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Faudra-t-il s'abonner à Canal pour regarder beIN Sports ?

Canal Plus va verser 1,5 à 2 milliards d'euros à beIN Sports

Canal Plus va verser 1,5 à 2 milliards d'euros à beIN Sports - Franck Fife AFP

"Le gendarme de la concurrence devrait imposer que l'abonnement en solo à la chaîne sportive reste toujours possible."

Le 18 février, Canal Plus a annoncé un projet d'accord pour distribuer beIN Sports. Mais un élément clé de cet accord reste flou. Si, demain, un fan de sport veut s'abonner à la chaîne sportive, devra-t-il forcément s'abonner aussi à Canal Plus ou CanalSat?

Initialement, Le Monde avait affirmé qu'il serait toujours possible de s'abonner à la chaîne qatarie en solo. Mais, jeudi dernier, Les Echos ont affirmé l'inverse: les footeux seraient obligés de s'abonner à Canal pour regarder beIN Sports. C'est-à-dire que la distribution de beIN Sports par Canal serait exclusive comme celle d'Eurosport, qui n'est accessible qu'aux abonnés de CanalSat.

Ne pas sortir de l'ambiguïté

Interrogé sur ces informations contradictoires, Canal Plus ne semble guère pressé de sortir de l'ambiguïté, et ne répond pas à la question.

Il faut dire que Canal est pris entre le marteau et l'enclume. D'un côté, cette question est surveillée de près par la Bourse. En effet, le chèque fait par Canal à beIN Sports est très gros: un minimum garanti compris entre 300 et 400 millions d'euros par an durant cinq ans, soit au total 1,5 à 2 milliards d'euros. Les marchés financiers regardent donc de près ce que Canal obtient en échange, et apprécieront peu si les nouveaux abonnés de beIN Sports ne sont pas obligés de prendre Canal. "Sans réelle exclusivité, l'accord attirerait finalement peu de nouveaux abonnés à Canal. Cela détruirait de la valeur, et serait irrationnel stratégiquement et financièrement", fustigeaient jeudi dernier les analystes d'Exane BNP Paribas.

C'est l'anti-trust qui décidera

Mais cette question est aussi suivie de très près par l'Autorité de la concurrence, dont les attentes sont exactement inverses. En effet, le gendarme de la concurrence est apparemment très attaché à ce que l'on puisse continuer à s'abonner à beIN Sports en solo.

Et, dans cette affaire, c'est bien l'anti-trust qui aura le dernier mot et imposera ses conditions. En effet, c'est lui qui doit donner ou pas son feu vert à un allégement des conditions qu'il a imposées et qui interdisent actuellement à Canal de distribuer en exclusivité beIN Sports. Canal a donc demandé la levée de cette interdiction à l'anti-trust, qui a promis de répondre d'ici fin avril.

Le "oui mais" du gendarme de la concurrence

En pratique, l'Autorité de la concurrence pourra très bien lever l'interdiction en posant des conditions, c'est-à-dire remplacer une obligation par une autre obligation. L'Autorité pourrait donc très bien poser comme condition qu'un abonnement en solo à beIN Sports reste possible et/ou soumettre à son feu vert toute future offre commerciale. En tous cas, il semble peu probable que l'Autorité de la concurrence donne un blanc seing à Canal sur cette question jugée cruciale.

Interrogés, l'Autorité de la concurrence et Canal Plus se sont refusés à tout commentaire, tandis que Vivendi n'a pas répondu. 

Jamal Henni