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Canal Plus: ce que Bolloré a dit au CSA

Le nouvel homme fort de Canal Plus a été reçu à la demande des salariés d'iTélé

Le nouvel homme fort de Canal Plus a été reçu à la demande des salariés d'iTélé - Eric Piermont AFP

Le nouvel homme fort de Canal Plus a été reçu jeudi 24 septembre au matin pendant plusieurs heures par le gendarme de l'audiovisuel.

Ce grand oral là a eu lieu à huis clos. Jeudi 24 septembre au matin, Vincent Bolloré a été reçu pendant plusieurs heures par le CSA (Conseil supérieur de l'audiovisuel). Le gendarme de l'audiovisuel, qui avait été saisi notamment par les salariés de sa filiale iTélé, l'avait convoqué mi-septembre. 

L'industriel breton a d'abord fait quelques annonces sur sa stratégie. Il a confirmé qu'il aimerait posséder une radio, par exemple numérique. Il a présentera le 19 décembre les chantiers de Canal Plus. Parallèlement, il compte aussi rebaptiser CanalSat en Canal tout court. Quant à Vivendi, il a dit vouloir développer le groupe vers l'Europe du sud, puis vers les pays anglophones (dont les Etats-Unis), les pays hispanophones et l'Asie.

Une campagne de calomnies

Surtout, l'industriel breton s'est vivement défendu de toutes les attaques et accusations de censure sur des documentaires ou les Guignols, qui, selon lui, relève plus de contrevérités et de procès d'intention. Il a même désigné les coupables de cette campagne: le magazine Society et le producteur répudié du Grand journal, Renaud Le Van Kim.

Il a assuré le CSA que son impartialité politique était totale, rappelant même avoir rencontré, lors de son entrée dans Vivendi, François Hollande et Manuel Valls, qui l'auraient encouragé. Il a notamment promis qu'iTélé restera impartiale. Mais il souhaite pouvoir nommer le dirigeant de la chaîne info, et mieux l'intégrer dans Canal Plus.

Vincent Bolloré a assuré avoir seulement placé une petite dizaine d'hommes à lui chez Canal Plus, ce qu'il estime habituel et normal. Il a relativisé la baisse d'audience du Grand journal, expliquant que le but de l'émission était avant tout de susciter des abonnements.

Un état des lieux sévère

Par ailleurs, Vincent Bolloré n'a pas hésiter à dramatiser la situation, disant qu'il fallait sauver la chaîne cryptée, qui risquait de disparaître à terme. Il s'est livré à une critique en règle de la situation de la maison Canal à son arrivée: mésentente entre les dirigeants, baisse des abonnés plus ou moins maquillée, pas de stratégie d'avenir à la hauteur des menaces... iTélé n'a pas échappé aux critiques, notamment en raison de ses pertes, d'une dizaine de millions d'euros par an. 

Un des sujets sensibles a été la convention passée entre Canal Plus et le CSA. Ce texte compile les différentes obligations que doit respecter la chaîne cryptée. Mais il est très succinct sur la question de l'indépendance éditoriale. Le CSA a demandé à muscler ce point, pour aligner cette convention sur celles de TF1 et M6, qui sont plus contraignantes. Mais juridiquement, cela nécessite l'accord de Vincent Bolloré, qui s'y est montré largement opposé, au prétexte que les administrateurs de Vivendi ne l'accepteraient pas. Bref, aucun accord n'a été trouvé sur ce point.

Seule décision prise: la création d'un comité éthique à Canal Plus qui veillera à l'indépendance éditoriale. Toutefois, il n'aura apparemment pas de pouvoir contraignant, contrairement à la convention de la chaîne. Les deux parties ont également convenu de se revoir pour poursuivre leurs échanges, via la création d'un groupe de travail commun.

Enfin et non des moindres, Vincent Bolloré a promis de ne pas rester éternellement à la tête de Canal Plus... Il a aussi rappelé qu'il partirait à la retraite en 2022, et désigné son successeur: son fils Yannick.

Mise à jour: dans une première version parue à 12h30, nous avions indiqué de manière inexacte qu'une nouvelle formule de Canal Plus serait lancée le 19 décembre.

Jamal Henni