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Quand Stéphane Courbit se fait saisir son yacht

Le Foursome est aujourd'hui proposé à la vente pour 3,3 millions d'euros

Le Foursome est aujourd'hui proposé à la vente pour 3,3 millions d'euros - Columbus Yachts

SÉRIE D'ÉTÉ: LES STARS DANS LE PRÉTOIRE. En 2008, le célèbre producteur de télévision a voulu acheter au fabricant de yachts de luxe Rodriguez un navire pour 14,5 millions d'euros. Mal lui en a pris...

Le producteur Stéphane Courbit est surtout connu pour les émissions que produit son groupe, Banijay. Touche pas à mon poste, Koh lanta, Fort boyard, N'oubliez pas les paroles, 28 minutes... c'est lui.

Devenu millionnaire, notre homme a voulu se doter d'un yacht. Mais il n'a jamais eu de chance. On se souvient qu'en 2012 sombra le Yogi, son yacht de 60 mètres, soit le plus grand immatriculé en France. ll l'avait acheté à peine un an plus tôt pour 35 millions d'euros.

Un yacht de 43 mètres de long

Ce qu'on ne savait pas, c'est que sa précédente tentative avait aussi tourné à la bérézina. Dans un premier temps, il avait acquis un yacht long de moins de 31 mètres, un modèle Leopard fabriqué par le français Rodriguez Group.

Mais en 2008, il décide de s'offrir un modèle plus grand. Il conclu un accord avec Rodriguez Group pour acheter un autre yacht de type Leopard, long de 43 mètres cette fois, pour la modique somme de 14,5 millions d'euros. L'accord prévoit que Rodriguez Group reprendra son ancien yacht. En effet, le constructeur cannois achetait souvent l'ancien yacht afin de favoriser la vente d'un nouveau modèle. Il se retrouvera ainsi avec sur les bras un tas de yachts d'occasion sans arriver à les vendre, ce qui le conduira à sa perte, comme nous le verrons plus tard...

Stéphane Courbit verse un acompte de 3 millions d'euros. Mais les deux parties n'arrivent pas à s'entendre sur un accord définitif. Le producteur audiovisuel demande alors le remboursement de son acompte, mais sans succès. Il saisit alors le tribunal de commerce de Cannes. 

Procédure de sauvegarde

Une explication est que Rodriguez Group commence à avoir des problèmes d'argent. Il se place en procédure de sauvegarde le 7 avril 2009. Stéphane Courbit réclame alors son acompte de 3 millions d'euros, plus 4,5 millions d'euros de pénalités de retard (le contrat prévoyait des pénalités de 25.000 euros par jour si l'acompte n'était pas remboursé). Mais la procédure de sauvegarde gèle les dettes des créanciers...

Finalement, en décembre 2009, les deux parties trouvent un accord amiable pour contourner ce problème. Rodriguez Group vend à Lov L 43 Ltd (une société de Stéphane Courbit immatriculée à Malte) un autre yacht de type Mangusta 108-14 long de 33,5 mètres, le Foursome, pour 4 millions d'euros, ce qui rembourse notamment l'acompte. Stéphane Courbit immatricule le Foursome sous pavillon luxembourgeois, mais compte ensuite le revendre, et confie un mandat en ce sens à Rodriguez Group...

Le shérif débarque

Mais les choses ne vont pas se passer comme prévu. Le Foursome, qui mouille à Fort Lauderdale (Floride), attend tranquillement son nouveau propriétaire... quand il est saisi par un autre créancier de Rodriguez Group: un hôtel de Montréal baptisé le Saint James.

Là encore, la vente d'un yacht à cet hôtel a mal tourné. En 2008, Rodriguez Group avait vendu un yacht de la gamme Léopard 34/10 baptisé la Iguana pour 9,1 millions d'euros. En échange, Rodriguez Group devait racheter pour 2,5 millions d'euros le yacht de l'hôtel, un Mangusta 80/52 baptisé le Saint James. Rodriguez Group, lorsqu'il reçoit le Saint James, juge son état technique "mauvais", et que l'accord ne tient plus, et refuse donc de payer les 2,5 millions d'euros.

L'hôtel engage alors une vaste bataille juridique en France, au Canada et en Floride. Pour l'hôtel, "Rodriguez Group n'a jamais eu l'intention de payer, et intentionnellement escroqué l'hôtel Saint James". L'hôtel obtient des jugements en sa faveur au Canada et aux États-Unis, qui lui permettent de saisir en mars 2010 les actifs de Rodriguez Group en Floride. Le shérif local débarque alors et saisit deux yachts: le Sixty Five et le Foursome que venait d'acheter Stéphane Courbit...

Furieux, le producteur de télévision s'adresse alors à la justice française, et obtient la levée de cette saisie. Mais il demande aussi la levée de la saisie à la justice américaine. Mais en vain, car l'hôtel argue que Stéphane Courbit ne doit pas être privilégié par rapport aux autres créanciers. "Il semblerait que le litige se soit finalement résolu par un accord à l'amiable, et Stéphane Courbit a pu récupérer le Foursome", indique Karine Remond, avocate de l'hôtel Saint James.

Coquille vide

L'affaire s'est mal terminée pour Rodriguez Group, placé en redressement judiciaire le 7 janvier 2014, puis en liquidation judiciaire le 30 juillet 2015, laissant 260 millions d'euros de dettes bancaires, auprès de BNP Paribas, Crédit lyonnais, CIC, Crédit agricole... Le néerlandais Industrial and Marine Diesels, reprend une partie des actifs, mais dit avoir trouvé une "coquille vide", et porte plainte. Suite à cela, une enquête préliminaire pour "escroquerie, abus de biens sociaux, banqueroute, favoritisme, prise illégale d'intérêt et détournement de fonds publics" a été ouverte en 2015...

De son côté, le Foursome a été rebaptisé Pan Dei 2 puis le Mosking. Il mouille actuellement sur la Côte d'Azur. Si le coeur vous en dit, vous pouvez le louer pour 60.000 euros par semaine, ou l'acheter pour 3,3 millions d'euros...

Contacté, l'hôtel Saint James et la porte-parole de Stéphane Courbit n'ont pas répondu.

Retrouvez les autres épisodes de la série ici.

Jamal Henni et Simon Tenenbaum