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"Ils ont voulu jouer à la banque": les ratés qui ont conduit au fiasco de la "néo-banque" Swoon

Le fiasco de Swoon a laissé sur le carreau plusieurs centaines de clients de la "néobanque"

Le fiasco de Swoon a laissé sur le carreau plusieurs centaines de clients de la "néobanque" - Swoon

Que s'est-il passé dans cette fintech lilloise lancée en 2018? Il apparaît que les clients de cette "néo-banque" qui n'en a que le nom ont subi les conséquences d'une offre hasardeuse et d'une régulation défaillante.

Le fiasco de Swoon a laissé sur le carreau plusieurs centaines de clients de la "néobanque". Attirés par les promesses d'un livret offrant un rendement à 3% de cette fintech lilloise, beaucoup y ont placé leurs économies. Mais pendant l'été, c'est le drame, l'entreprise est placée en liquidation judiciaire.

Problème, si la plupart des clients ont été remboursés, 100 à 200 cherchent toujours à récupérer leurs économies pour un préjudice évalué à plus d'un million d'euros. Des volumes loin d'être négligeables.

Que s'est-il passé dans cette fintech lancée en 2018 par Victoire et Quentin Haddouche? Il apparaît que les clients de cette "néo-banque" qui n'en a en fait que le nom ont subi les conséquences d'une offre hasardeuse et d'une régulation défaillante...

"Ils ont voulu jouer à la banque"

L'association de consommateurs, France Conso Banque qui centralise les témoignages des clients et qui s'apprête à lancer une procédure contre les gestionnaires de Swoon décrit ainsi "un contexte clairement frauduleux".

"Ce qui a été fait, c'est une sorte de crowdfunding sauvage sous la forme de crédits aux PME abondés par les dépôts des épargnants", explique à BFM Business Michel Guillaud, président de l'association.

Concrètement, c'est une autre société, la Financière de Garantie qui prêtait cet argent aux entreprises à un taux de 5%. Les particuliers empochaient 3%, et Swoon, la vitrine, 2%. Sur le papier, ça pouvait marcher mais...

"Swoon devait prêter le plus possible aux entreprises pour rentabiliser à 3% les dépôts. Les prêts atteignaient 85% des fonds collectés, ce n'était pas tenable. Il aurait fallu s'arrêter à la moitié et le taux à 3% était irréaliste. Tout comme le taux de crédit à 5% pour les entreprises, une vraie folie qui ne laisse aucune marge", poursuit-il. "Pour que ça marche, il aurait fallu qu'il y ait sans arrêt de nouveaux clients pour compenser les défauts, financer les intérêts et rembourser ceux qui sortent".

Et de détailler: "leur livret à vue s'est en fait transformé en dépôt à terme pour limiter l'hémoragie de clients. Le système était voué à l'échec même si je ne peux pas affirmer qu'il y avait volonté d'escroquer".

Offre hasardeuse

Conclusion acerbe de cet ancien du secteur de la banque: "Ils ont voulu jouer à la banque mais dans ce secteur, c'est difficile d'innover" sans se casser les dents. "C'est du vrai amateurisme mais le problème, c'est qu'il y a des victimes".

Une offre hasardeuse donc mais surtout, Swoon semble être passé tranquillement entre les mailles de la régulation. "Ils n'avaient pas le droit de faire de la collecte, de faire des livrets, ni même de prêter aux entreprises, ils n'avaient pas les agréments nécessaires attribués par l'ACPR (l'autorité de contrôle prudentiel et de résolution, NDLR) ", tonne Michel Guillaud.

C'est le coeur du problème de cette affaire. Quentin Haddouche assure pourtant qu'il avait un agrément d'ailleurs affiché sur le site Web de Swoon pour rassurer les potentiels clients. "En gros, ils ont eu un agrément basique pour proposer du paiement par carte bancaire", précise le président de France Conso Banque.

Contacté par BFM Business, l'ACPR réfute en partie. "L’ACPR n’a jamais délivré aucun agrément à Swoon ou à Financière de Garantie et n’a d’ailleurs jamais été sollicitée à cet égard", nous explique l'autorité.

