BFM Business

Cinéma: la vérité sur le salaire des stars

Dany Boon reste l'acteur français le mieux payé malgré pluseurs bides.

Dany Boon reste l'acteur français le mieux payé malgré pluseurs bides. - -

Un rapport de René Bonnell, contredisant le discours des pouvoirs publics, dénonce des cachets des stars trop importants et en forte croissance, ainsi que des à-côtés occultes.

Il y a un an, le producteur Vincent Maraval jetait un pavé dans la marre en dénonçant les salaires trop élevés des stars de cinéma.

Le débat avait été refermé par les pouvoirs publics aussi vite que possible. "Il est faux de dire que les acteurs sont surpayés. Les cachets des acteurs représentent entre 7 et 8% du budget des films. Et ce chiffre a très peu varié depuis 10 ans, il a même baissé après un pic à 8,6% en 2006", assurait alors le président du CNC (Centre national du cinéma) Eric Garandeau.

Las! Un rapport de René Bonnell, paru mercredi 8 janvier, démonte point par point ce discours lénifiant.

63 millions d'euros pour les vedettes

Selon l'ancien patron du cinéma de Canal Plus, "les cachets oscillent de 1 à 2 millions d'euros (en 2013 le plafond semble avoir été crevé pour un interprète)". René Bonnell -sans citer de nom- a même constaté dans un cas "une rémunération quintupler par rapport au plafond communément constaté". Et globalement, "le volume financier affecté aux têtes d’affiche s’élève à 63,5 millions d'euros en 2012, contre 49 millions en 2011".

René Bonnell trouve ce niveau injustifié. D'abord, "les comédiens vedettes français n’ont qu’une célébrité hexagonale. Comparés à eux, leurs homologues anglo-saxons, connus à l’échelle mondiale, devraient bénéficier de cachets deux à trois fois plus importants".

Ensuite, "l’on constate une faible flexibilité des cachets. Les résultats des films en salles n’influencent qu’à très long terme la rémunération des comédiens". Concrètement, enchaîner bide sur bide n'empêchent pas Dany Boon et Gérard Depardieu de rester les deux acteurs les mieux payés du cinéma français... "Alors qu'aux États-Unis, le box-office dicte au plus près le niveau des cachets des acteurs qui peuvent s’envoler comme s’effondrer en un temps record", note René Bonnell.

La partie immergée de l'iceberg

Surtout, René Bonnell explique que les chiffres du CNC sont incomplets, pour ne pas dire faux. En effet, ces chiffres ne tiennent compte que du cachet versé à la star, et oublient toute une série d'à côtés.

D'abord, la tête d'affiche peut recevoir un pourcentage des entrées en salles, avec même dans certains cas, un minimum garanti! René Bonnel juge cette dernière pratique "criticable: cela revient à ne pas jouer le jeu du risque commercial normal".

Ensuite, la star peut toucher une rémunération pour l'utilisation de son image -appelée dans le jargon du secteur "bénéfice non commercial" (BNC). Ce dernier poste peut peser lourd: "dans 29 films, le total des BNC versés représente 69% des salaires, et 40% du total de la rémunération des interprètes principaux", indique le rapport.

Hélas, le CNC n'a jamais voulu publier de chiffres incluant tous ces à-côtés. Mais René Bonnell tente une estimation: "si l’on inclut BNC et charges sociales, les rôles principaux représentent 11 à 12% du budget consommé". Soit bien plus que les 7% à 8% avancés par le CNC...

Une pratique illégale

Du point de vue du producteur, le BNC offre un autre avantage: il permet de payer moins de charges sociales. Ce qui rend furieux l'Urssaf, qui a requalifié en salaires plusieurs BNC. Ces redressements ont été contestés en justice. Une affaire concernant un cachet touché par Carole Bouquet dans une publicité Chanel est même remontée jusqu'à la Cour de cassation, qui, en 2009, a donné raison à l'Urssaf.

Cette pratique a aussi été condamnée par la Cour des comptes, dans son rapport sur le cinéma révélé par le Journal du dimanche. Cela "conduit à minorer artificiellement le salaire versé en vue de réduire les sommes dues au titre des cotisations sociales, tout en compensant cette diminution par un complément de rémunérations déguisé en droits à l’image", indique la rue de Cambon.

De son côté, René Bonnel propose d'"inciter à la baisse les cachets des vedettes, en favorisant l'intéressement", ains qu'une plus grande transparence sur les réménérations.

Le rapport Bonnell : Le financement de la production et de la distribution cinématographiques - A l'heure du numérique publié par Fil_Economie

Jamal Henni