sur le marché des professionnels dans le cadre de ses offres sur mesure. L'Autorité de la concurrence a enjoint "en urgence" l'ex-GDF Suez de fixer le prix de certaines de ses offres de marché du gaz destinées aux entreprises de telle sorte qu'il couvre tous ses coûts, "y compris les coûts commerciaux et les coûts liés aux certificats d'énergie".

Autrement dit, l'entreprise qui détenait le monopole de la distribution du gaz en France, a été mise à l'index car elle pratiquait des prix jugés trop bas susceptibles d'entraver la conquête de nouveaux clients par ses concurrents.

C'est d'ailleurs à la suite de la plainte de l'un d'entre eux, Direct Energie, que l'Autorité de la concurrence s'était saisie du dossier. Ce fournisseur alternatif considérait que la stratégie tarifaire d'Engie lui permettait de commercialiser des offres de marché à destination des clients résidentiels et non-résidentiels, susceptibles d'éliminer du marché ses concurrents.

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- © Source: Autorité de la concurrence

A la suite de son enquête, le gendarme de la concurrence a constaté "qu'Engie a modifié sa stratégie tarifaire en 2014 et a reconnu l'absence de couverture du coût total pour ses offres individualisées, sur-mesure (c'est-à-dire hors catalogue) depuis mi-2014". Ce constat ne porte que sur les marchés du gaz à destination des professionnels.

L'institution fonde son analyse sur les importants gains de parts de marché obtenus par les fournisseurs historiques. "Le nombre de sites non résidentiels en offre de marché est passé chez les fournisseurs historiques, d’octobre 2014 à septembre 2015, d’environ 190.000 à 287.000, soit un gain de près de 100.000 sites sur la période. Sur cette même période, les fournisseurs alternatifs sont passés d’environ 180.000 à 230.000 sites, soit un gain de seulement 50.000 sites".

Pour l'institution, "les pratiques d’Engie constituent un comportement récent auquel il convient de mettre fin avant que le dommage qu’elles causent ne prenne encore plus d’ampleur". L'Autorité de la Concurrence doit rendre "dans plusieurs mois" une décision au fond sur ce dossier.

Frédéric Bergé