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Contamination par une salmonelle: Lactalis savait selon Le Canard enchaîné

Selon le Canard enchaîné paraissant ce mercredi, en septembre, des experts de la DDCSPP n'ont pas repéré la présence de salmonelles dans l'usine de Craon de Lactalis qu'ils visitaient lors d'un contrôle de routine. D'après l'hebdomadaire, une partie de ce site est d'ailleurs encore actif.

En décembre, un nombre inusité de salmonelloses contractées par des nourrissons consommant du lait Lactalis avait conduit le ministère de la Santé à s'intéresser au sujet. Le 21 décembre, la marque leader dans le domaine des produits laitiers annonçait qu'elle rappelait la production depuis février de son usine de Craon, dans la Mayenne, à l'origine du phénomène. Mais un article du Canard enchaîné paraissant ce mercredi révèle qu'un collège d'experts, sur place en septembre en raison de l'accomplissement d'un contrôle de routine, n'avait pas noté la présence des salmonelles sur le site.

Le rapport issu de cette visite des experts de la Direction départementale de la cohésion sociale et de la protection des populations (DDCSPP) ne mentionne pas les bactéries, selon l'hebdomadaire, et contraste avec des enquêtes internes menées par Lactalis Nutrition Santé. Ainsi, en août, ce dernier organisme avait lui relevé l'existence des salmonelles sur du matériel de nettoyage et des carrelages. Et en novembre, quelques semaines donc après la venue des experts de la DDCSPP mais avant le début de la controverse, cette constatation avait été confirmée par d'autres analyses. "Comment les contrôleurs s’y sont-ils pris pour ne détecter en septembre aucune salmonelle alors que l’on sait aujourd’hui, après enquête, que l’usine était infectée depuis février, au moins?" s'indigne en outre un expert en sécurité sanitaire des aliments cité par le journal.

Des contrôles internes qui ne sont pas rendus publics

De son côté, en tout cas, la société n'a rien dit des conclusions de ces contrôles internes que rien ne l'oblige d'ailleurs à rendre publics. Mais après que le ministère de la santé se soit ému des cas de salmonelloses chez certains petits consommateurs de la marque, un groupe d'enquête nationale des Fraudes s'est lui aussi transporté jusqu'à l'usine de Craon, le 2 décembre, où il a appris l'existence du rapport de la DDCSPP. Au moment de le consulter, cependant, ses auteurs le disent introuvable.

Les découvertes des enquêteurs du groupe d'enquête nationale des Fraudes ont conduit notamment à la prise d'un arrêté préfectoral, le 9 décembre, ordonnant la fermeture partielle de l'usine. La conception des laits pour nourrissons est alors interrompue mais l'unité de fabrication de boîtes de céréales est quant à elle toujours en fonctionnement. 

La colère d'une association 

Dans un communiqué diffusé ce mardi soir, Quentin Guillemain, président de l'association des familles de victimes du lait contaminé aux salmonelles, a lancé: "C'est extrêmement grave car cela indique que la production de solutés de réhydratations, céréales et autres produits, pourtant retirés du marché par Lactalis, n'est pas et n'a jamais été suspendue alors même qu'ils sont également suspectés d'être contaminés et sont produits dans la même usine de Craon". 

La plainte déposée par Quentin Guillemain a d'ailleurs conduit, note le palmipède, à l'ouverture d'une enquête préliminaire le 26 décembre dernier par le parquet de Paris pour mise en danger de la vie d'autrui, tromperie aggravée par le danger pour la santé humaine et inexécution d'une procédure de retrait ou de rappel d'un produit préjudiciable à la santé. 

Robin Verner