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Pourquoi Chanel dévoile pour la première fois ses comptes

La marque de luxe a révélé ses chiffres de ventes et son bénéfice pour la toute première fois de son histoire. Trois hypothèses à cette sortie de mutisme d'une maison détenue par deux frères à la discrétion légendaire.

Surprise! Pour la première fois de son histoire jeudi, Chanel, qui n'est pas coté en Bourse, a publié ses résultats financiers 2017. Avec des ventes de plus de 8 milliards d'euros en 2017, la griffe aux fameux tweeds se place tranquillement dans le trio de tête mondial du luxe, entre Louis Vuitton et Gucci. Pourquoi s'être ainsi dévoilé? Trois hypothèses.

Montrer ses muscles à Gucci?

Gucci, la marque qui rapporte au groupe Kering l'essentiel de ses revenus, a annoncé au début du mois des ventes de 6,2 milliards d'euros en 2017, et son ambition de dépasser les 10 milliards à terme. De quoi, fanfaronnait le groupe de François-Henri Pinault, talonner Louis Vuitton, le numéro un mondial des ventes à en croire son propriétaire, LVMH. Et dépasser largement Hermès.

Sauf que la marque italienne semblait avoir oublié Chanel. La publication de ses ventes, à 8,3 milliards l'année dernière, la place toute proche de Vuitton, chez qui elles oscilleraient entre 8 et 9 milliards d'euros. Quiconque voudrait devenir numéro 2 devra d'abord faire mieux que la maison de la rue Cambon.

Préparer une introduction en Bourse?

Chouchou des investisseurs à Paris, Hermès vient d'intégrer le CAC40, l'indice phare parisien où cotent les plus grandes entreprises de la place. Avec ses 55,6 milliards d'euros de valorisation, le sellier a permis au secteur du luxe de devenir le plus important de la Bourse de Paris: avec LVMH, Kering et L'Oréal, ils pèsent désormais un quart du CAC.

La marque aux C entrecroisés, si elle s'introduisait en Bourse, pulvériserait la valorisation d'Hermès, de la même manière qu'elle le surpasse allègrement en recettes: 1,8 milliard de bénéfices en 2017, contre 1,22 pour la maison du Faubourg Saint-Honoré. Chanel envisage-t-elle de capitaliser sur cet appétit des investisseurs pour le luxe? Pas du tout, selon son directeur financier selon qui cette publication montre la santé éclatante de la marque. Et donc, justement, qu'elle a les moyens de "rester indépendante et privée pour les cent ans à venir".

Faire grimper les offres de rachat?

Actuellement, Chanel est détenue par les très discrets frères Wertheimer, classés sixième au classement des 500 fortunes de France, à 100% du capital. Autant dire qu'une OPA est quasiment impossible, surtout que le très réputé cabinet d'avocats fondé par leur mère, Dentons, a bâti des "remparts juridiques autour de la maison pour en faire une forteresse imprenable", racontait Challenges en 2014.

Mais il faut bien préparer la succession d'Alain et Gérard Wertheimer, âgés respectivement de 69 et 68 ans. Les documents publiés jeudi indiquent qu'ils ont démissionné du conseil d'administration de la marque en 2017. Un départ que le directeur financier de Chanel a expliqué par "des raisons qui leur reviennent", précisant qu'Alain continuait d'assurer la direction générale du groupe. Leurs enfants Wertheimer ne travaillent pas dans l'entreprise. Si les frères réfléchissaient à une vente, publier des résultats aussi ébouriffants forcerait les candidats au rachat à mettre le paquet sur leur offre.

Nina Godart