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Comment cette entreprise aide les compagnies aériennes à réduire leur consommation de carburant

Lancé par l'entreprise toulousaine OpenAirlines, le logiciel SkyBreathe analyse les données des boites noires des avions avant de livrer des recommandations aux compagnies aériennes en matière d'éco-pilotage.

Montré du doigt pour son impact environnemental, le transport aérien cherche à devenir plus vert. Si les projets d’avions à hydrogène ont été lancés, ces derniers ne devraient pas voir le jour avant 2035, au plus tôt. En attendant, d’autres solutions existent pour permettre aux compagnies de réduire leur empreinte carbone. Et l’une d’entre elles, proposée par l’entreprise toulousaine OpenAirlines, est déjà parvenue à séduire 42 compagnies basées dans 32 pays différents.

Retour quinze ans en arrière. A l’époque, l’actuel patron et fondateur d’OpenAirlines, Alexandre Feray, dirige les opérations aériennes chez Air France. Guidé par son "envie d’entreprendre", il décide de quitter la compagnie nationale pour lancer son projet.

"J’ai essayé de chercher quel pouvait être le sujet le plus porteur. J’ai identifié l’environnement comme un sujet qui m’intéressait personnellement et je pensais que ce serait un sujet de société qui allait mettre la pression sur les compagnies aériennes", explique-t-il.

Dans le mille. En 2006, l’entrepreneur crée sa start-up avec l’idée "d’optimiser les opérations des compagnies aériennes grâce au numérique". Sept ans plus tard, le logiciel d’éco-pilotage SkyBreathe est mis sur le marché. Grâce à des algorithmes de big data et d’intelligence artificielle, il analyse des milliers de données disponibles dans les boites noires des avions, puis les couple avec des paramètres extérieurs (météo, trafic aérien…) afin d’évaluer l’efficacité énergétique des vols.

Une consommation de carburant réduite de 2 à 5%

"On regarde si l’avion a été préparé de la meilleure des manières, de même que le plan de vol (choix des routes en fonction de la météo, de l’encombrement…) ainsi que l’exécution du vol… Le pilote peut en effet effectuer plusieurs manœuvres pour économiser du carburant", détaille Alexandre Feray.

La phase d’atterrissage est aussi scrutée: "Un atterrissage, c’est par palier. A chaque fois que l’on stabilise, on remet du carburant. Or, à certains aéroports, on peut faire des descentes beaucoup plus ‘planées’", souligne encore le fondateur d’OpenAirlines.

De la même manière, le logiciel étudie les mouvements de l’avion au sol. Une fois toutes ces observations réalisées, OpenAirlines livre ses recommandations aux compagnies clientes pour leur permettre d’améliorer leurs pratiques.

SkyBreathe analyse les données des boites noires
SkyBreathe analyse les données des boites noires © OpenAirlines

En utilisant SkyBreathe qui "fonctionne sur toutes les générations d’avions commerciaux", les compagnies aériennes parviennent à réduire leur consommation de carburant de 2 à 5%. "Cela peut paraître modeste mais le carburant représente près de 30% de leurs coûts", rappelle Alexandre Feray. La clean-tech estime ainsi que son outil a permis aux compagnies d’économiser 100 millions de dollars et 400.000 tonnes de Co2 en 2018 et 590.000 en 2019.

Norwegian, Air Caraïbes, Oman Air… Des compagnies aériennes présentes partout dans le monde ont déjà adopté SkyBreathe. Parmi les acteurs tricolores, Transavia, Hop!, Frenchbee ou encore Corsair utilisent également le logiciel. Malgré la crise sanitaire, Air France a pour sa part signé avec OpenAirlines pendant le confinement. "Les compagnies recherchent des économies de coûts avec peu d’investissement et puis, en Europe, il y a une pression environnementale qui n’a pas faibli", observe Alexandre Feray.

Des recommandations de vol en temps réel

Finaliste des "Tech for Good Awards" de BFM Business, l’entreprise toulousaine labellisée Solar Impuse Efficient Solution par Bertrand Piccard, initiateur de l’avion solaire Solar Impulse, poursuit son développement. Si son logiciel permettait jusqu’alors d’évaluer l’efficacité énergétique a posteriori, elle développe désormais en partenariat avec Transavia une nouvelle version baptisée "SkyBreathe OnBoard" qui livrera ses préconisations aux pilotes en temps réel via une tablette installée dans le cockpit.

Les pilotes pourront par exemple recevoir des recommandations en vol sur la route à emprunter. En effet, si les avions suivent des trajectoires tracées à partir d’un plan de vol établi à l’avance, les pilotes peuvent sur certains points de passage demander à suivre une route plus directe. Route qui pourra leur être conseillée par SkyBreathe OnBoard sur la base de données historiques et de données en temps réel (météo, trafic).

SkyBreathe peut proposer des routes directes
SkyBreathe peut proposer des routes directes © OpenAirlines

Un outil bientôt utilisé dans le transport maritime?

Désormais leader sur ce marché en nombre de compagnies et deuxième en nombre d’avions, OpenAirlines envisage de diversifier son activité. Notamment en proposant sa solution au secteur du contrôle aérien pour qu’elle bénéficie à toutes les compagnies qui survolent un même territoire. Mais aussi en adaptant son logiciel au trafic maritime, voire routier, sachant qu’il "y a les mêmes enjeux de consommation, de coûts, d’émissions de CO2", note Alexandre Feray.

Reste à savoir si le développement des avions électriques et à hydrogène viendront freiner l’activité d’OpenAirlines dont le chiffre d’affaires est en croissance continue de 30% par an (3,6 millions d’euros en 2019). Au contraire, selon Alexandre Feray, qui voit dans ces innovations "une opportunité plutôt qu’une menace".

"On pense que notre rôle, si l’avion à hydrogène ou électrique arrive, sera tout aussi important, voire plus. Quand vous avez une voiture électrique, la bonne gestion de la consommation énergétique est encore plus essentielle que pour une voiture thermique, parce que c’est limité. (…) Sur les avions à hydrogène, il faudra être le plus efficient possible sur l’énergie pour pouvoir gagner quelques pourcentages d’énergie", conclut le patron d’OpenAirlines.
https://twitter.com/paul_louis_ Paul Louis Journaliste BFM Eco