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Rupture ou continuité à la tête de Radio France?

Le mandat pourrait ne pas durer 5 ans mais s'arrêter courant 2019

Le mandat pourrait ne pas durer 5 ans mais s'arrêter courant 2019 - Radio France - Christophe Abramowitz

"Sibyle Veil, actuelle numéro 2 de Radio France, aurait déposé une candidature visant à prolonger l'action de Mathieu Gallet. Elle devra affronter des candidats venu de l'extérieur, comme Bruno Delport (TSF Jazz), voire Christophe Tardieu (CNC)."

Les candidatures à la présidence de Radio France sont closes depuis vendredi 16 mars à minuit. La liste des candidats à la succession de Mathieu Gallet sera publiée mercredi 21 mars par le CSA (Conseil supérieur de l'audiovisuel), qui choisira l'heureux élu.

A cette heure, seuls deux candidats se sont déclarés publiquement. D'une part, le trio d'humoristes Charline Vanhoenacker, Alex Vizorek et Guillaume Meurice qui officie sur France Inter. D'autre part, Bruno Delport, directeur général de TSF Jazz depuis 1999. Travaillant dans la radio depuis 35 ans, il a notamment dirigé Ouï FM de 1991 à 1997, puis Nova de 1998 à 2016, jusqu'à son rachat par Matthieu Pigasse. Il est aussi gérant depuis 2000 des Molambakais, la société de production de Kad Merad et Olivier Barroux.

Proche du couple Macron

Une autre candidate reste pour l'instant muette: Sibyle Veil, directrice déléguée de Radio France chargée des finances et des opérations, qui aurait récemment déposé sa candidature. Enarque, âgée de 40 ans, elle a été conseillère de Nicolas Sarkozy à l'Elysée, a travaillé aux Hôpitaux de Paris, avant d'être recrutée mi-2015 par Mathieu Gallet.

Si Sibyle Veil ne travaille dans la radio que depuis moins de trois ans, elle présente plusieurs atouts. D'abord, c'est une femme. Ensuite, c'est une proche du couple Macron: elle et son mari Sébastien Veil sont de la même promotion qu'Emmanuel Macron à l'ENA. Enfin, c'est une solution de continuité par rapport à l'équipe en place, qui la soutient. Elle présenterait sa candidature en ticket avec Laurent Guimier, directeur des antennes et des contenus.

Les noms de deux autres candidatures internes ont aussi circulé: celles de Sandrine Treiner (directrice de France Culture) et d'Eric Revel (directeur de France Bleu), mais ce dernier avait qualifié cela de "fake news". Mathieu Gallet lui-même avait souhaité que son successeur vienne de l'interne: "Je serais heureux que quelqu'un de mon équipe se présente devant le CSA", a-t-il déclaré au Figaro.

Candidat surprise

Quant aux candidats externes, un nom surprise est apparu dans la dernière ligne droite, celui de Christophe Tardieu, qui lui aussi reste muet. Il a notamment travaillé avec Christine Albanel au château de Versailles puis au ministère de la Culture, où il recruta comme conseiller ministériel un certain Mathieu Gallet, avec qui il garda de bons rapports par la suite... Après le départ de Christine Albanel de la rue de Valois, il rejoint l'inspection des finances, son corps d'origine, avant d'être nommé directeur adjoint de l'Opéra de Paris, puis directeur général délégué du CNC (Centre national du cinéma). Cette dernière nomination suscita la fureur de la ministre de la Culture de l'époque, Aurélie Filippetti, qui le jugeait trop marqué à droite.

Les noms d'anciens de la maison ont aussi circulé. Comme Olivier Poivre d'Arvor, actuellement ambassadeur en Tunisie, qui fut directeur de France Culture de 2010 à 2015, date à laquelle il a été remercié par Mathieu Gallet (contacté, il n'a pas répondu). Ou Bruno Patino son prédécesseur à France Culture, aujourd'hui directeur éditorial à Arte France (interrogé, l'intéressé répond: "je ne suis candidat à rien").

Viennent enfin d'autres hommes de radio, tel Denis Olivennes, président du directoire de Lagardère Active, qui a dirigé Europe 1 de 2010 à 2017 avec des résultats mitigés (contacté, il botte en touche: "Radio France est une très belle maison, je ne doute pas qu'il y aura pléthore de candidats de talent").

Candidats à écarter

En revanche, plusieurs candidats potentiels sont à écarter a priori. D'abord, Pierre Louette, qui vient d'être nommé à la tête des médias de LVMH (les Echos, le Parisien). Ensuite, Roch-Olivier Maistre, conseiller maître à la Cour des comptes qui vient de rendre un rapport sur la musique au ministère de la Culture, dont le nom est avancé par le Journal du Dimanche, a aujourd'hui 62 ans, et donc sera touché par la limite d'âge de 65 ans en cours de mandat. 

Enfin, plusieurs personnalités indiquent ne pas être candidats, comme Christopher Baldelli (président du directoire de RTL France); David Kessler (directeur de France Culture entre 2005 et 2008, actuellement directeur des contenus d'Orange); Marie-Christine Saragosse (ex-patronne de France 24 et RFI); Jean-Noël Tronc (directeur général de la Sacem); Claude Perrier (ancien directeur de France Bleu); ou Martin Ajdari (directeur général des médias et des industries culturelles au ministère de la Culture).

Pape de transition

En théorie, l'heureux élu sera nommé pour cinq ans. Mais il ne devrait probablement pas aller au bout de son mandat, et être débarqué avant -sans doute courant 2019. En effet, la ministre de la culture Françoise Nyssen souhaite nommer un président unique pour tout l'audiovisuel public, indiquait le Monde samedi 17 février. Autrement dit, le nouveau PDG ne sera qu'un pape de transition. Mais, inversement, ce mandat écourté pourrait aussi servir de tremplin à une candidature à cette présidence commune.

Quoiqu'il en soit, la publicité des candidatures et la perspective d'un mandat écourté explique sans doute le faible nombre de candidatures.

Jamal Henni