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Ce qu'on a appris sur le patrimoine de Johnny au procès du clan Hallyday

L'audience du procès intenté à Laeticia par Laura et David aura livré des informations sur son album posthume et son patrimoine.

L'affrontement tant attendu sur l'héritage de Johnny Hallyday n'a pas eu lieu comme prévu ce jeudi 15 mars au tribunal de grande instance de Nanterre. D'abord, ni sa veuve Laeticia, ni ses enfants Laura et David n'avaient daigné se déplacer. Ensuite, le tribunal a décidé de reporter les plaidoiries au 30 mars, à la demande de Laura et David.

Violente diatribe

Cette audience écourtée a surtout permis à l'avocat de Laeticia, Me Ardavan Amir-Aslani, de se lancer dans une violente diatribe contre ses adversaires, dénonçant "une campagne qui porte atteinte à la mémoire de Johnny":

"Vous voulez asphyxier ma cliente Laeticia, la priver des revenus de l'album, pour la forcer [à partager l'héritage]...
On essaie de présenter Laeticia en gangster qui essaie de transférer les actifs de Johnny dans l'urgence. Si telle était son intention, elle avait eu tout le temps de le faire avant!"

Son adversaire ayant eu le malheur d'appeler Laeticia par son nom de jeune fille, Boudou, Me Aslani a tonné: "le nom de ma cliente est Laeticia Hallyday! Vous déniez à Leaticia jusqu'à son nom, vous effacez 23 années de vie commune!"

Enfin, l'avocat de Laeticia a promis la défaite aux enfants Hallyday: "vous perdrez au fond, car c'est la loi américaine qui s'applique", et qui autorise à déshériter ses enfants...

Des détails sur l'album posthume

Toutefois, cette audience écourtée a quand même parmi d'obtenir des informations sur l'album posthume de Johnny Hallyday, donné par l'avocat de sa maison de disques Warner: "Nous avons de nombreux documents démontrant que Johnny avait choisi et validés 10 titres. Il restait 3-4 titres en cours de production que Johnny n'a pas été en mesure de valider".

On a appris que, peu avant sa mort, Johnny avait demandé à Warner le paiement de l'avance dûe pour ce dernier album. Le 22 novembre, Warner avait accédé à cette demande: "l'album n'est pas complètement achevé, mais Warner dispose d'un nombre suffisant de titres pour commercialiser l'album", avait écrit la major à Johnny. 

Flou sur le patrimoine

Sur la question du patrimoine de l'ex-idole des jeunes, l'avocat de Laeticia a assuré que la situation était claire: "un trust est aujourd'hui propriétaire de tous les biens. Ce trust est détenu par Laeticia et ensuite ses enfants". Selon l'entourage de Laeticia, ce trust a été ouvert à la banque privée US Trust, filiale de Bank of America spécialisée dans la gestion de fortune. 

Au contraire, l'avocat de Laura, Me Emmanuel Ravanas, juge la situation du patrimoine passablement embrouillée. D'abord, "il n'y a pas un, mais deux trusts, l'un devant accueillir les actifs français, et l'autre les actifs américains. Un trust doit ensuite absorber l'autre". L'avocat a supposé que ce montage a été mis en place "pour des raisons fiscales". A noter qu'un des trusts s'appelle JPS Trust, reprenant les initiales du vrai nom du chanteur (Jean-Philippe Smet).

Ensuite, l'avocat de Laeticia a constaté que les trusts ne détenaient pas les deux maisons françaises de Johnny: "le registre des hypothèques indique que la maison de Saint Barthélémy appartient à 50/50 à Laeticia Boudou et Jean-Philippe Smet". Quant à la maison de Marnes la Coquette, elle appartient à la société civile immobilière SLJ dont Johnny détenait 99,98%. "Aucun changement d'actionnariat de cette SCI n'a été notifié au registre du commerce".

L'avocat de Laeticia a déclaré que la villa de Pacific Palissades, sur Amalfi Drive à Los Angeles, a changé de propriétaire en décembre 2017. Sa propriété a été transférée à Lilamalfi LLC, une société californienne crée en novembre 2016 par Johnny et Laeticia et domiciliée à la villa elle-même. Ensuite, "51% semblent avoir été apportés au JPS Trust", a déclaré Me Ravanas.

A noter que Johnny détenait aussi une seconde maison à Los Angeles. Mais Laura et David ignoraient que Johnny en était encore propriétaire et l'ont découvert à l'occasion de la procédure en cours, indiquent leurs avocats. 

Enfin, et non des moindres, les avocats de Laura et David n'ont pas réussi à connaître le nom du trustee, l'administrateur des trusts, d'où leur demande de report. "Les avocats de Laeticia nous disent que nous n'avons pas assigné la bonne personne, que nous aurions dû assigner le trustee. Mais on nous cache sciemment le nom des trustees. On nous demande d'assigner quelqu'un dont on ne nous donne pas l'identité" , a déploré Me Ravanas, qui conclut en visant Laeticia: "aux Etats-Unis, on avance à marche forcée pour confier les actifs aux trusts", de façon à ce qu'ils soient dans "un coffre fort", et ne puissent être récupérés par Laura et David. 

Pour mémoire, David Hallyday et Laura Smet réclament en référé le droit de "pouvoir se prononcer" sur l'album posthume de leur père. Ils demandent également des "mesures conservatoires" sur les biens immobiliers et "la mise sous séquestre" des "redevances perçues au titre des droits d'auteur", dans l'attente que la justice tranche le litige sur l'héritage. Au fond, ils ont déposé un recours pour contester les modalités de succession de leur père, rédigées en Californie. Ils estiment que son testament les "déshérite", ce qui est interdit en droit français, et demandent "que la succession soit soumise aux règles de dévolution légales" en France.

Jamal Henni