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Luc Besson va-t-il vendre son studio EuropaCorp?

Luc Besson avec sa fille

Luc Besson avec sa fille - Fraser Harrison AFP Getty

Les rumeurs sur une vente d'EuropaCorp sont reparties de plus belle. Mais un tel projet devra surmonter plusieurs obstacles.

Le 11 janvier, les Echos ont affirmé qu'EuropaCorp avait mandaté la banque américaine Moelis pour trouver un nouvel actionnaire -une nouvelle qui a fait bondir le cours de +12% ce jour-là. Le quotidien cite comme investisseurs possibles des groupes chinois, ainsi que Vivendi.

Selon une source interne citée par le quotidien, l'objectif de l'opération serait de sortir de la bourse EuropaCorp, coté depuis 2007 sur Euronext, où le studio de Luc Besson vaut aujourd'hui 136 millions d'euros.

Toutefois, un tel retrait de la cote avait déjà été examiné il y a quelques années mais écarté vu les difficultés. En effet, le flottant (le capital détenu par les petits actionnaires) est actuellement de 46% du capital. Or un retrait de la cote n'est possible que s'il est inférieur à 5% du capital. Pour atteindre ce seuil, la société devra donc lancer une OPA pour racheter les actions des petits porteurs. Problème: Luc Besson est en procès avec un minoritaire important: son ancien associé Pierre-Ange Le Pogam, qui détient 4% du capital, et qui a confié ses actions à une société de gestion.

Une addition salée

Une autre hypothèse serait que Luc Besson vende tout ou partie de ses 44% du capital. Cela lui permettrait de réduire sa dette personnelle. En effet, sa holding personnelle Front Line supportait une dette de 53,6 millions d'euros à fin septembre 2012 (dernier chiffre disponible). Toutefois, cette dette s'est déjà fortement réduite à la suite de la vente de son hôtel particulier rue du Faubourg Saint Honoré en 2012 pour 56 millions d'euros, selon Immoweek.

Reste que, si Luc Besson vend ses actions, cela aura plusieurs conséquences importantes. D'abord, une telle cession a été prévue dès 2013 dans le pacte d'actionnaires conclu entre Luc Besson et le directeur général d'EuropaCorp Christophe Lambert, qui détient 9,9% du capital. Ce pacte prévoit notamment que Christophe Lambert aura le droit de vendre ses actions si Luc Besson vend plus de la moitié de ses 44%. 

Surtout, une telle cession est aussi prévue dans les clauses du crédit bancaire de 400 millions de dollars conclu en 2014 avec JP Morgan. Précisément, ce prêt devient immédiatement remboursable si Luc Besson passe sous les 30% du capital; ou si le tandem Besson-Lambert passe sous les 50%; ou encore si un investisseur tiers rachète plus de 50%. De quoi faire grimper fortement l'addition pour l'acquéreur...

Acheteurs interdits

Enfin, la réglementation limite aussi le nombre des acquéreurs potentiels. En effet, les chaînes de télévisions doivent remplir l'essentiel de leurs obligations de production auprès de producteurs indépendants des chaînes. Dès lors, si une chaîne de télévision rachète EuropaCorp, alors le studio de Luc Besson ne sera plus un producteur indépendant vis-à-vis de cette chaîne, qui risquerait alors de ne plus remplir ses quotas.

Toutefois, ce risque semble écarté si EuropaCorp est racheté par Canal Plus, ou sa maison-mère Vivendi. Certes, la chaîne cryptée est obligée d'acheter les trois quarts de ses films français auprès de producteurs indépendants d'elle. Mais, en pratique, elle est déjà très au-dessus de ce seuil: autour de 90%. Et les films pré-achetés auprès d'EuropaCorp ne représentent que 11 millions d'euros par an en moyenne, soit environ 6% des achats de films français de la chaîne cryptée. Autrement dit, la filiale de Vivendi, même en rachetant EuropaCorp, continuera à respecter son quota. 

Producteur délégué?

Mais une autre disposition pourrait poser problème. En effet, la chaîne cryptée s'est engagée à ne pas produire "de films français sur le territoire français en tant que producteur délégué". Cet engagement de 5 ans, pris par la filiale cinéma StudioCanal, figure dans les accords conclus avec la filière en mai 2015. Or EuropaCorp est producteur délégué de la plupart de sa production: Valerian, Lucy, Taken, le Transporteur...

Interrogé, EuropaCorp n'a pas souhaité faire de commentaires. Le groupe a déclaré aux Echos: "Aujourd’hui, être en bourse n’apporte plus rien, et surtout beaucoup moins que ce qu’un partenaire de long terme nous apporterait". En novembre 2014, dans le Figaro, Christophe Lambert avait regretté d'être en bourse ("cela ne nous apporte plus rien") mais excluait un retrait de la cote ("sortir de la bourse nous coûterait 80 millions d'euros, soit l'équivalent de deux films américains"). 

Films achetés par Canal plus auprès de producteurs indépendants

Obligation : 75% 2011: 89,7% 2012: 90,3% 2013: 93,5%

source: CSA

L'actionnariat d'EuropaCorp (au 30 juin 2015)

Front Line (holding de Luc Besson): 43.8% Christophe Lambert: 9.9% Habert Dassault Finance: 9.1% Equitis Gestion (Pierre-Ange Le Pogam): 4.05% BPCE: 2.2% Salariés: 0.8% Public: 30%

Source: EuropaCorp

Jamal Henni