BFM Business

Le père d'Hélène et les garçons prêt à céder son bébé

Le groupe AB est célèbre pour ses sitcoms qui sont toujours diffusés sur sa chaîne AB1

Le groupe AB est célèbre pour ses sitcoms qui sont toujours diffusés sur sa chaîne AB1 - AB

Pour préparer sa succession, Claude Berda étudierait une vente du groupe AB, dont il est le fondateur et le principal actionnaire aux côtés de TF1.

Le groupe AB, légendaire producteur d'Hélène et les garçons et autres Premiers baisers, va-t-il prochainement changer de mains? "Une cession n'est pas d'actualité", assure le groupe. Et aucun mandat n'a été confié à une banque. Pourtant, un dossier a bel et bien été constitué. Et dimanche 31 janvier, les Echos ont révélé que des négociations ont eu lieu l'an dernier avec le groupe Altice (qui détient 49% de ce site web), sans toutefois aboutir.

Au demeurant, il serait assez logique que Claude Berda, qui fête ses 69 ans ce 3 février, prépare sa succession. Car aucun des trois enfants du président-fondateur et principal actionnaire du groupe AB ne souhaite reprendre le flambeau.

Valorisation généreuse

Outre Claude Berda, on retrouve dans le capital du groupe les principaux dirigeants (13,5%) et TF1 (33,5%). En cas de vente, la Une détient d'ailleurs un droit de préemption et un droit de cession conjointe. Fin 2013, le groupe AB avait été valorisé 400 millions d'euros lors de la cession des parts aux dirigeants (*). Si l'on extrapole sa valeur dans les comptes de TF1 à fin 2014, il est valorisé à 222 millions d'euros. Mais il faut ajouter à cela la dette d'AB qui s'élève fin 2014 à 160 millions d'euros dans ses comptes sociaux.

Rappelons que le groupe édite 16 chaînes thématiques (RTL9, AB1...), qui représentaient 37% du chiffre d'affaires en 2013. Un quart du chiffre d'affaires provenait de la production de programmes (essentiellement des documentaires), et la commercialisation du catalogue de 15.000 heures de programmes (Navarro, Fais pas ci fais pas ça, Mafiosa...). Le solde provient d'un bouquet de chaînes baptisé Bis.

Mettre ses affaires en ordre

Ces dernières années, Claude Berda a pris plusieurs mesures pour mettre ses affaires en ordre. En 2013, le groupe AB a fait remonter à ses actionnaires le plus grande part de sa trésorerie (160 sur 189 millions d'euros).

La chaîne pour adultes XXL a aussi été vendue à un groupe d'investisseurs menés par Marc Dorcel. Certes, cette chaîne était fort rentable: ses 1,3 millions de foyers abonnés faisaient gonfler d'une dizaine de millions d'euros son chiffre d'affaires. Mais XXL entachait la réputation du groupe, et était de plus en plus concurrencée par l'offre disponible gratuitement sur le web.

Toujours en 2013, la société de production Auteurs Associés, qui produit notamment la série Sections de recherches, a été rachetée pour 4 millions d'euros. 

Courant 2015, deux chaînes thématiques ont été revampées: Escales est devenue Trek, et Encyclo a été rebaptisée Sciences & Vie TV.

Puis, en avril 2015, Claude Berda, qui habitait précédemment Genève puis Bruxelles, est devenu résident fiscal luxembourgeois.

Mi-2015, Jook, petit concurrent déficitaire de Netflix, a été fermé. Parallèlement, l'accord de distribution des chaînes sur CanalSat a été renouvellé pour trois ans, à la baisse toutefois (le bouquet de Canal Plus a cessé de distribuer les chaînes Ciné FX et Ciné Polar). 