Pas d'agrément, pas de contrôle

Tout en ajoutant: "Certains établissements de paiement ou des établissements de monnaie électronique choisissent des agents ou des mandataires et les inscrivent auprès de l’ACPR pour la bonne information du public. Cette inscription n’est en rien un agrément. Dans les deux cas (agent ou mandataire), l’établissement agréé par l’ACPR demeure seul responsable des agissements des entreprises qu’il a missionnées".

"Swoon et la Financière de Garantie ont été enregistrés comme agent et mandataire de deux établissements de paiement. (...) Il ne pouvait pas commercialiser de produits d’épargne mais seulement proposer des prestations de service de paiement (carte de paiement sans crédit différé, virements). Les personnes physiques qui estiment aujourd’hui être lésées ont donc confié leurs fonds à un acteur qui n’avait aucune qualité légale pour recueillir leurs fonds pour des produits d’épargne ou d’investissement" explique l'ACPR.

Traduction, Swoon n'a pas eu d'agrément mais s'est "inscrit" auprès de l'APCR en tant qu'établissement de paiement, une inscription qui a entretenu la confusion avec des clients qui pensaient à tort qu'il s'agissait d'un agrément.

Pour Michel Guillaud, l'ACPR a pourtant clairement failli dans son rôle de surveillance. "On pointe un défaut de contrôle de l'ACPR. Le modèle économique, les actionnaires, l'activité de Swoon n'ont jamais été vérifiés. D'autant plus que Swoon n'était pas adossé à un grand groupe, cela aurait dû les alerter. Tout comme nos alertes sur le sujet plusieurs mois avant la liquidation".

Au consommateur de ne pas se faire avoir par des offres trop alléchantes

Réponse sèche de l'Autorité: "L’ACPR est en charge de contrôler les acteurs du secteur bancaire dûment agréés". Pas d'agrément, pas de contrôle, aux consommateurs de faire le tri et de ne pas se laisser avoir par des promesses irréalistes.

"Il faut savoir que les sommes déposées sur un livret A sont rémunérées à 0,5 % et à 1% pour le Livret d’épargne populaire. Les taux proposés, dans la durée, par les livrets bancaires des banques traditionnelles sont, quant à eux, actuellement inférieurs à 1%. Dans le contexte actuel, il est donc improbable qu’une vraie banque propose des livrets d’épargne garantis et sans risque avec une rémunération de 3% ou plus", souligne l'ACPR. Et de rappeler qu'elle met en ligne la liste des entreprises agréées par ses soins.

Quand bien même, cette absence de contrôle doit s'arrêter estime France Conso Banque. "Il faut focaliser la surveillance sur ces nouveaux acteurs obscurs. L'ACPR n'a pas été assez regardante, si c'était le cas, la plupart des agréments distribués ne le seraient pas" estime son président qui dénonce "une politique libérale en matière d'agréments pour introduire de la concurrence dans le secteur bancaire".

Procédure au pénal

Pour les clients lésés, il est inconcevable qu'un établissement ait pu si longtemps et en toute illégalité collecter des fonds, rémunérer des livrets et prêter à des entreprises. "On exclut pas une procédure contre l'ACPR même si c'est sans précédent. Car il y avait bien un numéro qui a leurré le consommateur".

En attendant l'association va entamer une procédure au pénal pour tenter de récupérer ce qui peut l'être. L'association se portera partie civile "avec non pas une action de groupe très laborieuse. On ira sur une procédure comme celle contre la BNP dans l'affaire des crédits immobiliers en francs suisses", explique son président.

"Mais ça va prendre du temps car les parties prenantes sont très nombreuses" et les espoirs de retrouver des fonds sont minces: "on estime que la moitié des entreprises qui ont eu des prêts de la Financière de Garantie sera en défaut. Et on ne sait même pas si les entreprises débitrices continuent à rembourser les crédits à la Financière de Garantie qui existe toujours. En fait, on ne sait rien", se désole Michel Guillaud. Contactés, les fondateurs de Swoon n'ont pas répondu à nos sollicitations.

Olivier Chicheportiche Journaliste BFM Business