BFM Business

Le mirifique contrat de Laurent Delahousse renégocié par France 2

Laurent Delahousse toucherait 230.000 euros bruts par an pour la seule présentation des journaux

Laurent Delahousse toucherait 230.000 euros bruts par an pour la seule présentation des journaux - France Télévisions Benjamin Decoin

Le journaliste touchait deux salaires: l'un versé par France Télévisions, l'autre par la société Magnéto Presse qui produit son émission Un jour un destin. Mais ce cumul a récemment pris fin.

Il existe à France Télévisions des cumulards très particuliers: des salariés qui présentent à la fois des émissions produites en interne et des émissions produites en externe. Ce cumul conduit à une double rémunération: l'une versée par les chaînes publiques, et l'autre par la société de production externe. La Cour des comptes, dans son récent rapport sur le service public, rangeait dans cette catégorie deux rédacteurs en chef hors grille au sein de la direction de l'information, sans toutefois mentionner leurs noms.

On pouvait donc se demander qui était le journaliste jouissant d'"un salaire annuel brut de plus de 230.000 euros, qui se cumule avec des contrats de pigiste passés avec France Télévisions (21 en 2014) et une rétribution par une société de production privée".

Un des salariés les mieux payés de France Télévisions

Selon nos recoupements, il s'agirait de Laurent Delahousse, qui est à la fois présentateur des journaux du week-end, mais aussi d'émissions produites par Magneto Presse SARL, comme Un jour un destin, ou Dimanche 20h55. Avec une telle rémunération, ce présentateur est un des salariés les mieux payés de France Télévisions. Rappelons que le PDG Delphine Ernotte émarge à 322.000 euros bruts par an, plus un bonus pouvant atteindre 78.000 euros.

Ce contrat mirifique remonte au recrutement de Laurent Delahousse en 2006. Le présentateur officiait précédemment sur M6, où les salaires sont plus élevés. Pour le débaucher, les chaînes publiques, alors dirigées par Patrick de Carolis, ont dû lui proposer un package attractif capable de rivaliser avec la Six.

Remise en ordre

Interrogé, France Télévisions indique avoir remis de l'ordre dans ces cas de cumul: "Ces pratiques contractuelles très exceptionnelles de cumul de rémunération ont été révisées et stoppées depuis maintenant deux ans. Les modes de rémunération ont été adaptés et simplifiés afin d'éviter le fractionnement du salaire sur plusieurs contrats de travail distincts. Désormais, l’ensemble de la rémunération (rédaction, présentation, animation…) est directement et exclusivement pris en charge par France Télévisions. Les contrats de ces journalistes ont été aménagés en conséquence. Dans certaines situations, cela a pu conduire à la reprise par France Télévisions de rémunérations jusqu'alors versées par un tiers -à coût constant pour France Télévisions". 

Rappelons que Magneto Presse a été créé en août 2008. Initialement, Laurent Delahousse détenait 25% du capital de cette SARL. Mais il les a revendus dès le 1er septembre 2008 pour 2.000 euros. En 2009, Magneto Presse a commencé à produire Un jour, un destin, précédemment produit en interne par MFP. Depuis 2011, Magneto Presse est détenu par Marc Berdugo (23%), Elfriede Leca (23%), le solde appartenant à Serge Khalfon, en direct (18,4%) et via ses sociétés Magnéto Serge SARL (4,6%) et Dim Dam Prod SAS (31%).

Contacté, Laurent Delahousse s'est refusé à tout commentaire.

Extrait du rapport de la Cour des comptes

"Deux salariés de France 2 ont cumulé, en 2014, un CDI de rédacteur en chef et 22 périodes d’emploi de producteur artistique et de présentation rémunérées en CDD ou CDDU, dont neuf sur des périodes se chevauchant.
La Cour a également constaté qu’au sein de la direction de l’information, France Télévisions achète des programmes dont la présentation est assurée par l’un de ses salariés permanents et qui donne lieu à une rémunération directe par la société de production. C’est le cas d’un rédacteur en chef hors grille employé à plein temps par France Télévisions percevant un salaire annuel brut de plus de 205 000 euros annuels et une rétribution par une société de production privée (six émissions pour 66 000 euros en 2015). Un autre rédacteur en chef hors grille combine les deux pratiques avec un salaire annuel brut de plus de 230 000 euros, qui parallèlement, se cumule avec des contrats de pigiste passés avec France Télévisions (21 en 2014) et une rétribution par une société de production privée dont le programme est pris en charge à 86 % par France 2 et à 10 % par le CNC (également financé sur fonds publics)"

Jamal Henni