Enfin, en ce début 2016, deux nouvelles chaînes sont lancées: Crime District et Mon Science et vie junior. Et, à en croire les Echos, le groupe finalise aussi le rachat d'Ego Productions, la société de Pascale Breugnot (11,5 millions d'euros de chiffre d'affaires en 2014), qui produit notamment les séries Alice Nevers et Doc Martin.

Un itinéraire de légende

Selon la légende, Claude Berda a démarré sa carrière en installant un magasin clandestin de vente de jeans à la fac de Dauphine où il était étudiant. Il a ensuite repris la fabrique de vêtements de son père. Mais c'est la rencontre avec Jean-Luc Azoulay (secrétaire de Sylvie Vartan) qui sera décisive. En 1977, ils fondent une maisons de disques pour enfants à leurs initiales: AB Productions.

Leur coup de génie sera de repérer une jeune présentatrice à la télé, Dorothée, et de convaincre TF1 (à peine privatisée) de leur confier les émissions jeunesse: ce sera le Club Dorothée, lancé en 1987. Puis en 1991, ils se lancent dans la production de sitcoms, faisant d'AB le premier producteur audiovisuel français. Claude Berda se constitue aussi un catalogue en rachetant les droits de Derrick, le Renard, et surtout de Friends, qu'il considère comme une pâle imitation de ses propres sitcoms...

Plus dure sera la chute

Enfin, en 1996, AB s'introduit à la bourse de New York pour lever 135 millions d'euros. Cet argent est destiné à financer le lancement d'un bouquet par satellite, ABSat. Ce qui déclenche la fureur de TF1, actionnaire du bouquet concurrent TPS, qui se venge en arrêtant brutalement en 1997 le Club Dorothée.

Un coup dur: les émissions jeunesse et les sitcoms fournis à la Une représentaient un chiffre d'affaires de près de 50 millions d'euros, soit un tiers des revenus du groupe AB. Résultat: le résultat plonge dans le rouge, et l'effectif est réduit via plusieurs plans sociaux (165 personnes entre 1998 et 2003).

Retour en grâce

En 1999, Jean-Luc Azoulay et Claude Berda divorcent: le premier rachète la production audiovisuelle d'AB pour 6 millions d'euros, plus 8 millions de reprise de dettes. Toutefois, Jean-Luc Azoulay gardera indirectement des parts dans le groupe AB, mais finira par se désengager complètement en 2008.

De son côté, Claude Berda rachète en 2004 40% de TMC pour une quinzaine de millions d'euros, puis obtient deux canaux sur la TNT: NT1 et AB1. Il rendra la fréquence de AB1, mais vendra TMC et NT1 à TF1 pour 195 millions d'euros en 2009. Entre temps, il a aussi touché un autre chèque de 230 millions en vendant un tiers d'AB à TF1.

Au total, Challenges estime sa fortune à 1,1 milliard d'euros. Elle a été en partie réinvestie dans l'immobilier, le BTP et les services financiers. Claude Berda avait notamment investi dans le fonds Assya Capital (ex-Compagnie Financière de Deauville). Ce fonds était créé et dirigé par le sulfureux financier Thierry Leyne, tristement célèbre pour s'être associé à Dominique Strauss-Kahn, puis s'être suicidé en 2014. Ce fonds sera liquidé en 2014.

Contacté, le groupe AB n'a pas répondu. 

(*) ces parts sont détenues par Team Co SAS dont sont actionnaires Claude Berda (15%), Richard Maroko (25%), Denis Bortot (15%), Valérie Vleeschhouwer (15%) et Knightly Investments SASU présidée par Orla Noonan (30%).

Les résultats (en millions d'euros)

Groupe AB
Chiffre d'affaires 2012: 164,6 2013: 169,6

Résultat net
2012: +0,8 2013: +0,9

AB Thématiques (chaînes)
Chiffre d'affaires 2012: 64,5 2013: 63,1 2014: 48,4

Résultat net
2012: +16,1 2013: +17,5 2014: +3,6

Source: comptes consolidés

Jamal Henni