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Le parc Nigloland défie la crise en lançant sa plus grosse attraction à ce jour

Le parc d'attraction aubois annonce l'arrivée en 2021 d'une nouvelle attraction, un grand-huit aquatique baptisé Krampus Expédition, mettant l'accent sur la thématisation. Un investissement record de 12 millions d'euros pour ce pionnier français, dont l'ouverture en 1987 précède largement celle du Parc Astérix et de Disneyland Paris.

Avec l'arrivée au printemps prochain d'une nouvelle attraction à sensation, le parc d'attraction Nigloland -cinquième en France par sa fréquentation et l'un des mieux classés en Europe dans la catégorie des moins de 1 million de visiteurs annuels- se distingue une nouvelle fois. Un pari audacieux dans un marché sinistré par la crise sanitaire, représentant un investissement total de 12 millions d'euros – un record pour le parc, qui a pour particularité d'appartenir entièrement à la famille fondatrice, les Gélis.

Ce jeudi, Nigloland une attraction unique en France pour la réouverture espérée au printemps prochain. Après s'être équipé dès 2006 d'un disk'o coaster (le Grizzly, soit dix ans avant le Discobélix), et de la tour de chute la plus haute d'Europe lors de son ouverture en 2016 (le record a depuis été dépassé au Hansa-Park en Allemagne), le petit poucet des parcs français dévoile une nouvelle attraction unique en France, un grand-huit aquatique baptisé Krampus Expédition.

Développé avec l'entreprise allemande Mack Rides -un des principaux fabricants mondiaux d'attractions et également propriétaire d'Europa-park- Krampus Expédition suit un parcours sur-mesure alternant passages aériens et souterrains pour se terminer par une cascade géante. Elle prend place près de l'Alpina Blitz, l'actuel coaster vedette de Nigloland.

Nous évoluons dans un milieu hyper compétitif avec des acteurs comme Disneyland Paris, le Parc Astérix, le Puy du Fou… Alors nous essayons de nous démarquer en mettant techniquement des attractions qui soient nouvelles, que les visiteurs ne connaissent pas, et on essaie également au-delà de la technique de leur raconter une histoire, de les plonger dans un univers", explique Rodolphe Gélis, le directeur d'exploitation de Nigloland.

Après avoir travaillé pour le numéro 2 mondial des parcs et espaces de loisirs Merlin Entertainments (qui gère notamment les musées de cire Madame Tussauds ou encore les parcs Legoland) puis pour le numéro 1, la division de parcs à thème de Disney, en tant que chef de projet sur la construction de l'IMG Worlds of Adventure à Dubai (aujourd'hui le plus grand parc indoor au monde), Rodolphe Gélis, qui n'est autre que le fils de Philippe et le neveu de Patrice -les deux frères fondateurs du parc- a choisi en 2017 de rejoindre l'entreprise familiale.

Chez Disney j’ai appris énormément de choses, et la première c’est que pour faire une bonne attraction, il faut raconter une histoire. Et ça tombe bien dans Krampus Expédition on raconte l’histoire de cette expédition".

Symbole de la nouvelle dynamique du parc, cette thématisation passe par la création d'un univers fort autour d'une créature anthropomorphe, le Krampus, décrite dans un certain nombre de folklores européens des régions alpines comme "mi-chèvre, mi-démon".

Krampus Nigloland
Krampus Nigloland © Nigloland

L'attraction place les visiteurs dans le rôle d'explorateurs de haute-montagne qui partent sur la piste de cette créature. Dès la file d'attente et jusqu'à la sortie, il leur est proposé d'explorer le monde des rivières sauvages avec des canyons et des cascades, pour accéder in fine à la grotte qui abrite la mystérieuse bête.

Un investissement de 50% du chiffre d'affaires

Krampus Expédition a nécessité deux ans de conception et près d'un an et demi de travaux, pour un budget total de 12 millions d'euros, le plus gros investissement du parc depuis sa création. Avec cette nouvelle attraction, Nigloland espère réaliser une augmentation de 2,5% de sa fréquentation en 2021, dans l'hypothèse d'une réouverture complète.

Cet investissement représente 50% de notre chiffre d’affaires, c’est assez énorme", indique le dirigeant, dont la famille contrôle toujours la totalité de l'entreprise. Mon père et mon oncle étaient forains, ils allaient de ville en ville avec leurs caravanes et leurs attractions, mes grands-parents étaient également forains, et leurs parents à eux avaient des cirques et des théâtres ambulants".

Le métier de la famille a en fait évolué au fil des siècles et en fonction des goûts du public en France et en Europe. Dans les années 1980 ils ont eu assez d’argent pour se payer un grand voyage aux Etats-Unis en Floride et se sont rendus à Disneyworld [ouvert une décennie plus tôt au début des années 1970 NDLR] et ils ont découvert le premier endroit au monde où il y avait à la fois parc d’attractions, des lacs, la mer, des hôtels… Soit véritablement une destination où on peut passer trois, quatre jours voire une semaine, et plus seulement un parc qu'on parcourt la journée.

Ayant vu ça ils sont revenus en France et se sont dit: "il faut qu’on fasse l’équivalent de Disneyworld dans l’Aube! Mais on n’a pas d’argent, qu’est-ce qu’on fait?" Ils sont allés voir les banques qui ne sont pas précipitées pour prêter des fonds à deux forains. Sans investisseurs ni prêts, ils ont donc commencé en installant leurs manèges sur un terrain familial, mon grand-père a proposé d'installer son grand carrousel au milieu du parc, puis ils ont trouvé de quoi construire un petit train faisant le tour du parc etc."

Une bonne saison estivale

"Le parc a ouvert il y a 32 ans et il a commencé ainsi tout petit ; c’est comme un puzzle, plus on ajoute de pièces plus il grandit. Ça lui donne son côté inédit, authentique… Parfois des côtés biscornus, la disposition des allées n'est pas forcément optimale commercialement… Mais c'est le reflet de son histoire", rappelle Rodolphe Gélis.

En 2020, Nigloland a connu une année évidemment particulière, mais tout de même dépassé la barre de 310.000 visiteurs, soit environ la moitié d'une saison classique. Le parc a cependant enregistré une forte fréquentation sur la période estivale et automnale, entre les deux confinements, avec notamment 85.000 visiteurs à la période d'Halloween, malgré l'arrêt prématuré de l'évènement juste avant le 31 octobre, et fait le plein au niveau hôtellerie.

Dans de telles circonstances, les grands groupes du secteur tendent à couper les dépenses. Nous, nous n'avons pas d'actionnaire à rémunérer ou de LBO à rembourser, et au contraire nous sommes convaincus que c'est le moment d'investir. Si nous avions une quelconque inquiétude, nous n'aurions jamais investi dans cette attraction", conclut Rodolphe Gélis.
Guillaume Bayre Journaliste BFM Bourse