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Areva : La justice reconnaît ses erreurs dans l’agression d’une syndicaliste 

Maureen Kearney bataillait avec Areva pour révéler des contrats signés avec le groupe chinois CGN.

Maureen Kearney bataillait avec Areva pour révéler des contrats signés avec le groupe chinois CGN. - ERIC PIERMONT / AFP

Maureen Kearney vient d’être relaxée alors qu'elle était accusée d’avoir inventé sa propre agression fin 2012. La Cour d’appel de Versailles pointe les nombreuses carences de l’enquête judiciaire. Une nouvelle instruction vient d’être ouverte.

La justice fait son « mea culpa ». Mercredi après-midi, la Cour d’Appel de Versailles a relaxé une ancienne syndicaliste d’Areva des faits de dénonciations mensongères. Maureen Kearney, 63 ans, avait été condamnée en premier instance, en juillet 2017, à 5 mois de prison avec sursis et 5.000 euros d’amende pour avoir inventé de toutes pièces son agression survenue à son domicile le 17 décembre 2012.

A l’époque, Maureen Kearney, avait été retrouvée chez elle, à Auffargis dans les Yvelines, « sauvagement agressée » selon ses mots lors du procès en appel le 19 septembre dernier. A moitié nue, les bras et jambes attachés à une chaise, un bonnet sur le visage, son agresseur avait scarifié sur son ventre, à l’aide d’un couteau un « A ». Comme Areva, l’entreprise dans laquelle elle était syndicaliste CFDT et secrétaire du comité de groupe européen.

A l’époque de son agression, Maureen Kearney bataillait avec la direction d’Areva pour mettre à jour des contrats obscurs que l’entreprise avait signé avec le groupe chinois CGN. Elle s’était procurée des documents confidentiels mettant en lumière des transferts de technologie nucléaire à la Chine. Depuis six ans, elle martelait que son agression était liée à ces contrats chinois. Elle avait d’ailleurs reçu plusieurs menaces avant.

Manque de preuves

Sauf qu’au bout d’un mois d’enquête judicaire, les gendarmes de Versailles avaient conclu que Maureen Kearney avait elle-même simulé son agression. Leur démonstration s'était appuyée sur des incohérences et des aveux arrachés en garde à vue. La victime a toujours continué à plaider son innocence, assurant qu’elle avait reçu des pressions des enquêteurs pour avouer sa culpabilité et clore l’affaire.

En première instance, en juillet 2017, le jugement du Tribunal correctionnel de Versailles l’avait condamnée sans laisser de place au doute. Le jugement, sévère, s’était fondé sur une enquête judiciaire très à charge malgré un manque de preuves flagrant. Elle avait notamment occulté plusieurs expertises de pièces à convictions majeures comme le couteau qui avait servi à la scarification et des bouts de scotchs utilisés pour liés les mains et les pieds de la victime.

Cette fois, la Cour d’appel de Versailles a été à rebours total du premier procès. Le jugement est très sévère à l’encontre de l’appareil judicaire. « C’est un revers cinglant pour le Parquet » tranche Balthazar Levy, l’avocat de Maureen Kearney. Le ministère public réclamait une confirmation de la première condamnation, s’appuyant, là encore, sur l’enquête judicaire des gendarmes. La Cour relève d’ailleurs la « carence de l’enquête » sur les absences d’expertises. Un oubli « d’autant plus regrettable que la présence où l’absence sur ces objets de traces génétiques aurait été de nature à confirmer ou infirmer chacune des deux versions » ajoute la Cour. Le jugement enfonce le clou en pointant du doigt les conclusions hâtives de l’enquête : « les incohérences relevées par les gendarmes sur la scène du crime ne sont pas décisives ».

Des aveux trop légers

Enfin, la Cour d’appel de Versailles revient sur les aveux de la syndicaliste d’Areva. Maureen Kearney a toujours déclaré qu’elle avait reçu des pressions des gendarmes et du procureur de Versailles, Vincent Lesclous, pour avouer qu’elle avait inventé son agression. En première instance, le Tribunal avait balayé ses déclarations en soulignant que ses aveux « n’avaient pas été réalisés sous la contrainte ». Cette fois, le jugement est cinglant. « les aveux recueillis au cours de l’enquête l'ont été dans conditions qui laissent d’autant plus la place au doute quant à leur sincérité, qu’ils ne sont absolument pas circonstanciés ». Après cette avalanche d’arguments, la Cour conclut ainsi que les preuves selon lesquelles Maureen Kearney a elle-même inventé son agression ne sont pas réunies.

Retour à la case départ pour l’ancienne syndicaliste d’Areva qui avait déposé une plainte en février dernier pour « agression, viol et séquestration ». Des motifs pour lesquels l’affaire avait été classée il y a près de six ans… Cette fois, elle avance puisqu’un juge d’instruction a déjà été nommé à Versailles. Difficile d’imaginer qu’il trouvera de nouveaux indices sur l’identité de l’agresseur.