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Le tourisme médical, ce business juteux

En 2010, un dentiste hongrois soigne une patiente, dans son cabinet de Budapest.

En 2010, un dentiste hongrois soigne une patiente, dans son cabinet de Budapest. - AFP- Attila Kisbenedek

"2% des Français auraient déjà séjourné à l'étranger pour s'y faire soigner. Un marché que lorgnent les cliniques privées étrangères, qui passent parfois par des sociétés françaises pour attirer des clients."

Lassés d’attendre des mois pour rencontrer un médecin, freinés par des tarifs prohibitifs, certains Français choisissent de se rendre à l’étranger pour se faire soigner. Le tourisme médical s’observe particulièrement pour les soins dentaires, que ce soit pour la pose d’une couronne ou d’un implant par exemple. De quoi remplir les salles d'attente de cliniques privées étrangères, espagnoles et hongroises en particulier. Selon une note d'analyse de France Stratégie, le nombre de patients qui se rendent à l’étranger pour recevoir des soins serait passé de 7,5 millions en 2007 à 16 millions en 2012. 2% des Français auraient déjà bénéficié de soins à l’étranger dans le cadre du tourisme médical, d'après le Collectif interassociatif sur la santé (CISS).

Soins dentaires en Hongrie

Des entreprises françaises ont flairé le filon et jouent les intermédiaires entre patients et cliniques étrangères. À l’instar de Mediagence, qui édite le site Endurance-implant ou de Chirurgie Direct, qui envoie des particuliers en Tunisie. C’est aussi le cas de Smile Partner, qui organise des séjours de soins dentaires en Espagne et en Hongrie. "Le départ vaut la peine à partir de deux implants ou de trois couronnes", estime sa gérante, Caroline Freuchet-Bournay. Pour un séjour de quatre jours à Budapest afin de se faire poser trois couronnes, un patient français devra compter en moyenne entre 900 et 1.500 euros, en fonction du type de prothèse et des prestations d’hébergement (appart-hôtel ou hôtel) choisies.

La société se charge d’accompagner le particulier en le mettant en lien avec des cliniques et hôtels qu’elle a sélectionnés. L’idée est de jouer les tiers de confiance. Mais attention: le particulier règle directement la prestation auprès de la clinique étrangère, de même que l’hébergement, et le vol pour se rendre sur place. Caroline Freuchet-Bournay le reconnaît: "Il n’y a pas de contrat entre le patient et nous". Les clients de Smile Partner sont les cliniques et hôtels pour lesquels elle est apporteur d’affaires, comme un courtier. "Nous avons apporté 3 millions d’euros de chiffre d’affaires à nos cliniques partenaires en 2015", indique l’entrepreneure. Sachant qu’elle prélève une marge de 15% sur les tarifs facturés par les cliniques, cela représente des recettes de 450.000 euros sur l’année pour Smile Partner.

Remboursement par la CPAM

Les soins dentaires font partie des plus prisés du tourisme médical. Des cliniques hongroises, roumaines et espagnoles se sont spécialisées sur ce créneau. Mais d’autres en ont choisi un autre: la chirurgie esthétique en Tunisie, et les soins ophtalmologiques en Turquie. Les patients qui choisissent une clinique dans l’enceinte de l’Espace Economique Européen peuvent solliciter un remboursement auprès de leur Caisse Primaire d’Assurance Maladie (CPAM), qu’il vaudra mieux consulter avant le départ.

En cas de problème, les recours judiciaires doivent être faits dans le pays de séjour, et non en France. Aussi est-il conseillé de sélectionner un professionnel de santé certifié par un ordre professionnel, y compris pour la chirurgie esthétique. Et les soins médicaux nécessitant souvent un suivi, mieux vaut s’assurer en tant que patient que l’on pourra conserver un moyen de joindre le médecin une fois revenu en France.

Manne financière

Pour les établissements, qu’ils prodiguent des soins ou de la chirurgie esthétique, la manne financière est en tous cas importante. D’ailleurs, certains établissements Français s’y mettent aussi, sur d’autres spécialités. L’hôpital de Calais a par exemple signé en début d’année une convention avec le système de santé publique britannique afin que des sujets d’Elizabeth II puissent y être opérés. Un rapport de l'économiste de la santé Jean de Kervasdoué remis en 2015 aux ministres de la Santé et des Affaires étrangères estime que 30.000 emplois pourraient voir le jour en France si cela se développait à grande échelle d’ici à 5 ans.

Adeline Raynal